‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 146 sur 155 · TiieLive, III · texte numérisé non relu

TiieLive, III

quMl y a de peuple et de patriciens, consuls, tribuns, dieux et hommes, ne devrions -nous pas, armés, aller à Taide, courir au Capitole, délivrer, pacifier cette auguste maison de Jupiter très-bon, trèsgrand ? Romulus, notre père, qui jadis as reconquis la citadelle dont ces mêmes Sabins s'étaient emparés à prix d'or, donne ton esprit à ta race ; ordonneleur de prendre le chemin que toi, que ton armée vous avez pris! Le premier me voici, moi consul ; autant qu'un mortel peut suivre un dieu, je vais te suivre, marcher sur tes traces.... » Il finit en disant : « qu'il prenait les armes, qu'il appelait tous les Romains aux armes. Si quelqu'un s*y oppose, sans plus songer à l'autorité consulaire, à la puissance tribunitienne, aux lois sacrées, quel que soit cet homme, en quelque lieu qu'il soit» dans le Forum, dans le Capitole, il le traitera en ennemi. Que les tribuns qui défendent qu'on s'arme contre Appius Herdonius ordonnent qu'on s'arme contre le consul Valérius. Il osera contre les tribuns ce que le chef de sa famille a osé contre les rois. » Cette violence impétueuse s'adoucit quand il le faut, par exemple, lorsque Caton ayant parlé contre la loi Oppia, le tribun Valérius prend en main la cause des femmes. C'est plaisir de voir avec quelle mesure et quelle convenance il présente leurs raisons, avec quelle délicatesse et quelle dextérité il passe de preuve en preuve, combien il montre de respect

pour Faustérité du consul, arec quelle déférence il réfute sa diatribe, comment néanmoins avec un demi* sourire il indique les excès de sa vertu, d'autant plus modéré que les femmes sont accusées d'indiscipline et que le ton de leur avocat doit prouver leur douceur. Les arguments arrivent en foule contre la loi, précis, concluants, mais sans bruit ni fracas, l'ébranlant paisiblement et la jetant à terre sans que les juges puissent se plaindre de violence, ni trouver le moindre prétexte pour s'irriter et résister. Peu à peu l'âpre conviction enfoncée dans l'esprit par la réprimande de Caton s'amollit ; on la sent qui se fond ; on essaye en vain de la retenir, on ne la trouve plus ; je ne sais quelle puissance s*est insinuée dans l'âme ; une nouvelle croyance est entrée, sans qu'on y ait songé. La voilà maîtresse ; on ne peut plus, on ne veut plus la chasser ; et nous savons presque gré à l'aimable orateur, qui, par une conquête si insensible, a tourné notre avis et subjugué notre assentiment.

Je trouve un discours où Tart de prouver et le talent d'émouvoir sont tellement unis et éclatants qu'on y voit tout le génie de Tite Livc en raccourci. Capoue est sur le point d'être prise. Plusieurs sénateurs proposent d'envoyer des députés aux Romains et de leur demander grâce. Vibius Virius s'y oppose. Écoutons un homme décidé à mourir, non par un élan de colère, mais par une longue et com-

plète méditation , d'autant plus désespéré qu'il est plus clairvoyant, dont la raison nourrit la passion, qui pai; un raisonnement infranchissable ferme aux timides les issues de la lâcheté et de l'espérance, et qui avec une résolution sombre les conduit au bû* cher qu'il s'est dressé. On verra en même temps comment l'art de l'écrivain aide l'éloquence du personnage, comment la première phrase contient d'avance la masse de toutes les preuves, comment un simple récit est une suite irrésistible d'arguments menaçants, comment le commentaire des faits! devient à chaque instant plus désespéré et plus amer, jusqu'à ce qu'enfin éclate la nécessité de mourir * : c II dit que ceux qui parlent d'ambassade, de paix, de soumission, ont oublié ce qu'ils eussent fait s'ils avaient eu les Romains en leur pouvoir, et ce qu'ils doivent eux-mêmes souffrir. Quoi ! pensezvous que, si nous nous rendons, nous serons traités comme autrefois, lorsque, pour obtenir du secours contre les Samnites, nous avons livré aux Romains nos personnes et nos biens? Avez-vous oublié dans quels temps, dans quelle fortune, nous avons abandonné le peuple romain? comment, dans notre défection, au lieu de renvoyer leur garnison, nous l'avons fait périr dans les tourments et dans les outrages? combien de fois, avec quel acharnement nous

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