Le règne animal, etc., Introduction, p
Mais, dira un lecteur préoccupé, comme on Test d'ordinaire, des dogmes des philosophes, des formes substantialistes ou mythologiques que prenaient autrefois les doctrines de finalité pour l'explication des évolutions naturelles, Tidée directrice de Claude Bernard et toutes les expressions analogues dont ce savant physiologiste s'est servi pour exprimer des faits qu'il ne croyait pas réductibles au déterminisme physico-chimique ne sont autre chose qu'un retour à des opinions depuis longtemps condamnées : Formes substantielles, Archées, Natures plastiques, Principe vital, etc. Je ne suis point de cet avis, et cela par la simple raison que Claude Bernard se croyait aussi éloigné que possible de faire de la métaphysique, ou de proposer des hypothèses. Et il ne se trompait pas. Les lois propres de la vie, la puissance de préordination qui leur est inhérente, le rapport de causalité renversée qui caractérise les phénomènes évolutifs dont la fin est la raison d'être, voilà ce qu'il avait dans l'esprit. Or ce sont là des faits, non des doctrines. Le surplus est affaire de langage. L'idée directrice ne peut être qu'une abstraction ou une métaphore. Abstraction, il faut en écarter les applications réalistes; métaphore, elle est permise et utile pour l'expression d'une loi de finalité sans déroger à la méthode phénoméniste. De l'une comme de l'autre façon, le principe et la cause réelle sont ainsi placés hors d'atteinte de la biologie.
D. La matière et la forme en biologie.
L'emploi de la terminologie aristotélique : matière et forme^ aujourd'hui si délaissée, quoique Kant encore en ait fait un assez grand usage, peut avoir quelque utilité pour exprimer le vrai rapport des matériaux aux qualités de la vie. L'idée que le mot forme éveille pour nous, dans son acception générale et philosophique, ne s'éloigne guère de celles qu'Aristote rendait, selon l'occurrence, par des termes relatifs à l'espèce, à l'essence, aux qualités dominantes des choses, et à ce qu'elles sont en acte, par opposition à leur matière indéterminée et à leur existence potentielle. La notion de matière est beaucoup plus changée, non pas autant cependant qu'elle le paraît, et c'est ici la première remarque à faire. Sans doute, à la place de ce sujet indéfini des formes et de tout devenir, que les anciens envisageaient, et qui, nécessairement plus voisin d'une abstraction à leurs yeux qu'aux nôtres, se réduisait en dernière analyse à un non-être pour les philosophes, hormis dans l'école de Démocrite S l'analyse
1. Les atomes de Démocrite et d'Epicure, avec leurs qualités ima-