XXX INTRODUCTION
jugement laisse neutre, en suspens, alors qu'il pourrait examiner et se prononcer ;
Et encore celui qui dans la lutte des motifs et l'irrésolution d'une délibération prolongée ne trouve pas la volonté de se déclarer.
Si l'incertitude et le doute admettent ces trois éléments tirés des grandes fonctions, Intelligence, Passion, Volonté, et s'il est facile de les vérifier empiriquement, alors la certitude doit être cet état de conscience d'où ils sont tous les trois exclus : cet état, cet acte qui se forme d'une représentation de rapports comme vrais ou d'objets comme réels, et d'un attrait, d'une complaisance à poser, à maintenir cette vérité, cette réalité, et d'une ferme volition de mettre arrêt à tout examen contradictoire et de fixer le jugement.
Il doit en être ainsi, parce que l'erreur et la vérité du jugement proviennent l'une comme l'autre des trois sources que nul ne conteste dans la pratique :
De l'intelligence : et en effet la mémoire, l'imagination, la raison sont des éléments de la certitude, et trompent quelquefois; et la sensation même trompe, non pas comme telle, mais parce qu'on a à se prononcer sur la réalité externe d'un objet de l'expérience.
De la passion : il faut comprendre sous ce titre, indépendamment des affections personnelles et vulgaires qui sont loin d'être tout ici, la prévention, l'habitude, l'autorité, mais avant tout Y instinct même ou impulsion spontanée vers certains jugements, ou encore la nécessité morale d'affirmer des principes qui, malgré le nom d'évidents qu'on leur donne, ont plutôt pour caractère le penchant que nous avons universellement à les poser. Ce sont là des éléments de la certitude de fait, et pourtant il n'en est pas un dont l'admission ou l'apparence ne puisse induire à erreur, puisqu'on a disputé sur tous.