‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 12 sur 278 · SI · texte numérisé non relu

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Be l^omme en gr^néral et relaitTêment aux eatégoriet*

Les catégories sont les lois générales de la représen^ tation. La représentation humaine est la seule dont il nous soit possible de parler avec assurance. C'est en elle que les catégories sont données pour nous, ainsi que la matière de l'expérience. Les catégories posent les formes de cette matière, les règles de cette expérience.

Les catégories sont : la relation (trois formes : distinct, identique, déterminé) ; le nombre [un, multiple^ tout); la position [point, espace, étendue) ; la succession (instant, temps, durée) ; la qualité [différence^ genre, espèce); le devenir [rapport, non rapport, changement); la causalité [acte, puissance, force); la finalité [état, tendance, passion ) ; la personnalité [soi, non soi, conscience).

J'établis les catégories empiriquement, soit par hy* pothèse, et je les propose pour être vérifiées. Va priori le plus résolu se confond dans ce cas avec la donnée d'un système empirique, sans contrôle antérieur pos-

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sible. Les thèses nécessaires et universelles de la connaissance ne sauraient être justifiées ou infirmées avant que l'analyse en ait décrit le champ et teconnu la portée. Néanmoins toute analyse les suppose. Elles interviennent dans les procédés par lesquels nous formons ou acquérons des notions quelconques. Si nous prétendions les obtenir ou les classer par quelque méthode, où trouver la méthode de cette méthode? Et si nous les demandions à l'observation pure, nous ne serions pas plus avancés, car où prendre en dehors d'elles le fil conducteur de l'observation?

Otée l'une quelconque des cinq premières catégories, rien de représenté ne subsiste. Qu'une chose, en efiet, ne soit pas déterminée relativement à d'autres choses; qu'elle n'implique point de nombre, comme partie de quelque tout ou tout de quelques parties; qu'elle n'ait ni directement ni médiatement aucun lieu et ne se place à aucune époque, et, enfin, qu'on ne puisse la qualifier en la rangeant sous quelque genre : cette chose cesse d'être, ou plutôt n'a jamais existé pour nous. Les autres catégories, le devenir, la causalité, la finalité, la personnalité, ne s'appliquent pas toujours et d'une manière immédiate à tout représenté ; mais il n'est pas de fonction représentative à laquelle elles ne soient inhérentes. Pour nous représenter des faits, des phénomènes quels qu'ils soient, mais avec réflexion et système, nous devons les rapporter à la personnalité en nous, parcourir une série de changements de notre personne, exercer la volonté qui est une cause, et nous proposer pour cela des fins à atteindre. Ensuite, nous

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constatons le devenir dans les choses au moyen du de- Tenir personnel, et nous envisageons hors de nous, comme indépendantes de nous, des causes et des fins représentées sur le type de celles que nous produisons et que nous poursuivons. La personnalité même s'étend, par une longue suite de dégradations, jusqu'aux derniers confins du monde que nous pouvons connaître. Cette loi générale, à la bien entendre, embrasse toute la représentation possible de soi et d'autre que soi, et à tous ses degrés. Nos langues en font foi, et la religion grossière de certains hommes, le fétichisme, n'est que l'abus monstrueux d'une vérité que plus tard les abstractions de la raison nous font trop oublier. D'ailleurs, c'est grâce à la pleine possession de la personnalité, c'est parce que nous réalisons en nous cette loi, avec consciencedistincte et unegrande individualité, (pie nous sommes admis à la considérer, et dans les . autres hommes, et chez les animaux où. elle va s'abaissent de plus en plus, et au-dessous des animaux encore, et jusqu'à la dernière molécule organique ou seulement appétente. II arrive ainsi que les lois de cause, de fin et de personne, formes représentatives d'abord, plutôt que rapports immédiatement représentés, s'établissent comme éléments indispensables de tous les phénomènes et entrent essentiellement dans notre manière de comprendre ce qu'ils ont d'ordonné ou de constant.

L'homme est donc un certain centre, un point de concours des catégories, parce qu'elles sont ies lois

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enveloppantes en lui de tout ce qu'il connaît ou peut connaître, et, sous un autre point de vue, parce qu'elles l'enveloppent en se rassemblant toutes pour former ce composé spécial éminemment complexe où son corps et sa personne sont unis.

Lorsque nous n'envisageons dans l'homme que les seuls rapports composés de nombre, de position, de succession et de changement, avec certaines qualités inhérentes, c'est l'homme physique, c'est l'homme organique aussi que nous obtenons, pourvu que les fonctions des organes soient définies indépendamment de' la sensibilité et de toute autre forme représentative. Sans doute, les causes et les fins ne sauraient être écartées au fond, mais la causalité, la finalité ne se constatent pas directement; leurs lois propres ne sont point soumises à l'observation et à des expériences qui les puissent isoler : pour ces catégories plus que pour les précédentes, la part qu'elles empruntent à la réprésentation personnelle est notoire. On les sépare donc plus aisément et plus volontiers, et d'ailleurs, nulle science n'existe que par l'abstraction.

Si aux fonctions de nombre, position, succession, changement et qualité, nous joignons le rapport général de personnalité, mais dans une conscience donnée, nous obtenons la Sensibilité et la série de ses lois. L'homme, en tant que sensible, s'unit et s'oppose aux phénomènes autres que soi. De là l'expérience externe ; de là aussi l'expérience interne de certains phénomènes, de ceux qui sont propres à la personne, comme modifiée à la rencontre des faits extérieurs. Sans repré-

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senlation personnelle^ nulle représentation sensible ne subsisterait. Le plaisir et la douleur et les sensations quelconques sous lesquelles un objet est envisagé au dehors, quelque simple d'ailleurs que cet objet puisse être* et se réduislt-il à une étendue colorée* par exemple, impliquent invariablement une conscience développée dans le temps et dans le devenir, laquelle se pose* et simultanément pose une autre chose qu'ellemême.

