‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 193 sur 194 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La belle étude qui fait le sujet de cet appendice m'a été fournie par un ami qui s'est attaché d'une grande ardeur philosophique à l'hypothèse de la création de l'humanité et de la nature en l'état d'un organisme universel et réellement parfait, laissant aux individus la liberté. Cette hypothèse, dont les lignes principales sont tracées dans le § xii, ci-dessus, de mes Principes de la Nature, comprend l'idée sommaire de l'Œuvre divine et de la société primitive, et de sa perversion, suivie de la ruine entière du monde, d'où la nature actuelle serait sortie en traversant la période occupée par la formation des nébuleuses et par la constitution des astres (soleils et planètes) dans les espaces célestes. Mais, chez moi, la haute conjecture s'arrête, intimidée, devant les développements qu'elle comporterait, et qui exigent, comme il arrive dans les grandes vues intéressant l'ordre physique, un supplément d'hypothèses accessoires, appelées à satisfaire, autant que possible, aux conditions de la science acquise et de l'expérience. Dans un cas où il s'agit de théodicée, en même temps que de cosmogonie et d'eschatologie, les conditions à remplir ajoutent leurs difficultés à celles qui abondent dans l'ordre matériel et sur le présent théâtre de la seule vie que nous connaissions.

Les points sur lesquels je me suis abstenu de chercher dans des hypothèses subsidiaires un éclaircissement de

ma conception générale, regardent surtout l'état supposable de l'animalité au sein de l'organisme primitif de la création, l'explication de la condition actuelle des animaux, les vues à se former sur leurs destinées; puis la théorie de l'ordre terrestre des générations et des familles humaines, en tant qu'il y aurait à rendre compte de la place que peuvent y trouver successivement les personnes mêmes qui faisaient partie du grand corps de la première humanité créée, auxquelles doivent être préparés, dans le monde présent, les moyens de se rendre moins indignes de devenir, à la fin de ce monde, des membres de l'humanité reconstituée. A cette dernière question se joignent naturellement des aperçus, quelque modestes qu'ils puissent rester, sur le passage des individus de l'économie présente à l'économie future.

L'auteur du complément de la théorie de la préexistence du monde a pris ces derniers problèmes au point où je les ai laissés, et, sans quitter un seul instant le champ de la philosophie, ni s'éloigner de la méthode de motivation rationnelle, telle qu'on l'entend dans l'usage des postulats de la raison pratique, dans l'investigation des conséquences inductives de la Loi morale, on trouvera, je pense, qu'il a accordé au sentiment religieux et chrétien une satisfaction sérieuse.

Ce n'est pas que la préexistence de l'humanité, son existence avant la terre, se puisse lire dans les textes de la Genèse-, mais l'écrivain sacré se montre bien certainement pénétré de deux sentiments religieux auxquels il ne peut être donné une application vraiment philosophique qu'à la condition de supposer pour le premier homme et le premier milieu physique, un autre homme et un autre milieu que ceux dont l'expérience et la science souffrent la supposition à l'origine de notre histoire : ces sentiments se rapportent, l'un à la création instantanée, l'autre à la perfection initiale et de l'homme et de toutes choses autour de lui. Le mélange du symbole à ces deux grands principes, — mélange inévitable au temps de l'écrivain

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