‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 134 sur 155 · Tite Live, VIII · texte numérisé non relu

Tite Live, VIII

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<t Le mattre de la cavalerie, comme il est naturel dans un si grand carnage, ayant conquis beaucoup dé dépouilles, rassembla en un grand monceau les armes de Tennemi, y mit le feu et les brûla» soit qu'il eût fait un vœu à quelque dieu, soit, si Ton en veut croire le témoignage de Fabius, pour empêcher le dictateur de prendre le fruit de sa gloire, d'y inscrire son nom ou de portée les dépouilles à son triomphe. D*ailleursla lettre dans laquelle il annonçait sa victoire, adressée au sénat, non au dictateur, montrait qu'il ne voulait nullement lui faire part de sa gloire. »

Tite Live, ici, justifie le dictateur, un peu auparavant le maître de la cavalerie ; il explique et raisonne. Son récit n'est pas la narration pure ; cet enchaînement est d'un orateur. Puis aussitôt la passion déborde, et avec elle l'éloquence.

« Du moins le dictateur le prit de telle sorte que, tandis que les autres se réjouissaient de la victoire gagnée, il en montra de la colère et du chagrin. Il congédia donc brusquement le sénat, et sortit précipitamment de la curie, répétant que les légions des Samnites, moins que la majesté dictatoriale et la discipline militaire, étaient vaincues et renversées par le maître de la cavalerie, si, après avoir méprisé son autorité, il demeurait impuni. Aussi, plein de colère et de menaces, il partit pour le camp ; mais, quoiqu'il allât à grandes journées, il ne put pré-

venir le bruit de son arrivée. Car plusieurs de la ville l'avaient devancé en toute hftte, annonçant que le dictateur venait avide de châtiments et louant l'action de Manlius presque à chaque parole* »

Le discours qui suit manque peut-être de naturel. Il est de Tite Live et non de Fabius. Mais quel art pour irriter et envenimer les passions, pour joindre la cause du général à celle des soldats» pour rendre le dictateur odieux !

« Fabius, ayant aussitôt convoqué les soldats en assemblée, les conjure d'employer le courage avec lequel ils ont défendu la république contre ses ennemis les plus acharnés, pour le protéger, lui, sous les auspices de qui ils ont vaincu, contre la cruauté effrénée du dictateur. Il vient, égarée par l'envie, irrité contre la vertu et le bonheur des autres, fu-^ rieux de ce que, lui absent, la république a été bien servie. 11 aimerait mieux, s'il pouvait changer la fortune, que la victoire fût aux Samnites qu'aux Romains. Il répète que son autorité a été méprisée, comme s'il n'avait pas défendu .de combattre dans le même esprit qu'il s'afflige qu'on ait combattu. Alors c'était par envie qu'il avait tenté d'enchatner le courage des autres et qu'il avait voulu Ater les armes à des soldats impatients de s'en servir, pour que, en son absence, ils ne pussent seulement remuer. Maintenant il est furieux, il est désolé que, sans L. Papirius, les soldats aient eu des armes et

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des bras, que Q. Fabius se soit cru général de la cavalerie et non valet ^ du dictateur. Qu'aurait-il fait si, comme le hasard de la guerre et Mars, dieu des deux armées, pouvait l'ordonner, le combat eût été malheureux, puisque les ennemis étant vaincus etla république bien servie, si bien que lui, ce chef unique, n'eût pu mieux la servir, il menace du supplice le mattredela cavalerie? Ce n'est pas qu'il soit plus ennemi du maître de la cavalerie que des tribuns des soldats, que des centurions, que des soldats. S'il le pouvait, il se vengerait sur tous ; ne le pouvant, il se venge sur un seul. Mais l'envie, comme Ja flamme, se prend toujours à ce qu'il y a de plus élevé: c'est au chef, c'est à la tète de l'entreprise qu'elle s'attaque. S'il étouffait à la fois le général et sa gloire, alors vainqueur et tyran de son armée prisonnière, tout ce qu'on lui aura permis contre le mattre de la cavalerie, il l'osera contre les soldats. Ainsi, que dans sa cause ils sauvent la liberté de tous ; si Papirius voit que l'armée, unanime tout à l'heure dans le combat, l'e^ maintenant pour défendre sa victoire, et que tous veillent au salut d'un seul, il inclinera vers un avis plus doux. Enfin, il confie à leur foi et à leur courage sa vie et sa fortune. »

Certes, le discours n'est pas un ornement dans ce

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