‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 65 sur 278 · NOTION DE L*INTELL£CT PUR · texte numérisé non relu

NOTION DE L*INTELL£CT PUR

états de la conscience : aperception de rentendement^ détermination de la volonté^ émotion ou agitation de l'âme. Les uns ramènent sans preuve les faits de vo* lonté aux états passionnels, etiln*y a pas jusqu'à Kant qui ne sacrifie à la division binaire. D'autres, ce sont les panthéistes, suppriment radicalement le principe d'individualité, et, commeSpinoza, ne voient dansledéveloppement de tous les phénomènes du monde que celui des propriétés contenues dans une première substance ou une première idée ; en sorte qu'on ne trouve aucune différence entre la vie de l'homme et la théorie de l'ellipse, par exemple. D'autres encore, plus rares, mais non moins fondés, rattachent la série des représentations à un centre de spontanéité productive : Fichte, Maine-Biran, Emerson. Il s'en trouve même qui donnentja prééminence à l'amour, et consentiraient volontiers à prendre les faits de tout genre pour des désirs transformés. Enfin, la phénoménologie d'Herbart a la prétention d'expliquer le penchant et la volonté par les masses de représentations et, comme toujours , se paie de métaphores. Tout cela est arbitraire.

Nous ne pourrons apercevoir le fondement réel de la classification ternaire des fonctions humaines [sensibilité à part) qu'après avoir traité la question de la liberté, question bien débattue, mais encore neuve pour qui veut y apporter une véritable rigueur. Essayons cependant de formuler par les abstractions convenables, et au besoin par l'emploi de ce style figuré que

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les philosophes se sont donné si peu le droit de récuser, les trois éléments généraux que nous devons reconnaître dans la conscience.

Gomment concevoir un être constitué par le mobile assemblage de représentations pour ainsi dire scéniques, et exclusivement telles? Cet intellect pur assisterait au développement des phénomènes ; appliqué aux ^ faits et à leurs lois, il ne comporterait ni effort, ni activité de soi et pour soi. D'ailleurs, sans activité, point de passivité, car ce sont deux termes corrélatifs. De là, une identité parfaite du percevant et du perçu, de l'intelligent et de l'intelligible ; et, en effet, les philosophes qui ont réduit l'essence de l'être à Vidée se sont vus conduits à cette conséquence. Qu'on imagine donc un miroir magique où chaque image s'anime et devient sa propre vision ; une scène, un spectacle, un spectateur confondus; et voilà tout: ni le vrai, ni le bien, ni le Taux, ni le mal n'ont de place possible dans la série des phénomènes. Tout est indifférent devant l'intelligence pure.

U y a plus ; si les autres êtres sont pareils, le changement se trouve incompréhensible. Leur nature étant simplement intellectuelle , d'où , comment , pourquoi leurs représentations varieraient-elles ? Les motifs et les causes sont d'une autre sphère. Ainsi le temps et la sensibilité disparaissent , et le philosophe qui s'est fait un idéal absolu de l'intelligence, peut ne plus trouver dans les dernières profondeurs de son ontologie que la contemplation invariable, éternelle, la contemplation de la

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