‹ Essais de Critique Et D'histoire (volume 4)Chapitre 36 sur 46 · De l'avenir politique de V Angleterre · texte numérisé non relu

De l'avenir politique de V Angleterre

raventy et ce sera bien fait. Si j'aime la souveraineté populaire, je prouverai que les Athéniens de Gimon furent les plus heureux des hommes. Si je goûte l'aristocratie, je montrerai que les sénateurs de Rome furent les plus grands des politiques. J'aiderai un peu à la vérité, ce qui est aisé, car un écrivain croit aisément les choses qu'il désire, et j'aurai la satisfaction de composer, comme M. Troplong et M. de Montalembert, un livre animé, adroit, utile à ma cause, agréable au public, et qui ne fera tort qu'à l'histoire.

M. Troplong et M. de Montalembert ont publié, l'un sur l'aristocratie romaine, l'autre sur Taristocratie anglaise, deux ouvrages d'histoire qui sont deux ouvrages de politique. Si les auteurs parlent tout haut de Rome ou de l'Angleterre, c'est pour parler tout bas d'autre chose. Pour l'un la soigneuse érudition, pour l'autre la généreuse éloquence, ne sont que des armes. Tous deux ont Tair de soutenir une thèse de science ; tous deux défendent des intérêts de parti. Vous les croyez à Westminster ou au Capitole ; ils y sont peut-être, mais c'est pour mieux regarder ailleurs.

M. Troplong n'aime pas l'aristocratie en France; c'est pourquoi il écrit contre l'aristocratie romaine en faveur de César. Il pose en principe que le gouvernement républicain ne convient pas à un grand Ëtat. « Ce fut un tort de Brutus et de Gassius, es-

prits médiocres avec une âme vigoureuse, de n'avoir pas vu qu'à leur époque Tempire romain, à cause de son étendue et de ses complications, ne pouvait être gouverné par des consuls et un sénat. »

M. Troplong oublie que les États-Unis, quoique fort étendus et compliqués, sont gouvernés par un président, un congrès et un sénat. Les yeux fixés ailleurs que sur les États-Unis, il dénigre les, ennemis de César et porte César au ciel. Il juge que Tacite n'est pas philosophe et n'entend rien aux grands événements de l'histoire. Il trouve burlesque et digne des Plaideurs ce vers de Lucain sur Caton :

Victrix causa Diis pîacuit, sed vicia Catoni.

Il se moque « des ampoules envenimées de son éloquence sonore. » Il blâme Cicéron qui s'était éloigné de César « pour des mécontentements d'orateur.» Il dit que « les munîcipes et les gens de la campagne surtout ne voyaient dans Pompée qu'un furieux altéré de sang*.^ Il montre en César le libérateur des peuples, le pacificateur du monde, le sauveur de l'empire. Il met tout l'univers de son parti, et réduit ses adversaires à une faction de nobles tyranniques. Il s'emporte contre « les instincts rétifs » de Caton, contre « son amour de l'immobilité, > contre sa mort insolente. « Ce suicide fut le

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