VITALISME
afin de lui rapporter des efTels, substance quand on y envisage des modes, et duquel on ne saurait rien dire si ce n'est qu'il explique précisément ce qu'on a besoin d'expliquer? Leibniz ne se servait pas de ces sortes de machines; qui mieux que lui, et plus grandement a conçu l'unité du monde, et appliqué le mot d'IIippocrate, qu'il aimait à citer ?5um^7iom panta. Ses monades sont hypothétiques, soit, mais l'hypothèse est d'un être défini , unique essence de la nature, et dont tous les composés seraient faits ; ailleurs, je ne vois qu'une entité préposée à la direction d'un ordre spécial des phénomènes. On a beau désavouer cette entité : en nommant ce qu'on appelle une cause distincte, on la nomme ; et, pour la répudier vraiment, il faudrait réduire le principe vital À un nom de classe, et parler désormais de lois, non de causes.
L'unité, l'harmonie, accompagnent nécessairement tout système de lois données, ou plutôt harmonie et loi sont deux noms d'une même chose qui est le monde, dans chacune des sphères de la connaissance et dans le rapport de ces sphères. C'est ainsi que le globe terrestre, afin de prendre un cas relativement simple, ré-; suite, en tant que sphéroïde de révolution, de cela seul que nous posons le mouvement diurne et la loi de la chute des graves : nous n'infusons point dans la planète un principe géométrique apte à produire et à maintenir sa forme et son unité. Il est vrai qu'on remarque de plus dans les êtres vivants la disposition des parties pour une fin commune ; c'est une loi qui se joint à beaucoup d'autres, en un sens les domine, en
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un sens les subit, une loi qui est la vie même, à laquelle la nature entière rend témoignage, mais dont l'explication générale n'est du ressort de la physiologie ni d'aucune autre science particulière.
En somme, la philosophie de l'école de Montpellier est entachée du vice commun de presque toute métaphysique ; elle fait ce qu'elle se défend de faire : en supposant derrière chaque ordre de faits une cause substantielle et spécifique, c'est une entité qu'elle crée, ou, si nous tenons à nous comprendre, elle donne le gouvernement des phénomènes à une manière d'homme spécial et de machiniste qui, placé derrière le théâtre, lire certains fils de la représentation. Mais alors môme qu'on ne répudierait pas l'idole qu'on n'a pas su s'empêcher de consacrer, j'aime encore mieux cette imaginalion naïve de l'enfance des peuples et de la science, que le travers présomptueux des savants qui pensent l'éviler parce qu'ils assemblent toutes lesjdoles en une qu'il leur plaît d'appeler matière.
Les physiologistes qui s'efforcent de ne donner accès qu'aux notions positives ne sont pas toujours exempts des aberrations dogmatiques auxquelles d'autres s'abandonnent volontairement ; et les contradictions non plus ne manquent pas dans leurs ouvrages. Un auteur reconnaîtra aux cellules une vie propre dans le tout, une force génératrice de leurs semblables, une force métabolique des parties voisines ; il penchera à admettre un principe de vie à l'état latent dans les parties d'un corps quelconque, et à considérer la nutrition
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comme pouvant apporter dans lorganisme des germes extérieurs dont la génération rassemble les conditions 4e développement : ces hypothèses ont un caractère scientifique et que la philosophie naturelle avoue ; mais, iiilleur^. le même savant assurera que, quels que soient Tengrenage et Tbarmonie des organes» cette harmonie ne subsiste pas sans Tinfluence d'une force agissant sur le tout et préexistante dans le germe , ou tout po- ^entiel^ en sorte que, suivant une formule de ILant, la raison du mode d'être de P organisme est dans le tou$ et non datis chaqt^ partie pour elle-même. Ici la force est posée en soi, indépendamment de la nature du corps qui Agit, de ceux çiuxquels elle s'applique, du milieu Qi\ elle se déploie et des instruments ou organes dont elle a besoin et qu'elle doit se créer pour la fin qu'elle se propose ; les forces spécifiques des diverses parties, des divers éléments organiques, ne sont plus rien pour elles-mêmes ; l'harmonie dîsps(ralt devant la création ; au lieu d'êtres associés selon certaines lois de sujétion et de métamorphose, on se trouve en face d'une abstraction chargée de tout produire et de tout gouverner, dont l'origine première mène à TinQni, et 4ont l'unique définition est une cause Qqale.
La finalité n'est certes point à rejeter de l'ordre du monde : toute conscience la connaît et l'applique; mais il faut l'éloigner de Vétude des phénomènes et de leurs lois^ comme inutile, comme étrangère , parce que ce p'est pas elle qui nous les démontre, ou nous permet de les prévoir. Chaque pas que nous ferions dans la siG\ence, en consultc^nt le but de la nature, serait une er*.