‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 4 sur 155 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

mille nuances ; vous les confondez en une seule couleur.

c Une aristocratie de courtisans qui font salon, et le goût de ces idées générales moyennes qu'on peut agiter dans un salon, voilà les deux circonstances primitives et dominatrices auxquelles vous réduisez notre xvn« siècle. Ne renferme-t-il point autre chose? Sans chercher bien loin, on y verrait l'imitation de l'Espagne, le respect des classiques, des restes de grossièreté féodale, une veine de libertinage demicachée,Tavant-goût de la Régence, le commencement des idées humanitaires, un peu de mysticisme, et je ne sais combien d'autres traits qu'on ne peut supprimer sans altérer sa physionomie. Réduire ainsi c'est détruire, et vos résumés sont des mutilations.

« Historien orateur : vous renfermez dans ces deux mots tout Tite Live; j'ai bien peur qu'il n'y soit étouffé. Tous les Romains sont orateurs, et néanmoins chacun d'eux se distingue des autres. Celui-ci est patricien , patriote , religieux , honnête homme ; il est plus sobre que Cicéron, plus régiilier que Salluste, plus simple que Tacite. Il a des qualités, des défauts, des sentiments qui ne conviennent qu'au temps où il a vécu, aux circonstances qui l'ont açonné, au tour d'esprit qui lui est propre. Sans

PRËFACÉ. V

doute il suffit d*un trait pour former une figure de géométrie ; mais il faut mille traits infiniment croisés et plies pour former une figure humaine. Vous croyez dessiner un visage; vous n'avez Iracé qu'un rond ou un carré. »

Gela est concluant contre un critique qui voudrait peindre, mais non contre un critique qui essaye de philosopher.

Peindre, c'est faire voir, et c'est un emploi tout spécial que de faire voir les personnages passés. Si quelqu'un s'y et&)rçait, il faudrait qu'il eût été préparé à ce travail d'artiste par des études d'artiste; qu'il eût été, dans sa jeunesse, romancier comme Walter Scott , et même poète ; qu'à ce titre il aperçût naturellement et de prime-saut les plus légères nuances et les plus fragiles attaches des sentiments; que peu à peu le progrès de l'âge et les reploiements de la réflexion aient ajouté en lui le psychologue à l'artiste; que la finesse française, la délicatesse parisienne, l'érudition du xix"" siècle, l'épicurisme de la curiosité, la science de l'homme et des hommes, lui aient composé un tact exquis et unique. Ainsi doué et ainsi muni , il entreprendrait pour les lettrés et les délicats une galerie de portraits historiques. II glisserait autour de son personnage , notant d'un mot chaque attitude, chaque geste et

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chaque ajf; il retiendrait sur ses pas, nuançanl: ses premières couleurs par de nouveBes tétâtes plus légères; il irait aiusi de retouches en retmiches, ne se lassant pas de poursuivre le contour complexe et changeant, la frêle et fuyante lumière qui est le signe et ocoaiune la fleur de la vie. Pour Tatteiiidre, ce ne serait pas assez d'un portrait; il sentirait que la peinture doit varier avec le personnage ; il le décrirait adolescent, jeune homme, homme fait, vieillard, à la cour, à la guerre , sous tous ses habits , sous tous ses visages; il égalerait la mobilité du temps et de l'âme par le renouvellement de ses impressions et de ses esquisses. IL n'aurait pas assez, pour une telle œuvre, du style simple des logiciens et des classiques. Il aurait besoin de phrases plus enroulées, capables de se tempérer et de s'atténuer les unes les autres, de mots plus spéciaux, traînant avec eux un long cortège d'alliances et de souvenirs.. Il faudrait moins le lire que le goûter; ce serait un de ces parfums composés et précieux où l'on respire à la fois vingt essences choisies et adoucies par leur mutuel accord. En décrivant le genre , j'ai décrit l'homme. Le lecteur a nommé M. Sainte-Beuve; mais le genre n'appartient qu'à rhomme; et on ne peut imposer à personne la noaladresse ou l'impertinence de Ti^ miter.

PilâFAfiE. Y«

Qa'eft telère doiM; les autres refibenebes; \mmb l'objet qui a ibunû matière à la peinlttra ftHiniiD matière à la ptailosophie; permettes è VaBalys« de yenir après Vart. S*i] est beau de faire yoir os. persoDnaga» il est peut^-ètre Inléres&aDt de le fsàx^ cempfmidre^. Lesdeux études diSi^eat,. puisque Vima* ginalion diffère de rintelllgeoce, et le raisonnewenA a le droit de décomposer ce que les yeux ont con^ temple et ce que le cœur a senti. Je puis me demao;» der d'où Yionneut ces qualités, ces défauts» eesptssîoBS, ces idées ; lesquels sont effets, lesquels^ S9ii4 causes; de quelles facultés primitives ils déeoti^ lent; si, eitk suiva^at ces facultés plus loin,, on ne re«* monte pas à une souf ce eomiaune ; queUe masse et queUe sorte de sentiments chacune d'elles & lancés dans la passion totale. Les émotions et les pensées de rbomiae sonb liées comme les parties et Jes mouvez meots du corps ; et, puisque c^ encbatoement mérite d'èira noté dan» le morale corporel et visible,, il mé» rite d'être observé dansle monde iavisible et ineor-^ poreL Dès lors,, tous vos préceptes tombent; les règles qui gouvernaient la peintura n'ont point de pjrise sur l'analyse; ce qui serait une faute peut la premitee devient un devoir pour la secondie. . Vous dé¥eloppiesv elle rédHÎt. Vous pom^suivies les; détails délieats, elle ireehsrche les graiides.'aa«s^. Yons sai*

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