‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 109 sur 278 · AFFIRMATIONS SUR IMPRESSIONS RBÇUBS. S · texte numérisé non relu

AFFIRMATIONS SUR IMPRESSIONS RBÇUBS. S

doute s'élève dans le sujet, sur la réalité du représenté, la réflexion intervient, et un jugement volontaire doit déclarer, la cause entendue, s'il y a ou non conformité entre l'apparence individuelle et les autres motifs sur lesquels on peut fonder l'existence d'un fait dans le domaine de l'expérience. Parmi ces motifs, le témoignage constant et les impressions d'autrui sont les plus simples, aussi bien que les plus valables et à la portée de tous. Il serait superflu de les énumérer. On sait qu'il n'est pas très rare de trouver des hommes qui jugent correctement leurs propres hallucinations. Mais le retour fréquent du phénomène, l'état morbide qui s'y joint, surtout les passions qui s'y appliquent ou qu'il provoque, la crainte, la haine, l'orgueil, l'ignorance, et le cortège des suppositions fausses, jettent le trouble dans la conscience. Au lieu de réduire à sa juste valeur la réalité des faits, on l'accepte pleinement sur l'apparence, et on r explique; on explique aussi pourquoi les autres hommes en jugent autrement : on les imagine prévenus» intéressés, hostiles. Dès ce moment, la per-< sonne est transportée dan^ un monde individuel, imaginaire, et ne s'accorde plus, ne s'entend plus qu'avec elle-même sur des points où nulle autre qu'elle ne pense que son jugement puisse être approuvé. C'est ]a manie.

Le caractère de cet état est donc une subordination totale de la volonté aux passions , touchant des affir* mations qui seraient contredites par l'universalité des hommes appelés à se prononcer, et par le sujet luimême, s'il pouvait n'être pas intéressé. La fonction de

la raison chez ce dernier n'étant plus que de chercher et de trouver à tout prix des motifs de juger et d'agir exclusivement conformes à sa passion dominante, il est très exact de dire que cette raison e$t perdue. Aussi la manie a-t-elle souvent sa terminaison dans la démence la plus caractérisée.

Nous venons de voir le point de départ dans l'hallucination qui, par elle-même, n'a rien de commun avec la démence; il peut se trouver également dans un état d'apparence interne . une douleur, un malaise dont le sujet cherche la cause. Soit que l'imagination ait pris ou non une part essentielle à l'établissement de ces phénomènes, le premier rôle lui appartient sitôt que se présentent les hypothèses destinées à expliquer au sujet ses propres impressions. Une possibilité s'offre à la conscience ignorante et crédule, et reçoit une formule appropriée au degré de ses passions et de ses lumières : on me persécute, on m'empoisonne, on m'électrise, etc., idées familières à hypocondre. Or, de même que l'imagination de l'acte possible conduit à l'obsession, au vertige, et finalement à l'acte présent, ainsi l'imagination d'un fait ou d'un système, appelé à rendre raison de certains phénomènes , conduit en se répétant et se fixant de plus en plus , si bizarre qu'il soit souvent, jusqu*à l'afiirmation décidée de ce fait ou de ce système. On voit que la monomanie des idées part du même principe que la monomanie des actes, dont j'ai donné plus haut la théorie. La pensée constante du faux ou de l'absurde, d'abord retenue par une négation également

constante, mais jointe à quelque idée de possibilité, tend aux mêmes effets que la représentation répétée d*un acte déplacé, ridicule ou criminel. C'est véritablement la tentation de la démence , et nous ne saurions y méconnaître une application de la loi du vertige, envisagée ici dans le cas des déterminations pures de la conscience, et là dans celui des représentations aptes à entraîner immédiatement des conséquences organiques. Enfin, il s'agit, nous l'avons vu, du principe de la locomotion normale elle-même, quoique nous ayons à regretter l'absence d'un mot convenable pour exprimer le passage régulier de l'imagination passionnelle au mouvement spontané.

Il parait donc que le fait primordial de la folie , au point de vue représentatif, est le vertige intellectuel, ce passage de l'imagination du possible à celle du réel, ou d'une hypothèse, d'abord avouée telle, à la connaissance prétendue d'une réalité. La transition s'opère sous l'empire d'une émotion vive, d'une passion ardente, d'une représentation prolongée, lorsque la volonté n'ordonne pas le jeu de la pensée pour amener d'autres conclusions, avant que l'habitude ait établi son pouvoir. Le principe de cet état , en tant que perversion de la raison , est le sophisme : a poêsibili ad actum valet con-' tequentia.

