‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 192 sur 194 · UNITÉ ET PERSONNALITÉ DE) DIEU · texte numérisé non relu

UNITÉ ET PERSONNALITÉ DE) DIEU

esl de telles, sont, en tant que distinctes et relatives, semblables à des pliénomènes. Par conséquent, la vie divine, pas plus que le monde phénoménal, ,ne peut logiquement s'étendre dans une éternité antécédente. La scolastique se divisait en partisans de l'éternité dite total simul^ et en défenseurs de Véternité successive (réalité de la succession). Les premiers affrontaient la contradiction, en ce qu'ils prétendaient respecter humainement la notion du temps, alors qu'ils la ruinaient par rapport à la nature divine, siège de toute vérité; et les seconds ne l'évitaient pas, puisque, suivant eux, un nombre actuellement infini de moments distincts de la pensée devaient être écoulés et comptés à chaque moment, dans l'existence successive de cette nature intelligente.

L'idée de nature divine une fois écartée, pour faire placé à l'idée de personne en un sens intelligible de la personnalité, la thèse du premier commencement des phénomènes, unie au postulat de la divinité pour la garantie des lois morales, exige que les lois de l'univers, desquelles la divinité est alors le siège, soient considérées comme produites sans antécédents d'aucune sorte, ou par création. La conscience ou les consciences, dont nous ne pouvons séparer l'idée et l'existence des lois, ont, pour la même raison, un commencement, et le même que les lois. Le commencement, à ce point de vue de la pensée, ne peut se nommer que Volonté. Ce que nous chercherions à concevoir avant cela, en dehors de cela, est, pour la connaissance, Vabime, et l'abîme, où les mystiques ont essayé de descendre n'est pas lui-même, quoi qu'on en pense, une connaissance. Mais devonsnous admettre l'unité de conscience à l'origine? voilà maintenant la question que nous pouvons envisager; car ni la nécessité logique du premier commencement, ni la détermination du caractère de l'origine, en tant que Pensée et Volonté, ne nous prescrivent par eux-mêmes un choix entre les hypothèses soit de l'unité, soit de la pluralité de la cause première et créatrice, qui satisfont, l'une comme l'autre, au principe de contradiction et au principe idéaliste de la conscience comme essence universelle. La démonstration de l'unité de Dieu a toujours paru, dans le dogmatisme spiritualistc, un point faible, même alors qu'on admettait couramment les prémisses métaphysiques dont la critique de la raison a dévoilé le paralogisme. Le fait de l'unité, des lois, rapproché de l'idée de spontanéité absolue, ou liberté pure, dans cela qui fut le premier commencement, conduit la méthode phénoméniste à embrasser l'hypothèse de l'unité de création, ou unité de Dieu, parce que, sans celle-ci l'unité des lois ne s'expliquerait pas.

Il faut qu'on nous accorde de considérer notre monde, abstrac-

tion faite de tout autre qui pourrait exister, et de nous renfermer dans la sphère des catégories de notre connaissance; mais, cela posé, il est manifeste que tous les êtres vivants sont, par leurs désirs ou appétits, leurs perceptions et leurs actes, placés dans Tespace et dans le temps, qu'ils ont affaire à des quantités, discernent des qualités, éprouvent et produisent des changements, ont les sentiments de la causation et de la poursuite des fins. C'est cela qui est Tunité des lois, sur le fond commun de conscience ou rapport représenté de sujet à objet. Et non seulement les êtres sont faits sur ce patron commun, mais encore il se trouve que, mis en rapport les uns avec les autres, parvenus par la réflexion à comparer leurs impressions et leurs idées, ils en constatent l'harmonie; leurs sensations s'accordent, leurs inférences les mènent aux mêmes conclusions; ils n'ont tous qu'un même monde et qu'une logique, une même science des choses; il leur semble naturellement qu'ils existent dans un espace et dans un temps indépendants des représentations qu'eux ou leurs semblables peuvent en avoir, et que la matière des corps perçus est quelque chose de différent des perceptions, et même qui engendre les perceptions sans avoir aucun rapport de nature avec elles. C'est qu'ils ne possèdent les lois que communiquées, étant des consciences créées et non créatrices, et ne font, en les appliquant, qu'obéir à une nature reçue. Mais alors le monde n'a qu'une seule et même origine. S'il en était autrement, si le monde avait commencé par des consciences multiples et mutuellement indépendantes, pourquoi se seraient-elles accordées dans la représentation des choses? On peut concevoir, en abstrait, qu'il fût venu primitivement des êtres pensant et jugeant selon d'autres formes et d'après des catégories tout autres que les nôtres; mais ces êtres et ceux de notre monde auraient été mutuellement incommunicables, auraient donc appartenu à des mondes différents. Ces pures possibilités sont hors de la question, qui concerne notre monde et notre Dieu.

Dieu et l'unité de Dieu, après la vie future et la liberté forment le troisième des postulats dont nous nous proposions non d'étudier ici les motifs moraux, les raisons de croyance, mais de reconnaître et de définir la forme intellectuelle, dans la théorie phénoméniste des lois. A cet endroit de la spéculation dirigée par la raison pratique, une nouvelle question, et la plus difficile de toutes, se présente : c'est celle de l'origine du mal, qui exige des considérations d'un autre genre et qui a été traitée dans les derniers chapitres du présent Essai sur les Principes de la nature.

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