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deux troupes de gens à cheval arrivèrent du Palais, entrèrent avec violence . dans rhôtellerie, et, tirant plus de vingt coups de pistolet , en tuèrent deux et cassèrent Tépaule au troisième. » Pour les autres, « on les laissa vivre , mais on leur fit souffrir des peines extrêmes; on les mena jusqu'au Palais tout nus dans la plus grande rigueur de la saison ; on leur donna mille coups de fouet durant le chemin, et on les renvoya presque aussi morts que leurs compagnons , avec défense de regarder derrière eux sous peine de vie. »
Cette spoliation et ces meurtres des faibles, ce commerce de guets-apens et d'assassinats entre les'Jorts, cette habitude d'outrager et d*égorger la loi et la justice composent les mœurs féodales, et après avoir pesé attentivement tous les bienfaits et toutes les fé* licites de «et âge vanté, je trouve que j'aimerais autant vivre au fond d'un bois dans une bande de loups.
Nos loups féodaux s'amendent. La hache de Riche- I lieu y a travaillé ; la hache de Louis XIV achève l'œuvre. M. le président des Grands Jours rase le^ châteaux, envoie les maîtres en exil, en prisoa, aux ! galères, roue les roturiers complices, abolit les droits .' de justice, confisque les biens, tranche la tête aux ' seigneurs saisis, décapite les fuyards en effigie. L'or- j dre s'établit; le roi devient maître, et dans cette mo- ■ narchie absolue les grands n'ont plus de place qu'à la cour.
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Us laissent leurs tours noircies, percées de mairtrièi^s grillées, plantées sur la c^rète des basaltes, entourées de fondrièi^es, où les torrents neigeux bouillonnent entre des rocs calcinés. Ils jettent le yieux justaucorps de buffle, moisi par la pluie, usé par la cuirasse ; ils mettait à Técurie le solide courtaut limousin , dont Téchine durcie porte le maître et son équipement à travers les ravins et sur les pentes, douze heures durant, d'un pas soutenu et lourd. Ils accourent à Paris, demandent à CSolbert une pension, assistent au lever du roi, se dégourdissent aux acadé^ mies, achètent des perruques, des rubans, des manchettes, font visite chez leur ancienne amie, Mme de Longueville, la belle frondeuse, puis par elle chez quelque dévote lettrée, Mme de Sablé, afin d'étudier les nouvelles façons et le bel air des choses. S'ils n'y pai*viennent point, leurs enfonts y atteignent. A père balourd fils galant. Les yeux, fatigués par la sim* , plicité irrégulière de la campagne, se reposent sur les jardins alignés de Le Nôtre, sur les ifs coniques, sur les ormes quadrilatéraux. Au sortir des routes fangeuses, des bois pluvieux, des tavernes villageoises, des sombres manoirs antiques, on jouit des aises et de Télégance récentes, des appartements chaufiës et parés, des plafonds dorés et embelhs de peintures, des lambris rehaussés d'arabesques, desargenteries sculptées, des glaces resplendissantes. Après les longs mois d'hiver et de solitude maus«sade, à peine interrompus par la chasse brutale et par la grossière bombance provinciale, ils trouvent les fêtes de l'Ile enchantée, des illuminations, des bal« lets, le chatoiement de la soie et des diamants, l'éta-
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lage du T^nrs et des dentelles^ la magm&oenee mesarée da goût nouToau, la profusion choisie de risdustrie nooTelle^ Us s'asseyent et se mettent à causer.
Leur conversation se sent un peu des mœurs qu'ils . viennent de quitter. La sympathie pour tout le monde, inventée par Yc4taire, la sympathie poui; les pauvres, inventée par Rousseau, n'y paraissent guère. Fléchier conte d'horribles histoires avec un sourire tout aimable ; par exemple celle du curé de Saint- Babel qui fit tuer à cov|is de b&ton un paysan son ennemi. Le pauvre homme, « se voyant réduit à la mort, » demanda au curé la vie ou l'absolution, sur quoi celui-ci < lui déchargea le dernier coup. Vit-on jamais une absolution plus forte que celle-là, et l'Ëglise, qui craint le sang et la violence , a-t-elle jamais des sacrements qui fassent mourir? » Les gens | du temps riaient encore *assez volontiers de la peu* < daison, très-volontiers des coups de bâton, comme j au xvr siècle *. Un peu plus loin le gracieux abbé rapporte que Mme de Yieuxpont appela son mari en duel. < La belle-mère, qui ne lui cédait pas en hardiesse, pour conserver avec l'avantage de l'âge celui d'être aussi violente qu'elle, lui tira un jour un coup de pistolet dont elle la blessa, et lui fit connaître qu'il ne fallait jamais s'en prendre aux bellesmères. » Plus loin, c'est une fille incendiaire et de mauvaise vie qu'on fouette et qu'on marque. Fléchier ajoute agréablement « qu'elle fut exilée au hasard
1. Mme de Séyigné à sa fille, sur les paysans bretons. — Molière , fMUiifn.
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de brûler encore quelque maison el d'avoir encore quelques enfants loin de son pays. » Vous voyez d'avance les tirades philosophiques, sociales et humanitaires que nous ne manquerions pas de lâcher en pareilles circonstances. Au xvn* siècle, on com- ! patit aux malheurs des gens de sa société ; quant aux i autres, Fénelon seul, je crois, y pense. La province i est bien loin, et le peuple n'est pas de la même espèce I que les seigneurs.
^ Les mêmes mœurs qui expliquent les sentiments durs, expliquent le style libre. Si Molière, ses comédies à la main, frappait aujourd'hui à la porte du Théâtre-Français, la pruderie moderne le repousserait comme grossier et scandaleux *; de son temps, les dames les plus délicates couraient à ses pièces.
rMme de Sévigné conte à sa fille des aventures singulières, avec détails précis, qu'on se donnerait aujour- I d'hui entre jeunes gens, mais qu'on n'oserait plus se 1 donner entre hommes. Le sage et modeste Pléchier, \ quoique futur évêque, a le ton de tout le monde. Il ; orne de gentillesses mythologiques des viols, des in- ; cestes, des accouchements, des infanticides, et expose : avec un geste élégant et un son de «voix charmant / d'abominables aventures médicales et conjugales / qu'on n'écouterait guère -aujourd'hui que dans le i greffe d'un procureur du roi ou dans le laboratoire i d'un médecin. Il est très-léger en matière religieuse, plaisante fort bien les ultra-dévots, n'est respectueux ni pour les théologiens, ni pour les moines, ni pour les anges gardiens , ni pour les légendes locales. II