Avant d'aller plus loin, il est bon d'observer que toute cette théorie est présentée d'un point de vue exclusif, quf doit être ici le mien, celui des caractères représentatifs de l'affection dont je m'occupe, et de ses causes Ott dfets du même genre. Je néglige donc, mais je n'ai

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garde de contester les causes originelles de Taliénation, imputables À des désordres organiques. Où je commence à douter» c'est quand on range les symptômes intellectuels et moraux parmi les dépendances simples de la maladie physique. Les vues des aliénistes, ou plutôt leurs habitudes d'esprit et de profession^ à cet égard, sont visiblement entachées d'un vice de méthode, dont je me défends en accordant l'existence d'un point de départ organique dans tous les cas où Ton pourra le constater. Tous ou presque tous supposent arbitrairement : I "" que les premiers termes de la série des désordres sont de nature exclusivement biologique, toujours; 2'' que les faits de perversion du jugement sont des conséquences nécessaires de l'étal pathologique proprement dit. Cependant , sur le premier point, l'observation permet d'admettre des cas où la déviation mentale précéderait les perturbations organiques et pourrait en devenir la cause. Sur le second, rien ne prouve que certains symptômes représentatifs ne puissent être éludés ou supprimés par une éducation ou par une médication de même nature, c'est-à-dire intellectuelle et morale, tandis. que la maladie suivrait son cours avec les symptômes physiques et vitaux qui lui appartiennent en propre. La biologie n'aura donc pas d'objections graves à m'oppoçer, si la suite de cette étude me conduit à placer, dans une intervention régulière et constante de la réflexion et de la volonté dans les phénomènes représentatifs , un moyen efficace de résistance à l'aliénation, considérée dans ses caractères du même

ordre. Il dépendrait alors du malade, pris à une cer-

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taine époque de son affection, de réduire le mal à la classe ordimaire des désordres organiques [ et de ceux de la sensibilité qui en sont les suites), et d'éviter celles des conséquences ordinaires de son état qui intéressent ses fonctions réfléchies. Ce n'est pas que la maladie ne pût aussi dans ce cas se terminer à l'idiotisme et à la paralysie. Mais alors les fonctions intellectuelles supérieures deviennent impossibles par l'absence de leurs conditions nécessaires, quelles qu'elles soient, et on ne doit pas s'en étonner. Il serait inconcevable, au contraire, que, ces mêmes fonctions se trouvant en exercice, les causes de leurs désordres appartinssent exclusivement à la série des phénomènes organiques, tandis que la théorie de leurs perturbations peut se tirer de la classe de faits dont elles font partie. Occupons-nous donc librement de cette théorie, sans nous préoccuper de ses rapports physiques, et au point de vue de la représentation, qui en est le sujet véritable.

La folie de la représentation , ou les traits dé cette folie, occupent jusque dans l'ordre normal une très grande place. Ils commencent aux erreurs de jugement dont la passion est le principe ; aux erreurs de mémoire et de témoignage chez ceux qui croient avoir vu ou entendu ce qu'ils désirent , ou craignent , ou seulement pensent avoir dû être; et à ces sortes de mensonges, qui ne sont qu'à demi- volontaires, et ne tardent pas à tromper les menteurs eux-mêmes. Ajoutons ces systèmes religieux ou scientifiques, ces machines, ces inventions quelconques dent le seul fondement est dans l'imagination de l'inventeur ignorant ou trop prévenu, qui se re-

garde comme en possession de la vérité absolue que méconnaît le genre humain. Ajoutons surtout le phénomène si commun et si important des convictioDS formées par la parole , à Taide de l'éloquence et de ses figures/ dont la répétition est la principale, non pas tant chez l'auditeur, ce qui est tout simple, que chez le parleur lui-même, qui éprouve rapidement les passions qu'il évoque et se détermine dans le sens des possibilités inhérentes à ses discours. En matière de désirs et de foi, par exemple, on est aisément ce qu'on croit être, et on croit être ce que l'on dit qu'on est.

