‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 83 sur 194 · LA THÉORIE ATOMIQUE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE ATOMIQUE CHIMIQUE

pour ces mêmes combinaisons. Il y aurait absurdité à dire que deux atomes, deux indivisibles rigoureux d'hydrogène, se combinent avec un atome, un indivisible d'oxygène pour donner deux indivisibles d'eau. Au contraire, on conçoit aisément avec Ampère * qu'une molécule d'oxygène se dédouble pour la combinaison, et que le composé de cette demi-molécule et d'une molécule entière d'hydrogène soit la molécule aqueuse sous un volume aériforme condensé d'un tiers. De même, on trouvera tout simple, avec des molécules, contradictoire, avec des atomes, que deux éléments composants fournissent deux éléments composés, ainsi que cela a lieu dans les cas où les corps se combinent volume à volume sans condensation. Si l'on dit avec J.-B. Dumas (^Leçons de philosophie chimique) qu'il existe deux sortes à' atomes ou insécables, les uns relatifs aux forces physiques, mais que les forces chimiques peuvent couper, les autres relatifs à ces dernières forces elles-mêmes, il est bien vrai que la science peut se contenter de ces indivisibles provisoires qui seront ou ne seront pas les dernières existences particulaires, selon que l'expérience le permettra; mais convenons alors que nous abandonnons la notion logique de l'atome, et il serait plus clair d'abandonner aussi le mot.

Le langage et les habitudes d'esprit des savants ont conservé de fortes traces de l'ancienne doctrine atomistique, pour laquelle l'atome était un solide géométrique concret. Cette idée du volume atomique a permis au besoin d'imaginer la division de l'indivisible. De là des énoncés malheureux, trop faciles à réfuter, même à ridiculiser. Le savant croirait faire de la métaphysique en concédant à la raison que l'atome et le volume élé-

1. Et avec Dulong, qui pensait aussi que les éléments des corps composés se dwisent en entrant en combinaison et que les corps élémentaires pourraient être moléculaires comme les corps composés et non pas seulement atomiques. Voir Baudrimont, Traité de chimie générale^ t. I, p. 115.

mentaire, celui-là indivisible par définition, celui-ci divisible en vertu de sa notion même, ne sauraient être l'objet d'une seule et même thèse. Mais alors il fait de la métaphysique malgré lui, et d'autant plus mauvaise, parce qu'il fonde sa théorie sur des idées vagues, au fond contradictoires. Ou bien il se dépite, renonce autant qu'il le peut à mettre en évidence le sens corpusculaire des lois qui lui sont démontrées, et les prive de la moitié de leur intérêt et de leur clarté. Cette raison, ces généralités tant redoutées ne le conduiraient pourtant qu'à reconnaître ceci : c'est que, dans la sphère des inductions de l'expérience, la physique et la chimie rapportent leurs phénomènes à des molécules étendues, molécules dernières à l'égard de tels de ces phénomènes, mais sécables à l'égard de tels autres, ou sous certaines conditions. Tous les embarras sont écartés quand on substitue aux mots atome et atomique les mots molécule et moléculaire, compris dans le sens d'Ampère. La question des atomes reste du ressort de la physique mathématique et spéculative, qui les considère comme des centres d'action donnés en des points.

Ce n'est pas à dire que la chimie n'ait point d'inductions à fournir pour la construction d'une théorie atomique. Elle en a de très précieuses au contraire. Par exemple, la loi des proportions de volume dans les combinaisons, quoique l'impossibilité d'étudier le plus grand nombre des corps simples à un même état physique, celui des gaz parfaits, n'ait pas permis d'en faire autant d'applications qu'on le voudrait, peut se généraliser sans scrupule. On en conclut que tous ces corps ont entre eux des rapports simples de densité, puisque leurs poids et leurs volumes, quand ils s'unissent, sont simultanément des nombres simples. Pour le répéter en passant, ce fait de la densité, et d'une densité variable prouvée par les faits, aurait dû préserver la science de la tentation de définir les éléments des combinaisons autrement que comme des molécules déjà complexes. Mais il n'est pas

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