A la personnalité» la causalité et la finalité sont attachées. Ces deux catégories sont des formes inséparables de toute personne, des lois composantes d'une loi qui les implique et à son tour y est impliquée. Elles sont représentées comme lois régulatrices des faits externes* et* avant tout, s'appliquent aux phénomènes du monde interne qu'elles produisent* dirigent et coordonnent.

Lorsque dans l'homme* tel qu'il se représente à luimême, on envisage surtout l'acte et la cause consciente d'elle-même* on a la volonté : l'homme est volonté. Lorsque l'on envisage la tendance et la fin poursuivie* on a la passion : l'homme est passion» Lorsque Ton envisage les fonctions quelconques de la personne comme réfléchies par une sorte de redoublement de la conscience* on a l'entendement et la raison : l'homme est intelligence.

Ce sont là des définitions* en partie définitions de mots* car je ne prouve rien* en partie analyse simple et immédiate des choses à nommer.

Ces définitions répondent à autant d'abstractions. Oq peut appeler l'hontme du nom d'une catégorie ou

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d'une autre, mais la fonction que Ttiomme est embrasse toutes les catégories. Je n'affirme pas encore que nul des groupes de phénomènes que les catégories régissœt n'est séparable des autres, en aucun temps et à aucune condition, dans l'ensemble composant actuellement l'homme. J'établis seulement des données et des faits. C'est ainsi que les catégories mêmes affectées à la constitution de l'homme ])hysique et organique jouent un rôle essentiel dans le développement de la pensée, c'est-à-dire de l'intelligence en acte. Sans elles, l'entendement s'appliquerait-il aux objets qui, relatifs les uns aux autres, forment des nombres, des parties et des touts, observent des lois de position et de succession, des lois de qualité, enfin changent et varient? Et si l'entendement ne s'y appliquait point, que serait-il ? L'homme lui-même constate son existence comme sujette à ces lois, et rien de donné ne s'en affranchit. On peut douter qu'il demeurât quelque chose de l'intelligence après que la catégorie d'espace en aurait été retranchée. Aucune loi cependant ne saurait être plus extérieure aux phénomènes proprement dits représentatifs. D'une autre part, les causes et les fins semblent inhérentes à la personne, et lui être propres, quand on cherche à se rendre compte de ce dont elles dépendent ; et pourtant le monde extérieur séparé d'elles n' a plus de signification dans ses changements.

La fonction humaine est donc une certaine fonction de toutes les fonctions données à la connaissance. Contre-partie nécessaire : la nature à son tour est fonction de tout ce qui forme l'homme. Cependant un grand

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nombre des systèmes qui prétendent expliquer l'homme et la nature sont fondés sur la séparation radicale de ces groupes de phénomènes qui composent les fonctions concrètes empiriques : l'âme, le corps ; l'esprit» la vie ; la vie, la matière. C'est de la distinction essentielle entre certaines formes de la représentation, notamment l'espace et la pensée, ou les sensations et les catégories, que l'on a cru pouvoir conclure à la séparation et à des existences tout à fait indépendantes. Le même procédé a permis de forger des entités avec des fonctions abstraites quelconques, ou représentatives, ou organiques ou physiques, essences intellectuelles, forces plastiques, principes vitaux, fluides sensitifs, atomes purs. Mais tandis que les uns tirent ce parti du principe de distinction, sans lequel il n'y a effectivement rien d'intelligible, les autres font de Vunion, principe tout aussi nécessaire, un usage opposé, et veulent conclure à l'identification des fonctions les plus diverses. Pour ceux-ci, matérialistes, l'esprit estmode ou effet de de la matière; spiritualistes, la matière est mode ou effet de l'esprit, autant du moins que l'on peut énoncer en quelques mots des systèmes nombreux, vastes et confus. Il n'est pas plus difficile de tirer des conclusions du rapport intime et constant entre des phénomènes opposés que de l'opposition entre des phénomènes constamment unis. Mais ces sortes de conclusions n'appartiennent jamais au domaine de l'expérience, et on ne les justifie que par un emploi abusif des catégories de qualité ou de cause.

La vraie méthode s'attache à ce qui est, distingue où

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il faut, selon que les lois de la représentation le veulent, et unit sans confondre ce que l'expérience présente constamment lié. Elle ne pose point d'entités, point d'idoles ; elle constate les lois ou les cherche ; et ses inductions, ses hypothèses, ses probabilités, quand les preuves manquent, ne sont pas des abstractions forcées, mais de simples vues sur Je développement des lois dont il n'est donné d'observer que des parcelles.

Nous avons à vérifier expressément pour l'homme et et les fonctions qui le constituent ce que l'étude des catégories nous a donné lieu d'établir d'une manière générale [Premier e9êûi). Il s'agit, non de résoudre des questions physiques ou biologiques, encore moins de les trancher, mais, en se tenant sur la limite des sciences spéciales, de reconnaître les vérités logiques qui les dominent et les faits les plus généraux acquis à l'expé* rience qui est leur fondement.

Nous aborderons successivement les données universelles de la nature humaine par rapport aux fonctions diverses où elles apparaissent, et, pour cela, nous suivrons le fil conducteur des catégories, en passant des plus simples et des plus abstraites aux plus composées qui sont les plus réelles. Nous pourrons traiter alors de la certitude, puis de l'ordre et de la nature des sciences^ Puis, revenant à notre objet le plus général, nous étendrons nos considérations jusqu'à la sphère probable du développement de l'homme dans le monde et aux loi$ physiques et morales qui régissent sa destinée.

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