L'acception vulgaire du mot folie est très étendue, et c'est un fait qui mérite considération; pour nous, elle ne Test pas moins, puisque nous sommes amenés à marquer d'un caractère commun , et les états où la personnalité est comme anéantie, ses fonctions cessant d'être réfléchies et volontaires sur tous les points à la fois, et ceux ( qu'il faut supposer habituels cependant) où le vertige a lieu sur un point quelconque, dont le jugement exigerait une mûre réflexion, une volonté désintéressée par l'appel des motifs de toute sorte. L'erreur populaire ne consiste pas précisément à compter trop de fous dans le monde : plusieurs que le peuple n'estime pas tels le sont véritablement par de certaines habitudes de prévention ou de violence, et n'ont guère la possession d'eux-mêmes. Mais il n'y a que l'ignorance qui taie de folie des hommes dont la conduite ou les pensées s'éloignent de la coutume, quoiqu'ils puissent bien se guider sur des motifs, bons ou mauvais, exempts de tout vertige.

Au reste, pour ne pas douter que les éléments de la folie existent chez tous les homnies, il suffit d'observer les phénomènes du sommeil, les effets de quelques passions (la jalousie , la colère] , quoique momentanés , enfin les séries représentatives produites quand l'ingestion des spiritueux ou des narcotiques suspend la puissance de réfléchir. Tous ces états ont cela de commun que l'imagination, la mémoire, la prévision et les passions qu'éveillent leurs objets se développent en entraînant l'affirmation par une suite de vertiges. Mais même dans la veille, en pleine raison, qui n'a éprouvé quelque tentation vertigineuse, d'une espèce ou d'une autre, de celles qui de proche en proche conduiraient à l'abîme un homme dont la conscience ne se détournerait pas. Si les animaux ne sont que peu ou point sujets à ces phénomènes, c'est que naturellement bornés aux impressions présentes, et ne les réfléchissant pas, menés par des instincts à peu près invariables, ils manquent de cette production imaginative et passionnelle qui nous transporte hors de la réalité présente, au âiilieu de conditions hypothétiques. Au contraire, le fou spécule toujours, quand la maladie n'a pas encore éteint sa force intellectuelle.

Est-ce à dire maintenant qu'entre la démence et les cas les plus simples du vertige du jugement il n'y ait à marquer que des degrés? L'étendue et la gravité des cas et la continuité des phénomènes n'impliqueraient pas autre chose en effet, et j'ai dû établir le principe de la perversion, partout le même. Mais la nature de l'objet

affirmé dans le vertige a une extrême importance, pui&-

que tâDldl il ne s'y agit que de faits ou d'idées, parfaitement faux sans doute et maintenus par passion, contre toute réflexion, mais tels enfin qti'à toute force on leur trouverait plus d'un approbateur, tandis que d'autres fois un homme , sur ses impressions propres , dément l'expérience universelle et actuelle et se rend étranger à tous les hommes. Le fou parvenu à ce point doit nécessairement systématiser ses jugements et les étendre à toutes les conséquences d'une première affirmation ; il a dès-lors ses convictions exclusives sur tous les rapports qui le touchent ; et une véritable communication intellectuelle avec ses semblables lui devient d'autant plus impossible qu'il ajoute, au parti pris de ne rien écouler contre ses vues, le penchant, auquel il aune fois cédé et qui se tourne de plus en plus en habitude, à obéir au vertige de ses impressions. Cette disposition est ordinairement telle, qu'on le voit, en conversation, composer avec certaines des paroles qu il entend, et dont il est frappé, un discours , ou du moins un sens possible qu'il impute à son interlocuteur. Il lit aussi sa pensée propre dans la phrase quelconque d'un auteur, et les images qui traversent sa conscience deviennent pour lui les points de départ d'autant de spéculations qu'il ne poursuit qu'un instant. Quelquefois aussi une contemplation unique l'absorbe, c'est-à-dire que son vertige ne varie point.

Il est remarquable que les déviations du jugement chez les aliénés s'établissent à l'encontre de l'expérience, ou du témoignage universel qui la consacre, plutôt qu'en opposition avec la raison logique et avec les formes gé-

nérales de la représenlalion. Le fou a ses faits à lui , un inonde externe qu'il se crée, et par là même de faux principes de ses raisonnemenls comme de sa conduite; mais son monde intérieur, son ordre rationnel est sain, tant que le vertige est rare ou intermittent ; et souvent il fait preuve d'une grande puissance de pénétration et d'analjse. On conçoit en effet que les lois formelles de la pensée, instruments communs et désintéressés, ne dérangent en rien les fins et les principes de fait que l'aliéné se pose. Le vertige n'agit qu'avec la passion, et De trouble d'ailleurs la série logique des pensées qu'en se produisant continuellement ou à peu près. Dans ce dernier cas la trame se perd pour le sujet lui-même, et bien avant pour celui qui l'observe.

