‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 123 sur 155 · Gicéron, des vraie Bimê et des vrais Mauit · texte numérisé non relu

Gicéron, des vraie Bimê et des vrais Mauit

et étroites, serre ses masses compactes autour des Rostres, et, de ses rudes mains, parmi les clameurs et les injures, repousse les licteurs du consul.

Tile Live. marque seulement en quelques traits le caractère des peuples vaincus. On a vu pourtant qu'il a bien représenté le facile esprit et la savante rhétorique des Athéniens, la fougue bruyante et le • naturel mou des Gaulois. Yoici maintenant une peinture des Asiatiques, c Le député d'Antiochus, parleur emphatique, comme tous ceux que noumsscnt les richesses des rois, fut entendu le premier. En termes sonores et vains, il couvrit de soldats la terre et la mer. A l'entendre, une multitude innombrable de cavalerie entrait par THellespont en Europe, composée en partie de cuii*assiers nommés cataphractes,en partie d'archers à cheval contre qui rien n'était en sûreté, lorsque, dans leur fuite, ils décochaient par derrière leurs flèches inévitables. A ces forces de cavalerie, quoiqu'elles eussent pu suffire pour écraser toutes les armées de l'Europe réunies, il ajoutait des troupes de pied de tout genre, et effrayait l'auditoire par des noms de peuples à peine connus, Dahes, Mèdes, Éiyméens, Cadusiens. Quant aux forces navales, nul port de la Grèce ne pourrait les contenir : les Sidoniens et les Tyriens formaient la droite ; les Araciens et les Sidètes de Pamphylie, la gauche. Aucune na4ion n'avait jamais

égalé celles-là, ni pour l'art, ni pour le courage sur mer. Parler de l'argent et des autres préparatifs de guerre était inutile ; ils savaient eux-mêmes que les royaumes de l'Asie avaient toujours regorgé d'or. Aussi ce n'était point à Annibal et à Philippe, l'un chef d'une seule cité, l'autre enfermé dans les limites dé la Macédoine, que les Romains auraient afiaire, mais au grand roi de toute l'Asie et d'une partie de l'Europe*. > Jamais ennemi, dit Tite Liye', ne fut plus méprisé des Romains ; ils voulaient l'attaquer dans son camp ; et dans la bataille, pour trois cent cinquante soldats qu'ils perdirent, ils tuèrent, dit-on, cinquante mille hommes. Le roi ordonna à ses députés d'accepter toutes les conditions quelles qu'elles fussent. Leurs prières furent abjectes : « Nous ne savons, Romains, que dire nous-mêmes; nous venons plutôt vous demander par quelle peine noua pouvons expier Terreur du roi et obtenir paix et pardon de nos vainqueurs. Votre grand cœur a toujours fait grâce aux peuples et aux rois vaincus. Avec combien plus de clémence et de magnanimité devez-vous pardonner dans cette victoire qui vous rend maîtres du monde! Renonçant désormais à combattre les mortels, il vous convient comme aux dieux d'épargner et de protéger le genre humain'. » L'emphase est la même dans la servilité et dans l'arrogance, et ces vains

1. Tite Live, XXXV, ^8.— 2. /6., XXXVI, 39. — 3. /6., XXXVII, 45.

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génies insultent et se prosternent du même visage, toujours dans l'exagération et le mensonge, incapables de mesure et de vérité. Il y a bien encore quelques mots dans Tite Live sur le courage obstiné des Samnites, sur le facile enthousiasme des Grecs, sur la mauvaise foi des Carthaginois ; mais une esquisse n'est pas un portrait; il expose plutôt les passions simples, générales, humaines, que les pas^ions composées, particulières, nationales. L'éloquence n'est pas l'imagination, et, pour être peintre, il est dangereux d'être orateur.

IL Au-dessous de ces grandes figures, se lèvent celles des hommes illustres. S'il y a plaisir à connaître les goûts, les maximes, les manières, le langage d'un personnage imaginaire, combien plus celles d'Ânnibal, de Paul Emile, de Scipion? Ici l'historien est vraiment poëte. Il faut le même génie pour ressusciter que pour créer.

Goriolan, Appius,Gincinnatus et quelques autres, déjà distincts, se détachent mal encore du fond commun et uniforme des mœurs patriciennes. Vers la seconde guerre punique, les documents plus précis marquent les personnages d'une empreinte plus nette, et Tite Live ouvre son nouveau récit par le portrait d'Annibal^

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