Théorie du ciel, addition au chap. VII, p. 211 et suiv
nature, égale à sa fécondité, et Dieu occupé à faire toujours et toujours du neuf; il nous engage à laisser « nos yeux s'habituer à ces épouvantables catastrophes, comme aux voies habituelles de la Providence, et les regarder même avec une sorte de complaisance. Rien ne convient mieux à la fécondité de la nature... »
Dans ce qui suit, Kant se rapproche des vues plus familières aux doctrines d'évolution universelle. Envisageant, au lieu d'une marche indéfinie de création, qui ne laisserait que des ruines derrière elle, une succession périodique de compositions et de décompositions des mondes, il expose une théorie à laquelle il ne manque plus pour s'identifier avec celle de H. Spencer, que la connaissance formelle de la loi scientifique de la production de la chaleur par le choc des masses en mouvement.
« N'est-il pas permis de croire que la nature, qui a pu une première fois faire sortir du chaos l'ordonnance régulière de systèmes si habilement construits, doit pouvoir la faire aussi aisément renaître du second chaos où Fa plongée la destruction du mouvement, et régénérer de nouvelles combinaisons? Il n'est pas besoin de beaucoup réfléchir pour acquiescer à cette manière de voir, si l'on considère qu'après que l'impuissance finale des mouvements de révolution dans l'univers a précipité les planètes et les comètes en masse sur le soleil, l'incandescence de cet astre a dû recevoir un accroissement prodigieux du mélange de ces masses si nombreuses et si grandes... Ce feu, ainsi remis en une effroyable activité par ce nouvel aliment, non seulement résoudra sans doute de nouveau toute la matière en ses derniers éléments mais la dilatera et la dispersera av.ec une puissance d'expansion proportionnée à sa chaleur, et avec une vitesse que n'affaiblira aucune résistance du milieu, dans le même espace immense qu'elle avait occupé avant la première construction de la nature. Puis, après que la vivacité du feu central se sera calmée par cette diffusion de la masse incandescente, la matière reprendra, sous l'action réunie de l'attraction et de la force de répulsion, avec la même régularité, les anciennes créations et les mouvements systématiques relatifs, et ainsi reformera un nouveau monde. Et lorsque chaque système particulier de planètes est ainsi tombé en ruines, puis s'est régénéré par ses propres forces; lorsque ce jeu s'est reproduit un certain nombre de fois ; alors enfin arrivera une période qui ruinera et rassemblera en un chaos unique le grand système dont les étoiles sont les membres. Mieux encore que la chute de planètes froides sur le soleil, la réunion d'une quantité innombrable de foyers incandescents, tels que sont ces soleils enflammés, avec la série de leurs planètes, réduira en vapeur la matière de leurs masses par l'inconcevable