On donne quelquefois comme le caractère moral de la démence une direction vicieuse de la volonté, au moins à l'origine. Cette formule, quoique juste au fond, est empreinte de l'esprit des anciennes théories de la volonté. Ou s'exprimerait plus exactement en signalant la direction insuffisante des représentations dans le sujet, c'est-à-dire une faiblesse ou une absence de volonté, dans le sens où j'ai constamment entendu cette fonction. En effet, le vertige de J'acte ou du jugement résulte toujours de ce que la conscience intellectuelle et passionnelle, sous laquelle il se produit, n'est pas suflisamment balancée par celle du pouvoir de se suspendre en appelant d'autres représentations, d'autres motifs qui, une fois mis en ligne de compte, changeraient tout. La conscience permanente de ce pouvoir est l'essence ▼éritable de ce qu'on appelle la domination des pas*

sions par la volontë, ou encore par la raison, conçue alors comme l'ensemble des mobiles d'ordre universel auxquels la volonté peut s'appliquer. D'après cela, IV liéné ne doit avoir qu'une représentation très faible de sa liberté de juger. Aussi ne doute-t-il jamais, et c'est parce qu'il no doute point et n'admet pas même une possibilité de douter, qu'il oppose un obstacle infranchissable aux arguments qui troubleraient la sécurité de ses affirmations.

La plupart des hommes, dans l'état d'ignorance où ils croupissent, de lâcheté morale où on les élève et où leurs passions se développent spontanément, sont incapables de résister à de trop fortes tentations de vertige, comme celles qui résultent des affections de la sensibilité. Quand de fréquentes hallucinations sollicitent leur jugement, quand les imaginations qui s'offrent pour lier, compléter, expliquer les apparences, les dominent, ils arrivent graduellement à ne plus former que des séries de pensées peu différentes de celles qui occupent le sommeil. Les impressions de la veille et celles des songes tendent alors à se confondre : à la limite, les sensations troublées ou continuellement déviées ne sont plus une barrière entre les deux états, les jugements réfléchis et vraiment volontaires n'existent plus, le sentiment de la distinction des personnes et la conscience nette des circonstances propres à chacune se perdent enfln, et l'aliéné en vient à ce point de se roéconnailre entièrement : il s'attribue des avantages ou des malheurs qui vont à une transmutation de personnalité, et souvent s'identifie avec l'une des grandes figures historî-

YERTIGK DE l'oRDRE MYSTIQUE. 309

ques dont le prestige est en possession de fasciner Timaginalion des peuples. C'est là surtout que se justifie le sens propre du mot aliénation, appliqué aux affections mentales , car Taliéné change de conscience et devient pour soi autre que soi. Mais de ce point il peut encore descendre, car il y a au-dessous Tétat d'incohérence et de dispersion totale des représentations, enfin de nullité s*il se pouvait, Tidiotisme, qui est le terme ordinaire de cette évolution dans les cas de paralysie du cerveau.

Entre tous les phénomènes dépendants de la théorie que j'expose, et malgré des différences que je signalerai aussi, il est impossible d'omettre la classe des faits de Tordre mystique. Le cas fondamental, où Ton voit des populations entières céder au même vertige, s'observe sous l'influence de la fui au merveilleux, quand l'imagination prévenue crée ou transforme des événements qui paissent répondre à l'attente des consciences. 11 s'agit de constater des miracles, de vérifier des prophéties. Quelques hommes se trouvent capables de voir et d'entendre ce qu'ils espèrent ou craignent; un plus grand nombre, d'avoir vu ou entendu ; presque tous d'altérer dé bonne foi la vérité des faits qu'on leur transmet : les récits qui passent par la filière des masses reçoivent l'amendement des passions de chacun, une moyenne s'établit, et le peuple se voit enfin en possession d'un système de témoignages et de traditions qui ne témoignent et ne propagent que sa propre pensée. C'est ainsi que les religions se fondent sur des miracles.

