Tite Live, III, 26. — 2. /d., IV
c'est d'elles-mêmes ou par le conseil des magistrats. Quand on doute entre deux noms, il n'ose d'écider, dire Furius ou Vopiscus , plutôt que Fusius ou Virginius. Enfin plus tard, quand il suit le seulPolybe, si du doigt, à chaque ligne , on compare les deux pages, on se convainc qu'il n'ajoute aucun fait, qu'au contraire il en retranche, que la seule licence qu'il prenne est de souffler un peu de vie dans les phrases traînantes de ses froids devanciers. Je trouve encore dans l'ordre de son récit une grande marque de son exactitude. Il va d'année en année, selon le plan de ses annalistes, disant comme eux les noms des magistrats, les prodiges, les expiations, les disputes civiles et les guerres étrangères , sans intervenir, sinon par des aveux d'ignorance et par des discours, sans essayer d'expliquer les événements par des conjectures , ou de lier les faits par des idées générales. Il s'efface lui-même pour laisser parler ses auteurs. Ce qu'à travers lui nous lisons aujourd'hui, c'est Fabius Pictor, c'est Pison, ce sont les premiers annalistes , plus corrects, plus clairs, plus éloquents, mais avec leur plan, leurs détails, leurs erreurs , tels qu'il les déroulait dans la bibliothèque de Pollion , parmi les bustes d'airain et d'argent qui conservaient leurs traits et leur mémoire. Il a le mérite rare de n'altérer jamais un témoignage , et de ne dire rien sans une autorité.
IL Et ces autorités sont nombreuses : dans les dix premiers livres, Fabius Pictor, le plus ancien historien de Rome, Cincius Âlimentus, qui fut prisonnier d'Annibal et témoin de toute la seconde guerre punique, Calp. Pison, Valérius Antias, Liciniu§ Macer, qui consultait les livres de lin dans le temple de Monéta , Claudius Quadrigarius, iElius Tubéron ; dans les vingt-six autres, outre ceux-ci, Polybe, le plus réfléchi et le plus exact des historiens anciens, le Sicilien Silénus, ami d'Annibal, GœliusAntipater, Cécilius , P. Rutilius, Clodius Licinius, plusieurs écrits de Caton le Censeur ; et partout enfin , les Fastes et les Livres des magist)*ats qui lui servent à vérifier et à corriger les dates *. Tite Live lit tous ces auteurs ensemble, et cite parfois jusqu'à quatre opinions sur un seul fait. Quand, plus tard, il rencontre Polybe,' si savant, si soigneux, qu'il consulte et estime selon son mérite , il lui joint encore les contemporains, Fabius Pictor, Cincius et d'autres, sans dédaigner même Val. Antias qu'il méprise avec raison. Parmi les phrases régulières du récit, tout à coup éclate une description brillante, comme la prise' de Sagonte ; une narration éloquente, comme la bataille de lYasimène. C'est que le Grec politique et raisonneur vient d'être abandonné , et que Tite Live , creusant autour de lui, a retiré d'entre les monu-