LES ANIMAUX QUANT A LA RAISON
Tapparition du signe ne saurait guères s*isoler de la conception de l'espèce ; ou tout au moins la signification ne devient générale qu'autant que la représentation générale existe.
Au reste il faut prendre garde de faire aux nominalistes une querelle de mots. S'ils entendent que les objets de la raison ne s'arrêtent dans la pensée, ne s'y posent clairement et ne s'y coordonnent sciemment que par le moyen des signes, c'est là une vérité d'expérience, et jamais on ne comprendra qu'il puisse en être autrement; mais nier la représentation confuse de l'espèce, c'est-à-dire de l'attribut distingué d'un sujet et joint à un autre, ce serait se mettre hors d'état d'expliquer les progrès de la signification, et d'entendre même la question de rétablissement des signes comme généraux. Cette représentation confuse est donnée dans l'enfant, qui ne tarde pas h signifier avec distinction et conscience et à généraliser avec force et rigueur; elle est aussi donnée dans l'animal, selon toute apparence; mais l'animal n'arrive pas à réfléchir et à se poser volontairement ses objets.
Les animaux possèdent les simples éléments de la raison , s'il est vrai qu'ils jugent des attributions et distinguent une chose d'avec les qualités qui n'y sont pas invariablement unies. L'animal supérieur, par exemple, ne se laisse pas tromper par les circonstances accessoires de la chose à lui connue : le maître
d'un chien, ce maitre qui a changé d'habit, ce maitre
430 LES ÀNIMAnX QUANT A LA RAISON.
qui a pris sa canne pour sortir, ou qui le menace de l'en frapper, sont aux yeux de ce chien un seul et même objet afiecté d'attributs différents ; cet objet il le reconnaît, et ces attributs lui causent des impressions diverses ; il est donc capable de discerner et d'identifier les phénomènes qui forment différents groupes. Une connaissance analogue appartient à tout animal qui a seulement des relations distinctes avec ceux de son espèce, et, pour ne pas la qualifier de jugement, il faudrait adopter les explications forcées du mécanisme cartésien.
Le système de Descartes se résume dans l'hypothèse suivante : « Une loi à priori, enveloppant la nature entière, détermine et coordonne des séries de figures et de mouvements dont les modifications des fluides animaux sont une simple dépendance. Le jeu des organes avec tous ses effets s'enchaîne à ces modifications. Il en est ainsi de l'animal, ainsi de l'homme, et l'organisme n'est que mécanisme. Mais, chez l'homme, à chaque moment de la fonction mécanique, il peut s'adapter, et il s'adapte on ne sait comment, dans un certain nombre de cas, un moment de la fonction intellectuelle. Cela ne serait point nécessaire, mais cela est, et nous le savons; chez l'animal, cela n'est pas nécessaire davantage, et nous ne savons pas que cela soit ; cela n'est pas : nulle fonction représentative n'est donnée aux animaux. «
Je ne pourrai motiver qu'en traitant des principes de la certitude la condamnation de cette puissante, mais monstrueuse hypothèse qu'adopta si facilement