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et que, même dans les temps d'incrédulité relative, il n*est pas impossible de rencontrer des témoins sUi* cères de prodiges contemporains. Au-dessus des imaginations disposées de la sorte, s'élèvent, pour les con* duire^ des hommes dont les visions revêtent la forme mystique. L'histoire des oracles et des prophéties s'explique par Texistence d'une suite d'extatiques, parlant sous le vertige, avec la conviction de répéter les paroles qu'une puissance supérieure leur dicte, et cela depuis les prophéties sémitiques et les oracles payens jusqu'aux quakers et aux martyrs des Gévennes. A un degré su* périeur de po$$es$ion par le divin^ viennent les récits et la foi des incarnations, et, à l'opposite, dans une sphère basse, ignoble, les horribles légendes de la sorcellerie et de la démonologie. L'homme qui se croyait obsédé du démon, ou tout à fait possédé, expliquait, par sa malheureuse croyance à l'esprit malin, les contrariétés que présente la conscience balancée entre les passions bonnes et mauvaises, entre les tentations et la volonté. Il devenait pour lui-même Vhomo duplex^ au sens pro- * pre du mot. Souvent disposé, d'ailleurs, à l'hallucination et à tous les genres de vertige de l'acte et du jugement, il pouvait arriver aisément à la ferme pensée d'être au tabbat ou d'y être allé. Toutes les actions conformes à son état, il pouvait les faire, et le crime se mêlait quelquefois à la démence. Beaucoup de cas d'aliénation prenaient certainement cette forme. Comme l'aliéné conserve, dans une certaine période de son affection, une conscience distincte de ses aberrations, tout en ne voulant pas résister suffisamment à son vertige, ce dé*

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doublement de la représentation, qui est la conscience, simule nécessairement une possession, et il suffit que le sujet y croye pour qu'à ses yeux tout ce qu'il éprouve soit expliqué. On conçoit aussi que l'exorcisme peut avoir alors un efiet thérapeutique. La foi guérit de la foi; le vertige guérit du vertige.

Le vertige mystique, dans le domaine religieux noble, diffère et différera toujours de l'aliénation sur des points capitaux, quoique le principe logique des déterminations de conscience soit souvent le même de part et d'autre. Il faut remarquer d'abord la grandeur morale, Télération généreuse des idées, l'importance universelle des rues du révélateur et du prophète. Mais la démence est le plus souvent égoïste et vulgaire. Ensuite le fou est isolé dans son orgueil , dans ses préoccupations personnelles, hors d'état de communiquer son exaltation et ses croyances qui, d'ailleurs, manquent en général de cohérence et de fixité, tandis que les extatiques religieux s'affermissent dans les traditions tout en les transformant, obéissent à'des tendances qui, plus ou moins inertes ou oblitérées, sont cependant celles de leur milieu, enfin connaissent les hommes et savent agir sur eux. A l'extrême rigueur, l'origine et la valeur intrinsèque des sentiments qui possèdent la conscience d'un révélateur, et l'obEgent à ses affirmations, pourraient dépendre de certaines lois supérieures et inconnues de l'ordre du monde. Le contraire n'est pas prouvé, et dès-lors non plus le révélateur n'est pas jugé sans appel. Mais je ne puis approfondir maintenant la question, et j'ai dit ce qu'une rigoureuse analyse per-

31 il AUTRES CAS DE VERTIGE.

met de dire saus quitter le point de vue de la science. Une autre application des phénomènes du vertige est a signaler dans Teffet des pratiques habituelles en ma* tière de religion. La plupart des hommes contractent des habitudes d'opinion et de croyance par suite de la répétition et de l'imitation, soit que la réflexion y ait ou non présidé à l'origine ou y soit intervenue depuis. Un vertige qui agit dès Tenfance devient souvent insurmontable, et c'est ainsi qu'on est de la religion de ses pères. Mais prenons l'homme fait , mattre de sa raison et capable de l'exercer. Toute représentation prolongée ou répétée devient une tentation ; donc celui-là même qui réfléchit est naturellement conduit de la pratique à la théorie, dans chaque ordre de conceptions. L'imagination prend peu à peu les formes appropriées aux objets dont on la frappe, et la pensée s'exerce à découvrir des motifs de faire ce qu'on fait, d'assurer ce qu'on assure, et à s'en persuader. Il suflil de mentir un peu d'abord; on est de bonne foi plus tard. Qui veut croire croira. Faites comme si vous croyiez^ pliez la machine, disait Pascal. La méthode est infaillible, surtout si l'on tient sa raison bien soumise, à quoi l'on parviendra en se la représentant ployable en tous sens. La pente est forte quand les passions, c'est-à-dire l'intérêt et la peur sont en jeu. C'est l'affaire aux hiérophantes de manœuvrer ces ressorts.

J'ai caractérisé à plusieurs reprises la nature des faits qu'il est permis d'admettre au milieu des illusions et des plats prestiges du magnétisme animal. Le principe

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