‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 121 sur 194 · Voir I.e monde ou Traité de la lumière, cliap. v et viii · texte numérisé non relu

Voir I.e monde ou Traité de la lumière, cliap. v et viii

2. Lire le curieux récit de Baillet [Vie de Descartes, livre III, chap. x-xii) et les non moins curieuses lettres de Descartes relatives au même incident.

réfléchit que ce livre n'a pas élé publié de son vivant, quil a dû en retoucher quelques parties, et que ce n'est que dix ans plus tard qu'il a produit ses Principes de la philosophie, ouvrage bien plus considérable, dans lequel il a donné au mouvement de la terre la forme que je viens de résumer, on ne trouvera peut-être pas invraisemblable que, même avant ce moment de terreur très motivée, la crainte des théologiens ^ ait incliné dans le sens le moins dangereux pour son repos, ses méditations et ses hypothèses touchant le mode d'action des tourbillons pour la constitution de Tunivers au sortir de l'état chaotique où Dieu l'avait d'abord créé. Si, au lieu d'imaginer les planètes et leurs tourbillons formateurs mus solidairement, et ceux-ci emportant celles-là dans leur cours, encore à présent, dans l'état actuel des choses, et cela véritablement contre toute apparence, il avait . ; cherché quelque mode — on n'exigeait pas alors beaucoup de <^" précision dans les hypothèses — quelque mode mécanique de représenter le retrait d'un tourbillon vers son centre, la division ^t la concentration de ses parties pour former des astres, sa J cosmogonie n'eût point différé, dans ses traits les plus généraux, des systèmes de tourbillons que la science moderne autorise, et pour lesquels la gravitation newtonienne est la loi de concentration adoptée.

« Permettez pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde, pour en venir voir un autre tout nouveau, que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires... Supposons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant -de matière, que, de quelque côté que notre imagination se puisse étendre, elle n'y aperçoive plus aucun lieu qui soit vide... et supposons que Dieu la divise en plusieurs telles parties, les unes plus grosses, les autres plus petites, les unes d'une figure, les autres d'une autre, telles qu'il nous plaira de les feindre... Pensons que toute la distinction qu'il y met consiste dans la diversité des mouvements qu'il leur donne, faisant que, dès le premier instant qu'elles sont créées, les unes commencent à se mouvoir d'un côté, les autres d'un autre, les unes plus vite, les autres plus lentement, et qu'elles continuent par après leur mouvement suivant les lois ordinaires de la Nature. Car Dieu a si merveilleusement établi ces Lois, qu'encore que nous suppo-

; 1. Il disait de la congrégation romaine de l'Index, au rapport de

son biographe (livre YIII, chap. xi) « que son autorité ne pouvait guère moins sur ses actions que sa propre raison sur ses pensées... Ce fut ce qui l'obligea de donner un tour nouveau à l'opinion du mouvement de la terre qui avait mis les inquisiteurs de cette congrégration de méchante humeur contre Galilée... »

LE SYSTÈME DES TOURBILLONS i 77

sion« qu'il ne crée rien de plus que ce que j'ai dit, et même qu'il ne mette en ceci aucun ordre ni proportion, mais qu'il en compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'' elles-mêmes, et se disposent en si bon ordre, qu elles auront la forme d'un Monde très parfait, et dans lequel on pourra voir non seulement de la Lumière, mais aussi toutes les autres choses, tant générales que particulières, qui paraissent dans ce vrai Mondée »

Telles sont les données premières des tourbillons chez Descartes. On peut les rapprocher de celles que posent aujourd'hui les partisans, en cosmogonie, de V agglomération météorique. Ils admettent, conformément aux idées de l'école géologique la plus récente, que les agents qui tendent à conserver ou à détruire, dans l'ordre actuel des choses, sont les mêmes qui ont produit ou détruit en tout temps, et qu'on n'en doit pas supposer d'autres pour présider aux origines. Ils pensent qu' « il peut y avoir eu un temps où l'espace occupé maintenant parle système planétaire présentait l'apparence d'une multitude de corps de toutes les grandeurs, de tous les degrés de consistance, agglomérés sous toutes les formes, se mouvant avec toutes les vitesses, dans toutes les directions et dans des orbites de tous les degrés d'excentricité. Ces masses se seraient consolidées, et des mouvements de révolution et de rotation auraient été engendrés dans les corps ainsi formés par leurs collisions ^. » Les partisans de cette opinion dont le point de départ physique ressemble, on le voit, beaucoup à celui du monde de Descartes, ne sauraient être plus formels que n'était ce philosophe lui-même à déclarer qu'il ne demandait rien de plus que de la « matière ordinaire » et les « lois ordinaires de la nature » pour construire son monde. Ils diffèrent de lui quand il s'agit de définir ces lois, mais le plus essentiellement en ce que, ne voulant pas de la métaphysique de la création, ils sont condamnés à la métaphysique de la matière éternelle, pour la justification logique du concept qu'ils se forment de l'origine des choses.

Les lois générales actuellement disponibles pour la cosmogonie physique, en un mot la gravitation et la thermodynamique, sont manifestement insuffisantes pour conduire telle partie du monde, mettons notre système solaire, de l'état chaotique de matériaux errants qu'imaginent les partisans de V agglomération

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