‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 265 sur 278 · CARACTËUK MORAL DE LA DOCTRINE DE LA PLURALITÉ · texte numérisé non relu

CARACTËUK MORAL DE LA DOCTRINE DE LA PLURALITÉ

quelques mots celles qui touchent les objets les plus généraux de la raison pratique ; savoir :

La nature humaine élevée à sa plus haute dignité, grftce à une énergique affirmation de la liberté, que ne vient plus combattre Tidée de la toute-puissante unité divine ;

La nature des êtres supérieurs, conçue comme analogue à celle des êtres personnels que nous connaissons; non qu'il ne puisse en exister d'autres, mais parce que nous ne saurions en définir d'autres intelligiblement;

Par suite , une base indispensable établie pour les communications et pour la société possible de tous les habitants du monde ;

Les fins de la vie placées dans la vie même, indéfiniment prolongée , et dans les relations mutuelles des personnes, et dans leur perfectionnement propre, moral, rationnel, organique, en harmonie avec les éyolutions physiques des milieux;

La fin dernière et absolue formellement repoussée* puisque sa possession, aussi bien que la dépendance à l'égard d'une cause absolue première» supposerait l'entière absorption des fonctions individuelles ;

Les destinées régies en partie par des lois inéluctables , en partie déterminées , sous ces lois , par les actes libres des agents moraux , qui deviennent ainsi et de plus en plus les auteurs, les créateurs de ce qu'ils sont;

La liberté de la foi, le respect mutuel des consciences dans la société humaine, à cause des rapports divers que l'esprit religieux peu( se représenter entre la TÎe

présente et la vie future, entre les êtres connus et ceux dont la croyance peuple les voies célestes du temps et de l'espace ;

Par le seul effet d'une division naturelle des cultes spontanés, la raison commune de l'humanité, les sciences, les arts, laissés sans crainte ni scandale à l'élaboration de leurs méthodes et de leurs œuvres ;

Enfin, l'autorité sacerdotale réduite à ce qu'elle peut être lorsque tant de religions sont en exercice et une seule proscrite , celle qui vise à la théocratie, c'est-àdire à la destruction des autres et à l'anéantissement de la liberté sauvegarde universelle.

La conception politique de la monarchie, dont je citerai ici l'auteur du Léviathan comme le coryphée le plus intelligent et le plus sincère, reconnaît pour mobile principal, et pour ainsi dire unique, le Repos; tandis que l'idéal démocratique est le juste objet de l'aspiration de tous les hommes qui placent avant leur tranquillité propre, avant la paix publique, fût-elle véritable et assurée, une fin plus digne, le libre et plein développement des facultés humaines en société.

De même, le gouvernement du monde par l'unité divine est le choix des âmes portées à l'inaction, et désireuses de voir tout se faire sans elles, pendant qu'elles contemplent ou qu'elles adorent. Il faut y joindre le chœur nombreux des désabusés, des désenchantés, et de ceux qui, blessés par le monde, croient n'aimer plus rien du monde, et se réfugient dans le rêve d'une souveraine perfection qui le régirait seule , n'exigeant d'eux

que soumission à ses incompréhensibles décrets. Je ne parle pas de ces esprits d'une trempe bien différente, dont l'ambition et l'activité se donnent carrière en se chargeant de faire pour les autres ce que ceux-ci refusent de faire pour eux-mêmes : diriger leur conduite et décider de leurs croyances. Si tels sdnt les sentiments qui produisent ou favorisent la doctrine de Y autocratie céleste, au contraire, le système moral et politique du monde qui tend à se définir comme un gouvernement des êtres par etcx-mêmes, à des degrés divers, sous des lois générales tant de la conscience que de la nature, et acception faite de ce qu'on peut connaître ou supposer des influences mutuelles de ces êtres, ce système engendre nécessairement des religions de liberté , des doctrines d'action , de dignité morale et d'exaltation de la personnalité.

J'ai sans doute exagéré les propriétés caractéristiques des deux grands ordres de croyances religieuses, sous le point de vue moral. Mais en forçant les traits on fait ressortir plus vivement le principe qui les modèle. En fait, il faut convenir que le polythéisme peut ne point exclure la foi unitaire, convenablement interprétée. De même, aussi, le dogme de l'unité admet des tempéraments, et se rapproche quelquefois de la doctrine antagoniste. Un phénomène analogue, trop connu pour que je m'y arrête, se remarque dans les essais de fiision des principes politiques opposés.

L'exposition qui précède était réclamée pour le complément de notre étude des notions les plus générales de l'immortalité et de la divinité. Je ne saurais la pousser

plus loin, ni surtout me prononcer positivement sur le dernier problème, sans professer moi-même une religion. Je demanderai ailleurs de nouveaux éclaircissements à la critique historique, la seule qui convienne, sur ce sujet, à quiconque ouvre une école et non point une église. Mon but était de déterminer les probabilités morales d'une foi philosophique, la plus universelle possible, et j'ai la confiance de l'avoir atteint.

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