KANT ET HERSCHELL; LA THEORIE DU CIEL 1(J
11 est curieux que Kant soit entré réellement dans la voie de Texplication mécanique de Fincandescence du soleil et des étoiles, quoiqu'il lui fût impossible, en l'absence du principe même de la thermodynamique, de parvenir à des notions exactes. 11 est réduit à imaginer que, dans le mélange des particules dont la chute forme le corps central, il s'en trouve d'une extraordinaire légèreté, dont l'impulsion est faible et qui ne participent pas au mouvement de révolution des plus denses. « Gomme ces parties les plus légères et les plus subtiles sont en même temps les plus actives, pour entretenir le feu, nous voyons que, grâce à leur adjonction, le corps central du système acquiert le privilège de devenir un globe enflammé. » Kant ajoute ces remarques, intéressantes pour son époque : que le mélange des matières denses à des corps légers enflammés augmente l'éclat de la lumière; qu'il doit y avoir de l'air à la surface du soleil, et des soleils, parce que le feu ne brûle pas sans air; et il se représente ces grands corps, à peu près comme nous le faisons aujourd'hui, comme servant de théâtre à des actions physiques d'une intensité terrible ^
Ces considérations physiques ne peuvent manquer de conduire à l'idée du refroidissement et de l'extinction finale des corps incandescents : « Un temps viendra où le soleil s'éteindra... Des ténèbres éternelles occuperont la place de l'astre qui est aujourd'hui le centre de la lumière et de la vie du monde. Les efforts intermittents de son feu intérieur pour briser la croûte qui l'ensevelit pourront faire renaître le soleil à plusieurs reprises avant sa complète disparition, et pourront ainsi fournir une explication de l'extinction et de la réapparition des étoiles variables. » Voyons maintenant se généraliser chez Kant l'idée de l'instabilité des productions de la nature, et le problème se poser des renouvellements et de la fin dernière des choses : « La tendance inévitable qui entraîne peu à peu à sa ruine tout système de mondes arrivé à sa perfection peut être comptée parmi les raisons qui démontrent que l'univers doit être en certaines parties fécond en mondes nouveaux, afin de remplacer ainsi les vides qui se sont faits en d'autres lieux... Les mondes et les systèmes de mondes passent et sont engloutis dans l'abîme de l'éternité ; mais la création est toujours à l'œuvre pour faire naître de nouvelles formations dans d'autres régions du ciel, et remplacer avec avantage celles qui ont disparu... » Kant imagine que la destruction se propage comme a fait la formation, du centre à l'infinie périphérie; il nous peint l'indifférence de la