La viande et l'aie
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la volonté qui fermente en ce moment dans une de ces têtes est le contre-coup d'un mouyement spécial imprimé par la race primitive et transmis par vingt-cinq générations de volontés.
Ni ce naturel ni ces circonstances ne se sont rencontrés en France. Il s'en est rencontré d'autres aussi spéciales et tout opposées.
Pendant sept cents ans de suite on y voit tomber tous les pouvoirs qui peuvent instituer la résistance politique, et on y voit s'agrandir le pouvoir central. Tandis que les barons d'Angleterre, soldats d'une même armée, réunis par l'hostilité des vaincus, luttaient et duraient en corps, les barons de France, établis au hasard par les accidents de l'anarchie carlovingienne, rivaui ou ennemis les uns des autres, succombaient tour à tour ou ne se liguaient que pour se séparer. La lente formation du royaume fut la soumission de vingt petits États isolés par un petit État. Le grand baron de l'Ilede-France, bon politique, paré d'un beau titre, appuyé sur le souvenir de Charlemagne, conquit par les armes ou acquit par des mariages les autres pai ties de la Gaule, et fit la France. Quand il est mineur ou qu'il se trouve faible, les seigneurs
s'allient contre lui ; mais chacun d'eux ne songeant qu'à soi, au premier accident ils se dispersent. Révoltés contre Louis IX, iljs se trouvent embarrassés par une sortie des Parisiens, se séparent et tombent sur l'un d'eux, qu'ils jugent infidèle. Soutenus par le puissant duc de Bourgogne, ils forment la ligue du bien public^ puis deux ou trois autres ; avec de l'argent et des concessions, Louis XI les désunit, puis les abat. Soulevés sous Anne de Beaujeu, une négociation et un combat leur font poser les armes. Relevés par l'anarchie du seizième siècle, ils sont achetés un à un par Henri lY, le duc de Guise moyennant quatre cent mille écus, Mayenne par un gouvernement, un autre pour des abbayes, celui-ci pour une pension, celui-là pour un titre. Quatre fois ils prennent les armes sous Marie de* Médicis; plus tard ils complotent contre Richelieu, et font la Fronde ; avec des écus, avec des piques de vanité, avec des aumônes de titres, on a toigours* raison de leurs serments et de leurs menaces. Braves, spirituels, prodigues, hommes de tournois, hommes d'avant-garde, hommes de salons, qu'importe ? Je ne vois là que de petits rois vaincus tour à tour, puis des courtisans qui, à l'occasion, preis»surent leur maitre. Le propre d'une aristocratie est d'agir ensemble et d'avoir pour but l'indépendance et l'empire. Ils agissent isolés et désunis, et n'ont pour but que la gloire, la gloriole et l'argent.
Les barons d'Angleterre doublaient par lenr popularité leur puissance ; ceux-ci doublent lenr impuissance par leur impopularité. Au dehors, ils sont toujours alliés avec les ennemis de la nation, avec Tempereur Othon à Bouvines, avec Henri III d'Angleterre pendant la minorité de^ Louis IX. Les ducs de Bourgogne, chefs de la noblesse furent, de père en fils, les amis des Anglais et faillirent perdre le royaume. Charles le Téméraire reniait son titre de Français, se disait Portugais, traitait pour démembrer la France. A la fin du seizième siècle, ils furent les soudoyés de Philippe II, et manquèrent de lui soumettre lenr pays. Pendant les deux règnes suivants, ils ont sœos cesse la main dans les coffres de TËspagne. Il ne se ùdt pas un complot qui n'ait son centre ou sa saocor^ sale à Madrid. Condé finit par devenir général du roi d'Espagne, comme plus tard les émigrés devinrent officiers des souverains étrangers. Au dedans, ils n'ont de pouvoir que pour ruiner le peuple et piller le trésor. Ils sont les ennemis de la civilisation, du bon ordre, de la paix publique. Toutes les blessures qu'ils reçoivent sont des bienfaits pour le pays. Empiéter sur leur juridiction, c'est prévenir les guerres privées, réprimer le vol armé, imposer la justice, diminuer l'oppression, alléger la misère. C'est par leur défaite que les rois deviennent populaires. Quand Louis le Gros prend un château,
c'est un repaire qu'il détruit. Sa vie se passe à « punir l'audace des^grands qui déchirent l'État par des guerres sans fin, désolent les pauvres, abattent les églises, et la méchanceté des brigands séditieux ennemis des voyageurs et des faibles *. » S'ils se révoltent sous Charles' VII, c'est contré une réforme utile, l'établissement d'une armée pacifique; s'ils forment sous Louis XI la ligue du bien public, ils ne s'attachent dans le traité qu'à « butiner le royaume \ » et ne disent pas un mot du bien public. S'ils refusent de reconnaître Henri IV, c'est pour se faire inscrire * au livre des pension ; s'ils complotent sous Louis XIII, c'est « pour se bien faire valoir '. » S'ils obéissent sous Louis XIV, c'est pour obtenir des confiscations, des assignations, des survivances. Ils étaient jadis les ennemis de l'ordre public, ils sont maintenant les ennemis de la caisse publique. Au temps féodal, ils exploitaient les grands chemins par l'épée; aux temps modernes, ils exploitent le Trésor par des courbettes Mis gardent jusqu'au bout le naturel qu'ils ont reçu de leur origine. Leur situation primitive a fait leur caractère définitif. Petits despotes épars, ils n'ont