‹ Essais de Critique Et D'histoire (volume 4)Chapitre 42 sur 46 · Sully · texte numérisé non relu

Sully

4. Il y a partout de belles exceptions; il y en a eu môme sous Louis XV. D'ailleurs le chevalier est tout français.

394 M. TROPLOMG.

songé qu'à conserver les ipjustes honneiirs et les injustes profits du despotisme; iaibles etnuisiUes d'abord, ils sont restés nuisibles autant que faibles; dispersés et impopulaires, égoïstes contre leurs égaux, égoïstes contre leurs inférieurs, ils o'ont point trouvé de force en eux-mêmes ni d'appui dans la nation.

Cette nation en trou ver a-t- elle en elle-même t Le tiers état n'avait ni la volonté ni la force d'instituer contre le roi des libertés publiques. Tandis qu'en Angleterre il avait les barons pour j^otecteurs contre le roi, il avait ici le roi pour protecteur contre les barons. Là-bas il favorisait le^ empiétements des seigneurs; ici il se réjouissait des empiétements du prince. Là-bas il était fiortifié par l'orgueil de tant de franklins saxons que la conquête avait fait descendre dans ses rangs, et de tant de chevaliers normands que le dédoublement du Parlement avait assis sur ses bancs ; ici, réduit à lui- 'méme, privé par la chute successive des conmiunes de Tesprit indépendant qu'il eût pu tirer d'elles, composé de bourgeois timides qui avaient reçu du roi le bienfait de la paix et les privilèges moDicipaux, divisé par l'antique hostilité des provinces, il pliait dans les assemblées, rebuté du clergé et de la noblesse qui votaient à part, ne songeant qu'à alléger ses impôts et à complaire au prince. Celuici, d*ailleurs, y pourvoyait par ses prévôts en diri-

géant les élections. Ordinairement les convocations sont des cérémonies que le roi emploie contre un grand vassal ou contre un étranger, en manière de manifeste et pour se donner Tapparence de l'assentiment public. Quand l'embarras du gouvernetaent ou l'excès de la misère leur met le pouvoir aux mains, ils entrent en discorde et ne sont point soutenus par le public. S'ils nomment pour gouverner, en 1353, un conseil de trente-six hommes, « les nobles et les prélats, qui commençaient à se tanner de leur entreprise et ordonnance^ » refusent de payer l'impôt qu'ils ont volé. En 1484, t l'argent nous désunit, dit l'historien de l'assemblée. Il nous rendit presque ennemis les uns des autres, chacun luttant pour sa province et cherchant à lui faire supporter la moindre part d'impôt. » En 1614, les trois ordres sont en désaccord, et la noblesse, indignée de ce que le tiers éiat ait osé se dire son frère cadet, va se plaindre au roi, et le prie de déclarer, que la différence des bourgeois aux gentilshommes est celle de valets à maîtres. Etranges assemblées souveraines dont le caractère est d'obéir, de se disputer et de n'être point obéies I Le public se soucîp peu qu'on les respecte ; quand les rois, par une usurpation énorme, rendent perpétuelle la taille votée pour un an, il réclame à peine. Le tiers état,

Page 1