Froissnrd
M. DE MONTALEMBERT
assemblées souveraines dont le caractère est d'obéir, de se disputer et de n'être point obéies! Le public se soucie peu qu'on les respecte; quand les rois, par une usurpation énorme, rendent perpétuelle la taille votée pour un an, il réclame à peine. Le tiers état, comme la noblesse, garde l'empreinte de ses origines. Dispersée, sans appui, tyrannique, elle ne pouvait gouverner et voulait jouir. Divisé, sans appui, pacifique, il ne pouvait gouverner et voulait vivre tranquille 1 . L'une eut les honneurs et les grâces, l'autre la paix et l'ordre, et l'une et l'autre laissèrent prendre le gouvernement au roi.
Le caractère national poussait .le courant des laits dans le même sens que les situations primitives, et les circonstances extérieures avaient pour aide les inclinations innées. Dès l'origine, le génie indépendant, passionné, concentré, qui assura chez nos voisins la liberté politique, nous a man-
l. Fortescue, légiste du xv° siècle, et peu poli, écrivait : «C'est la lâcheté et le manque de cœur et de courage qui empêchent les Français de se soulever. En effet, il y a plus d'hommes pendus en un an en Angleterre pour meurtre et vol à main armée qu'il n'y en a de pendus en France pour la même cause en sept ans. Quelques-uns ont dit qu'il serait bon pour le roi que les communes d'Angleterre fussent pauvres comme sont les communes de France, car elles ne se révolteraient pas comme elles font souvent ; ce que les communes de France ne font pas et ne peuvent faire, n'ayant ni arme offensive, ni armure, ni bien pour en acheter. »