Voyez ci-dessus, p. 81 et
toire réelle de la vie. On a pu voir que les systèmes des naturalistes ont plus de prise sur la réalité que ceux des philosophes depuis Leibniz, quoique assurément leurs principes ne soient pas assez réfléchis et médités. La théorie dont il me reste à parler confirmera ce jugement. Elle est la plus récente et elle est rapidement devenue la plus illustre de celles qui sont nées d'une longue étude des faits. On remarque dans la doctrine de Darwin, au moins avant qu'il eût été gagné à l'entraînement de ses disciples, cet heureux mélange de la spéculation libre avec les faits respectés et inaltérés, cet usage de l'induction à la fois mesurée et hardie, qualités essentielles dont l'Angleterre a doté la science depuis Newton. Il est ensuite remarquable que l'idée peut-être la plus radicale de la théorie nouvelle soit empruntée à celui des deux courants de la philosophie naturelle, le moins suivi, mais non le moins intéressant, depuis Leibniz et Bonnet. Darwin prend dans l'individualité le principe de la vie, en ce sens qu'il considère l'organisation et l'instinct comme donnés dans l'individu, pour ainsi dire libre de varier, puis transmis et accrus ou modifiés de génération en génération, de manière à présenter enfin les caractères appelés spécifiques. Ce n'est donc pas du moins en suivant la voie commune, mais c'est en partant du fait des différences individuelles, qu'il arrive, lui aussi, à poser l'unité ou la presque unité à l'origine des espèces. Il établit dans l'ordre du temps et des changements, mais avec toute la valeur d'un principe, cette même thèse de la diversité qu'il voudrait bannir du commencement. En effet, il ne cherche pas les causes de variation, essentiellement du moins, dans les milieux, dans les actions physiques extérieures, dont on imagine souvent je ne sais quelle puissance créatrice. Il saisit la vie où elle est et d'oii elle rayonne, et il s'explique les différences survenues, accumulées et plus ou moins fixées dans les générations successives, tout d'abord, par la spontanéité du changement individuel posé en fait, à chaque nais-