Hérodote, II
jeune homme et à celle jeune fille dont parle Ho-^ mère, et qui , vers le soir , s'entretiennent longuement sous les chênes , au bruit des sources. II rapporte la bataille de Marathon aussi simplement et l tranquillement qu'un conte , avec force historiettes / fabuleuses et minutieuses, qu'on n'ose appeler pué- ( riles, tant elles sont aimables. Ses pensées inces-j samment tombent sans bruit et en foule, « comme { les flocons de neige qui en une nuit couvrent!^ la campagne. > Son style est l'image de son es- j prit. Sa prose mal dégagée de la poésie bégaye^ encore; ses phrases ne savent s'unir en une période solide; nul effort pour mettre un mot en saillie, pour flatter l'oreille et l'esprit par la symétrie des constructions. Il répète le même terme deux ou trois fois de suite. Il quitte une tournure com- ^ mencée, parce qu'elle le gêne. Cette liberté est char- : mante. Les phrases se suivent, sans qu'on pense à i' les distinguer; on va d'un seul mouvement si doux, j qu'il est insensible ; c'est la mollesse et la fluidité \ d'une eau pure. Ajoutons, si l'on veut, que parmi 1 •des grâces si simples il y a de la grandeur, que \ l'idée de la fatalité pèse comme un nuage sur ce monde brillant de jeunesse, qu'un lien lâche, mais continu, unit les événements dispersés. Hérodote n'en reste pas moins au seuil de l'histoire, et l'on ne peut comparer le conteur grec à Thistorien romain.
II. Xénophon a le génie attique, qui est la perfection dans la mesure, plutôt exquis que grand, semblable à l'architecture de son pays. Il est plus attique que Thucydide , comme Lysias est plus at* tique que Démosthène. Son sujet, Texpédition des Dix milles d'une étendue médiocre, est un tout indivisible, qui se détache brillant et simple sur la suite de l'histoire, comme le temple de marbre sur le promontoire de Sunium. Le récit n'est point embelli d'ornements, ni agité de passions oratoires, ni arrangé en éloge, ni composé pour donner une leçon morale. Le goût exquis consiste à maintenir chaque genre dans la pureté, et la narration parfaite n'est ni une argumentation, ni une harangue, ni une fTpiôce de poésie, mais une narration. Rien de plus net, de plus simple, de plus sobre que ce récit. L'auteur s'efface ; il semble qu'on n'ait plus un livre sous les yeux ; on aperçoit les objets en eux-mêmes ; la narration transparente n'ôte ni n'ajouteà leur couleur. D'autres, Hérodote etThucydide, ne cherchent comme lui qu'à rendre les faits visibles ; mais avec le même but, ils n'ont pas la même mesure. Xéno-' phon ne choisit que les faits importants, mais les recueille tous, évitant les longueurs du curieux Hérodote et la concision de l'austère Tliucydide. On ne voudrait ni lui ajouter, ni lui retrancher une seule