II • PRÉFACE
parties de la vie nationale, se supposent les unes les autres, de telle façon que nulle d'elles ne pourrait être altérée sans que le reste ne le fût aussi. Dans un même poêle, le style, le choix des fables, l'espèce des caractères, les croyances et les habitudes, toutes les parties de Tâme et du talent, s'appellent les unes les autres, tellement que si l'une était transformée, les autres ne pourraient plus subsister. L'homme n'est pas un assemblage de pièces contiguës, mais une machine de rouages ordonnés; il est un système et non un amas.
D'où vient cette dépendance mutuelle et invincible, et par quelles attaches tant de fils séparés s'unissentils en un seul faisceau ?
Si vous décomposez tour à tour chaque partie du groupe, vous trouvez qu'elles sont toutes gouvernées et formées par un petit nombre de forces, le plus souvent par une force unique, laquelle produit leur concert et maintient leur union.
Dans un même siècle, par exemple, la philosophie, la religion, les arts, la famille et l'État, reçoivent leurs caractères de quelque inclination ou faculté dominante. C'est le même esprit et le même cœur qui a pensé, prié, imaginé et agi. C'est la même situation générale ou le même naturel inné qui a façonné et régi les œuvres séparées
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et diverses. C'est le même scean qui s'e^ imprimé différemment dans ces différentes matières. Nulle de ces empreintes n£ peut changer sans entraîner le changement des autres, parce que nulle d'entre elles ne change que par le changement du sceau.
De sorte que pour connaître l'homme, ce ne sont jlas des remarques qu'il faut entasser, mais une force qu'il faut démêler; ce ne sont pas des flots épars qu'on doit recueillir, mais une source qu'on doit atteindre. Que cet homme soit infiniment multiple ; ^ qu'il dérive de sa famille, de ses concitoyens, de ses contemporains, de ses lectures, de sa condition, de mille accidents contraires ; que des infiltrations innombrables aient coulé de tous les coins de l'horizon pour le former et le nourrir, peu importe. L'important est de marquer la direction et la puissance du courant, de sentir quel élan l'emporte, de prévoir vers quel lit il se précipite. Connaître un objet, c'est connaître sa cause, et la suivre dans tout l'ordre de ses effets.
Là-dessus on répond : « Gela ne se peut ; l'homme est trop complexe ; une formule ne suffit pas à l'exprimer. Si vous saisissez en lui deux ou trois grands traits, vous en omettez cinquante. Dans une civilisatîon comme dans un individu, il y a cent \*