SENS KT LIMITES DE LA LIBERTS
conscience permanente» continue, d'un libre arbitre ou tremblant ou féroce, toujours en érection? Le croyant pratique parfait de la liberté serait-il ainsi un pauvre malade n'osant se mouvoir de peur de tomber, redoutant d'agir, presque de penser, et s'arrétant pour sonder partout des hbimes? ou peut-être un homme trop bien portant et trop vivant, dévoré de la fièvre de Taclivîté, n'apercevant guère de bornes à son pouvoir ni d'obstacles à sa voloaté, dans Texercice de laquelle il se complairait sans scrupule, enfin toujours prêt à bouleverser le monde par son caprice? Non, malgré la spécieuse symétrie de ces conséquences avec celles qui se tirent de la nécessité, elles ne sont point justes.
Le monomane nécessitaire est le véritable homme pratique de la nécessité, parce que la nécessité, si elle est, est absolue, est au-dessus de l'exagération ; et celui qui la croit, si elle est vraie, ne peut embrasser trop ni serrer de trop près sa conviction. Mais le monomane de liberté ne serait pas l'homme pratique de la croyance dont il se ferait une idée monstrueuse en supprimant ou amoindrissant à l'excès la part des déterminations anticipées dans le cours du monde. En doctrine, il mettrait à néant toutes les lois,^ même les plus sensibles, et celles sans lesquelles aucun ordre ne se conçoit. En morale, il n'admettrait donc ni solidarité, ni influences réelles, efficaces. A ses yeux, point de milieu entre la chose, entre l'être inerte ou esclave, et l'homme que luimême penserait être, œuvre intégrale de soi, malire de tout. De là les conséquences les plus inhumaines en tout genre, et jusqu'aux plus impossibles ; aussi l'obser*
468 ERRlUn IT VÉRITÉ DANS LK SYSTÈME riTlLlSTI.
▼ation nous offre-t-elle beaucoup moins de types approches de ce dernier monomane que du premier. Il est plus malaisé de se croire mailre et tyran de l'univers, avec la pleine responsabilité d'une volonté créatrice, que de s'imaginer, en créant de la force et des actes, être un chainon de l'acte universel, un produit de la force qui fait tout. Presque tous les grands hommes, les hommes de volonté mêmes, ont été des fatalistes. Tant l'humanité a de peine à se dégager de ses entraves et à se faire une juste idée de son autonomie! Le fantôme de la nécessité pèse sur la nuit de l'histoire; la liberté tst une aurore.
Ainsi les considérations morales disposent notre croyance à affirmer cette liberté qui ne nie point l'ordre du monde, et qui, dans cet ordre môme, est le fondement et l'essence d'une loi spécialement humaine, de la loi morale. Pour achever de déterminer notre affirmation, plaçons-nous maintenant à un autre point de vue, celui de l'erreur et de la vérité.
Dans le système de la nécessité, l'erreur est nécessaire ; dans le système de la liberté, elle dépend de jugements dont nous pouvons toujours suspendre l'arrêt, et ainsi n'a rien de fatal. Il suit de là que la nécessité n'accorde point de moyens sûrs de discerner le vrai du faux : chacun de nous pense et juge comme il doit pen- , ser et juger ; les erreurs, comme les maux, sont partie intégrante de l'ordre éternel; enfin, à cet égard, toute erreur est aussi une vérité. Le nécessitaire conséquent regardera donc comme un fait inéluctable, établi de