‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 82 sur 194 · LA THÉORIE ATOMIQUE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE ATOMIQUE CHIMIQUE

Qu'on en juge au seul énoncé des faits généraux qui n'ont pas un contradicteur dans la science.

Il est reconnu, en effet, que les éléments spécifiques unis dans une combinaison donnée ont entre eux des rapports de poids constant; que, dans les composés divers de deux mêmes composants, le poids de l'un de ces derniers ne variant pas, les poids de l'autre sont des multiples les uns des autres; que, enfin, un même composant, en quelque combinaison qu'il entre avec d'autres éléments de poids convenablement pris, y apporte des poids dont les valeurs sont des multiples d'un même nombre. De là les équivalents chimiques des corps, réputés simples ou non; c'est-à-dire que : Prenant pour unité un poids quelconque d'un corps défini chimiquement, on peut assigner à tous autres corps définis certains autres poids correspondants (ce sont les équivalents) tels que par eux-mêmes ou par leurs multiples ils expriment les rapports pondéraux observés par ces corps dans toutes les combinaisons où ils peuvent s'engager. Cette loi est sans exception, quoiqu'il y ait doute quelquefois sur le choix à faire d'un équivalent usuel parmi les nombres qui satisfont à la condition de proportionnalité. C'est qu'on se préoccupe de quelques autres conditions, et notamment de déterminer dans le poids équivalent le poids moléculaire lui-même (ou le poids atomique, ainsi qu'on parle plus ordinairement et peut-être à tort).

Le sens corpusculaire de la loi est frappant. 11 est naturel, en effet, d'interpréter le fait des proportions pondérales susdites, en attribuant les liaisons chimiques à des molécules de pesanteur propre, déterminée, en sorte que les poids observables varient comme les nombres de molécules engagées. Une confirmation notable fut apportée encore à cette manière de voir par les physiciens qui constatèrent que les corps simples, s'ils sont pris en quantités de poids correspondantes à leurs équivalents, ont le même calorique spécifique,

c'est-à-dire absorbent une même quantité de chaleur pour s'élever d'un même nombre de degrés de température. Cette nouvelle loi, étendue et mise hors de doute aujourd'hui, aurait pour signification l'égalité des chaleurs spécifiques des molécules des corps simples de toutes espèces.

Mais c'est surtout la loi des proportions en volumes qui, s'ajoutant à celle des proportions en poids, est venue donner l'impulsion définitive à la théorie atomistique. Tous les gaz indécomposables, tous les corps indécomposables, qu'on peut amener à un état suffisant de fluidité se combinent entre eux en rapports numériques très simples de volume, et les volumes des composés ont aussi des rapports très simples avec les sommes des volumes des composants. Il est bien difficile ici de résister à cette probabilité : qu'il existe, ou que, de division en division, on doive imaginer enfin de certains volumes derniers ou molécules de chaque corps indécomposable, molécules qui associés en petit nombre pour former des molécules composées, introduiraient dans celles-ci leurs volumes respectifs, tantôt sans changement, tantôt avec des condensations, d'un rapport très simple. La vérité certaine pour nous, qui regardons comme démontrée a priori la nécessité d'une limite à la division des corps, devient en quelque sorte irrésistible pour l'imagination qui aurait sans cela à concilier le préjugé de l'existence des parties et des parties de parties similaires, jusqu'à l'infini, avec le fait acquis de ces rapports précis et constants, non de poids seulement, mais encore de volume, propriétés vraisemblables d'êtres élémentaires finis, et circonscrits par leur nature propre.

Circonscrits et donnés en volume comme en poids, c'est assez dire que nous descendons ici jusqu'aux molécules ^ non jusqu'aux atomes. La loi des volumes le démontre elle-même. Si, en effet, nos molécules se composent dans les combinaisons, il faut aussi dans certains cas qu'elles se partagent en d'autres similaires

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