FORMULAIRE DU PREMIER ESSAI
La chose appelée moi, aussi bien que tout autre objet de la connaissance, est donnée à la connaissance en une représentation, sous laquelle se groupent des phénomènes diversement composables et décomposables.
Composer dans la représentation, mais d'une manière réfléchie et régulière, c'est faire une synthèse -, décomposer de même c'est faire une analyse.
Il n'y a de connaissance d'aucune chose en soi ; mais toute chose se pose complexe, et relative à d'autres choses, dans la représentation où elle se pose :
L'espace, le temps, la matière, le mouvement, s'ils étaient en soi, impliqueraient le continu en soi, et par suite un nombre infini de parties en soi de ce continu, ce qui est absurde, parce que l'infini et le nombre sont contradictoires entre eux ;
Tout ce que nous appelons qualités, forces, les modes d'être, quels qu'ils soient, les phénomènes représentés ou représenta* tifs quelconques, sont donnés par de certains rapports, et en impliquent toujours ;
Les termes les plus généraux et les plus abstraits, à l'aide desquels on essaie de surmonter les rapports : l'un, le simple, l'infini, l'absolu, ne sont eux-mêmes représentés que par corrélation à des termes contraires, et séparément ne qualifient aucune chose.
Ainsi, Tout phénomène est donné par rapport à f autres phé^ nomènes.
Le mot être exprime le rapport, tant dans l'acception la plus générale que dans toutes les acceptions particulières.
Il exprime aussi chaque groupe de phénomènes dont quelques
FORKiDLAIRfi DD PREMIER ESSAI. I^
rapports constituants, soit mutuels, soit avec de certains autres, sont donnés et définis.
Une substance est ce même groupe, relativement auquel on nomme attributs ou modes les phénomènes plus ou moins enveloppants ou enveloppés que l'on peut à |a fois en distinguer et y joindre.
Une loi est un phénomène complexe constamment impliqué . dans d'autres phénomènes ; ^ »
Ou, encore, une relation qui se dt'gage, d'une manière constante, des rapports donnés en divers phénomènes déterminés,
Vne fonction est une loi, considérée en tant que les varia^ tions de certains phénomènes composants entraînent des vacriatîons déterminées de certains autres.
Un être est une fonction. La définition des êtres, dans le^ différentes sphères de la connaissance, est celle des fonctions qui les constituent ^ et en dehors desquelles rien jde réel n'e^t .connu ni connaissable.
Tels sont les êtres matériels, les êtres organiques, etc.
La réalité se dit des êtres et des lois, c'est-à-dire des phénoniëneS) mais en raison expresse de la constance et de la fixité .qui s^observent dans leurs rapports.
La vérité est la réalité envisagée particulièrement dans le rapport de la représentation à ses représentés, et en tant que les phénomènes sont conformes aux lois qu'on leur suppose.
Les phénomènes et leurs lois viennent à la connaissance en massés confuses ;
La science est la construction régulière des spitAèses, après analyse préalable.
Les sciences particulières se proposent cette opération sur des groupes distincts, et admettent sans examen des principes et des données dont l'établissement exigerait une nalyse amoins cir*^ oonstrite et une synthèse plus vaste.