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En observant le développement des fonctions mécaniques, physiques , organiques, sensitives, intellectuelles, passionnelles, on voit les conditions d'existence et la causalité procéder de Tordre inférieur à Tordre supérieur, sans que pour cela Ton puisse conclure intelligiblement à la contenance des éléments nouveaux dans les anciens et à leur identité de nature ; mais, à chaque pas d'un progrès dans Tétre , quelque chose devient , quelque chose commence. Quand on arrive aux fonctions imaginative et mémorative et aux passions , soit nettes soit instinctives, par conséquent dans le système des forces organisantes animales (mais disons dans Thomme pour ne nous pas éloigner de Texpérience la plus positive et de notre sujet} , la causalité s'offre aussi en sens inverse, et Taction développante des phénomènes admet les deux directions. Enfin parait, avec la réflexion et la délibération, la conscience d& pouvoir appeler Tune quelconque des représentations accessibles à Timagination et à la mémoire. Ces dernières fonctions s'élèvent ainsi à Tétat volontaire, et mènent la raison à leur suite : la cause atteint sa signification suprême; les notions d'activité et de passivité, dont la
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valeur était jusque-là très obscure, s'expliquent; Tindividualité, la séparation, à certains égards la délivrance jde rhomme lié à la nature se fondent sur leur vrai titre. C'est le terme extrême du progrès, dont l'observation nous soit donnée ; mais il reste la question qui laisse tout en suspens, la question de la réalité du pouvoir libre de la concience : une loi universelle n'enveloppet-elle pas les instincts, les passions, les idées, dans leur déroulement propre comme dans leurs rapports avec les fonctions physiques, et n'est-elle pas ainsi prédéterminative de nos volitions 7
Nous avons vu que les animaux , mus par différentes passions au même moment , choisissent entre les fins qui leur sont offertes. Nous ne pouvions leur reconnaître pourtant ni délibération proprement dite ni volonté, car rien n'indique qu'ils s'en rendent témoignage à eux-mêmes et il est manifeste qu'on observerait de leur part, dans le cas contraire, des actes en consé* quence qu'on n'observe pas. Il faut donc que les phé* nomènes d'imagination et de mémoire et les états passionnels, modifiés quelquefois par l'habitude, suivent en eux certaines lois préétablies de construction et de succession, et que le degré quelconque de conscience qu'ils apportent à leur choix soit comme un simple annexe de la passion dont ils se trouvent occupés à l'instant où se produit l'effet organique. Nous ne dirons pas que l'effet est attaché à la passion la plus forte, en cas de lutte, parce que ni la comparaison des forces, ni la lutte ni son théâtre ne nous offrent rien de clair ; mais nous dirons que la représentation qui se soutient
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de fait un temps suffisant produit tout l'effet qu'elle comporte pendant cette durée , et tant qu'il n'en sur* vient pas une autre dont l'effet propre soit incompatible avec celui de la première. Si des passions concurrentes se lient respectivement à des mouvements que l'animal puisse faire à la fois, il les fait» et la résultante est dans cesderniers, non dans les passionsi mêmes ; si les mouvements ne sont pas conciliables, c'est en eux et en eux seuls que parait naturellement l'équilibre; enfin, si les affections se produisent avec intermittence, le cas est fréquent, nous voyons naître une suite de mouvcsnents imparfaits, successivement suspendus et repris, jusqu'à ce que l'une des sensations ou imaginations présentes ait disparu et qu'une autre ait duré pendant un intervalle convenable.
Dans tout cela nous devons admettre que l'animal a la conscience de ses impressions, même la consciencs de son choix, mais non celle d'avoir pu choisir autrement, ou d'être l'auteur de telle ou telle imagination, de tel ou tel souvenir, évoqués de préférence à d'autres qui se trouvaient aussi parmi les matériaux disponibles de son expérience antérieure. On ne peut donc pas songer à poser ici la question de la liberté ; mais on peut poser une question autre et plus générale en un sens, celle de l'arbitraire, ou du caractère fortuit de certaines représentations et do certains mouvements incidents, dans lesquels n'interviennent point la réflexion et la volonté. Est--on bien certain que toutes les déterminations de ce genre sont rigoureusement exigées par leurs précédents, et que le savant idéal, dont la connaissance s'é-
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tendrait à toutes les lois réelles du monde, serait en état de prévoir en les mesurant les moindres inflexions delà queue d'un chien, par exemple, en tel sens et à tel instant? L'esprit de la science dit oui, et avec raison à ce qu'il semble, parce que son but est de reculer indéfiniment les bornes inconnues du connaissable. Est-il bien nécessaire pourtant de nier ces bornes elles-mêmes? £spère-t-on sérieusement tout savoir? Un homme comme Àristole admettait un domaine du hazard : en at*il moins bien exploré pour cela le domaine des lois 7 Si le hazard, si les déterminations imprévoyables, arbitraires, sont rejetés du monde de l'expérience actuelle, on les retrouve, confondus avec la nécessité des faits irréductibles primitifs, en remontant de phénomène en phénomène au commencement des choses ; et là, ce n'est plus seulement une spontanéité indéterminée, mais avec des précédents et sous des conditions données, c'est la spontanéité première et absolue qui se rencontre. Toute explication a des faits originaires pour limite, et la science est toujours bornée (V. Premier e$$ai § XLvniet XLix). Quoi qu'il ea soit, la question que j'ai cru devoir énoncer est insoluble, et je la laisse. Celle du hazard produit de la liberté est tout autre.
Si l'homme n'est pas libre, la condition de l'animal sera aussi celle de l'homme, avec de graves différences qui alors ne toucheront pas le fond. La première de toutes est l'incontestable apparence de la liberté dans le jeu des motifs humains. Les données passionnelles s'étendent e( se diversifient ; les fins rationnelles, les fins
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désintéressées ou relatives à des intérêts étrangers, éloignés, généraux, artificiels, s'ajoutent à celles des affections animales et des impressions actuelles. Par la mé* moire et l'imagination volontaires, par le raisonnement qu'elle institue, il semble que la représentation se meut avec indépendance; mais enfin, sous toutes les formes qu'elle prend , y compris la volonté , elle pourrait se trouver préordonnée en séries inévitables, et suivre des lois latentes mais certaines.
Quand il s'agit de l'homme, on n'a pas à considérer seulement des jugements instinctifs ou spontanés, à la suite des impressions reçues ; il y a de plus l'affirmation réfléchie. Ici la détermination porte sur la conscience se connaissant telle. Le cas est très net dans celles de nos affirmations qu'on appelle désintéressées , par exemple en matière de science. Mais il arrive souvent qu'un jugement pourrait être réfléchi, et d'autres fois l'a été, et qu'il ne l'est point à présent, ou qu'il ne l'est pas assez ; il arrive encore qu'une passion le précipite ou le maintient contre la réflexion, contre le doute possible : car il n'est pas d'acte de conscience qui, de près ou de loin, ne soit relatif à quelque fin propre à éveiller des affections. Nous avons étudié la question des rapports de la passion et de la volonté, quant à la locomotion et aux actes organiques : abordons-la maintenant à l'égard des jugements, des affirmations, des actes mêmes de la conscience.
Je parcourrai d'abord les cas anormaux de l'affirmation plus ou moins spontanée ou mal réfléchie, afin de compléter ce que j'ai dit ailleurs des erreurs que com-