‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 95 sur 155 · Niebuhr, t. III, p · texte numérisé non relu

Niebuhr, t. III, p

vement d'union et de subordination avait commencé dix fois autour de la Méditerranée. Rome le répète , rassure et l'agrandit.

Niebuhr est admirable encore , lorsqu'il montre la naissance insensible de toutes les magistratures, lestribuns institués par Servius quand la plèbe se forme en tribus, déclarés inviolables lorsqu'elle revient du mont Sacré , chaque jour plus puissants parce qu'elle devient le peuple, et à la fin vrais chefs de l'État; les dictateurs, magistrats latins, dès longtemps établis à Lanuvium et à Tusculum ; les pré* teurs, déjà institués sous les rois, ayant la garde de la ville et le droit d'expédier les affaires en leur, absence^; les censeurs, d'abord tribuns, militaires et simples intendants de la fortune publique , qui , du droit d'inscrire chaque citoyen dans sa classe, tirent celui d'inspecter les mœurs. Il comprend que rien, dans les institutions humaines, n'est soudain; que, comme les choses naturelles, elles ont des commencements faibles; que tout changement, étant graduel et préparé , arrive , non par Tarbitraire des volontés, mais par la force des situations , qu'il faut donc lui trouver des origines obscures; que, par la même raison, une institution ne reste jamais dans le même état; que, sous lea mêmes noms» on trouve à clique siècle des pouvoirs différents; qu'elle s'altère

L Niebuhr, t. III, p. 151; t. IV, p. Il8i

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nécessaireinent et sans cesse , parce que Thomme n*est pas un seul instant le même , et que Thistoire n'est que le récit d'un mouvement. Cette vue pénétrante de la nature humaine et cette connaissance infinie des faits marquent, en Niebuhr, le génie moderne. Parcourez les explications qu'il accumule sur les nea?t, sur les finances de Rome, sur la population, sur les terres et les dettes, sur les municipes et les colonies, sur les changements de la légion : dans l'économie politique, dans le droit public ou privé, dans les institutions d'argent ou de guerre, il n'est aucun point qu'il n'éclaircisse. Déjà , il est vrai, le lecteur se perd dans la multitude des suppositions. Niebuhr corrige Tite Live comme si aujourd'hui il. avait sous les yeux les grandes Annales, devine sur un manuscrit demi -brûlé* les traces d'une conspiration des Patres minores contre les majores^ exagère partout la manie des conjectures, philologue et légiste intraitable , les yeux fixés sur les textes avec tant d'obstination et d'imagination qu'il finit par y lire ce qui n'y est plus, tandis que le lecteur, noyé dans les doutes, arrive à peine à bord, ne sachant plus s'il qstdans le roman ou dans l'histoire, sauvant à peine quelques grandes vérités parmi les vraisemblances qui ont glissé entre ses mains.

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