Amphitryon^ le Médecin malgré luij etc
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léger en matière religieuse, plaisante fort bien les ultra- dévots, n'est respectueux ni pour les théologiens, ni pour les moines, ni pour les anges gardiens, ni pour les légendes locales. Il développe avec une complaisance d'orateur des histoires de curés et de servantes, et, sans penser à mal, donne une main fraternelle à la Fontaine. « On accusait ce curé d'avoir instruit ses paroissiennes d'une manière toute nouvelle, de leur avoir inspiré quelque autre amour que celui de Dieu, et de leur avoir fait des exhortations particulières fort différentes des prônes qu'il leur faisait en public. » Je laisse le reste dans le livre; qui voudra, lira; je ne fais que commenter. Fléchier n'en était pas moins un prêtre fort régulier, et regardé comme tel. C'est que le clei^é autorisé, vénéré, sans ennemis, sans rivaux, avait alors le droit de causer et même de rire. Aujourd'hui, il est obligé d'endosser l'air grave, la sévérité, la pureté parfaite; c'est sa cuirasse, et la faute ou le mérite en est aux l;)alles laïques qui le contraignent de la porter.
Cette sécurité est un des traits dominants du dix-septième ^siècle ; de là ses fêtes et sa belle humeur. Aujourd'hui la lutte est partout, et aussi le sérieux triste. Chacun a sa « position » à faire. Dans une société d'égaux il n'y a plus d'ancêtres ni de fortunes : tous ceux qui ont un nom ou de l'argent l'ont gagné ; et on ne gagne rien qu'après
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un combat obrtmé^ par la contention d'esprit, par le travail incessant, par le calcul morose. La vie n'est plus une fête dont on jouit, mais un concours où Ton rivalise. Joignez à c^a que nous sommes obligés de nous faire nos opinions. En religion, en philosophie, en politique, dans Fart, dans la morale, chacun de nous doit s'inventer ou se choisir un système : invention laborieuse, choix douloureux, bien différent de Theureuse insouciance qui jadis installait chacun dans la soumission à l'Ëglise et dans la fidélité au roi. La vie n'est plus un salon où Ton cause, mais un laboratoire où Ton pense. Croyez-vous qu'un laboratoire ou un concours soient des endroits gais ? Les traits y sont contractés, les yeux fatigués, le front soucieux, les joues pâles. Jugez par contraste de la bonne humeur et de la joie qu'on avait jadis. Le voyage de Fléchier, comme ceux de Chapelle et de la Fontaine, n'est qu'une suite de fêtes. Quand les juges sont à Clermont, c'est un gala perpétuel ; on festine, on se rue en cuisine. Tel donne à dîner tous les jours. Celui-ci, sortant de la qjuestion, va faire jouer la comédie. Un autre quitte les arrêts de mort pour aller danser de tout son cœur. La journée se passe en visites, en promenades de plaisir, en conversations agréables ; la soirée, en bals et en concerts. « M. de Novion, le président, ou pour se délasser un peu de ses grandes occupations, ou pour com-
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plaire à mesdames ses filles, desquelles il fait tan* tôt le père et l'amant, ya lui-m^e aux assemblées et donne lui-même le bouquet, ainsi qu'un jeune galant. » On regarde danser la goignade, danse fott tortillée et fort risquée, qui probablement ferait rougir aujourd'hui les pudiques sergents de ville, mais dont Fléchier ne détourne pas les jeux, et que Mme de Sévigné < aime à la folie. » Rien de plus naturel et de plus sage. On ne pense plus à résister au roi ; on n'a point à résister au peuple , on n'a point à défendre ni à combattre le clergé ; on n'a point à conquérir son opinion ni son rang. Dans cette oisiveté et dans cette liberté d'esprit, que peut faire un homme riche et noble? Se divertir ; il se divertit.
Le premier amusement est la galanterie. En tout temps et en tout pays, dès qu'un homme et une femme sont ensemble, il arrive de trois choses l'une : ou ils se tournent le dos , ou ils bâillent in* térieurement, ou ils causent d'amour. Ici, comme on ne veut pas bâiller et comme on ne peut pas se tourner le dos, on cause d'amour. D'ailleurs rien de plus convenable aux mœurs guerrières qui viennent de finir et au goût espagnol qui règne/ Au dix-septième siècle, il faut être un peu galant pour être tout à fait honnête homme, et l'urbanité ne va point sans l'art de dire : « des douceurs. » Notre prédicateur Fléchier eut une Iris,
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Mlle de la Vigne, lui écrivit beaucoup de lettres et fit pour elle beaucoup de vers, n composa son propre portrait pour lui plaire, et lui dit en style mesuré et délicat : « Ce cœur, mademoiselle , n'est pas indigne de vous.... Quand on fait tant que de le toucher, il n'y en a pas de plus sensible.... La douceur, Thonnéteté, la bonne conduite sont les premiers agréments qu'il recherche ; il faut pourtant que la personne soit agréable, et, bien que la raison soit maltresse , il faut que les yeux puissent être contents.... Quand l'affaire est une fois conclue et qu'il s'est donné, c'est pour toujours et sans réserve ; aussi il veut qu'on se donne de même, et croit qu'un cœur qui se partage ne vaut paiS le sien tout entier. Il est capable de jalousie, et, quoi qu'il arrive, il veut être distingué et préféré.... Il est délicat et difficile sur ce qu'on se doit quand on s'aime ; il veut qu'on s'entende à demi-mot, qu'on se prévienne, qu'on devine ce qui peut plaire; mais il n'exige rien d'autrui qu'il ne s'impose à lui-même. » Ce joli morceau donne une idée de la galanterie élégante et platonique qui occupait alors les salons; et les longues amours que Fléchier raconte * achèvent d'en peindre la grâce un peu fade , les douceurs respectueuses et le cérémonial infini. Cette galanterie n'avait rien