CAUSE, FORCE, EFFORT
Entre les représentations successives, entre la r^résentation et elle-même, quand il y a caractère de volition, se place la relation de cause à effet dont je ne re^ prendrai pas ici l'analyse. Toutes les difficultés qui pourraient nous arrêter dépendent de la substantialisation des causes et de leur séparation d'avec les effets. Cet écueil enlevé, restent des faits très constants et une loi très simple. Au sein de la représentation volontaire se fait cette synthèse de Tacle et de la puissance que nous appelons la force. En vertu d'une figure que j'ai expliquée ailleurs et que j'ai cru devoir conserver pour le langage, on a coutume d'envisager la force, la cause et la volonté dans l'acte d'une représentation antécédente, le produit, l'effet et le voulu dans un acte conséquent; mais le tout est inséparable quand on ne sort pas de la conscience : vouloir penser à telle chose et y penser en effet se confondent dans le temps, sitôt que l'objet est déterminé ; et si l'objet n'est pas déterminé, la même identification se fait pour l'objet vague qui en tient lieu, à chaque moment de la série d'une remémoration par exemple. On trouve, au contraire, une séparation frappante lorsque l'on considère d'un côté la conscience et ses représentations volontaires, et, de l'autre, des effets dans le représenté sensible; mais cette séparation porte sur l'espèce des phénomènes observés des deux parts et non sur le lien même de cause à effet qui , exigeant sa synthèse indissoluble, s'est toujours trouvé n'être pas intelligible quand on a voulu admettre des forces substantielles et transitives. (V^ Premier
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es$ai § xxxvii ). Au reste, je borne en ce moment l'ana* Ijrse aux effets de conscience.
La force et la volonté sont des termes généraux, des noms de lois. Dans une conscience individuelle, le caractère joint à une représentation particulière, et qui la fait volontaire, peut prendre le nom d'effort. Toute volition bien déclarée, par conséquent réfléchie, est un effort, et Feffort est dit plus ou moins grand, selon qu'il y a plus ou moins de différence ou d'opposition entre les phénomènes volontaires internes et ceux que nous penserions avoir dû se produire selon la simple spontanéité.
On peut se demander si l'effort est suffisamment défini quand je le qualifie de caractère d'une représentation. Mais que dire de plus? De ce caractère ressort une représenta) tion ^iii generis, et toute investigation doit s'arrêter là.. L'effort est un fait de conscience, un fait représentatif et représenté dans la conscience. Si l'on essaie de fixer ce représenté indépendamment de la conscience, c'est une idole qu'on posera ; et on se fera au fond cette illusion de placer derrière l'homme incomplet, privé de volonté, un second homme, complet celui-ci, qu'on chargera d'être la volonté du premier. Mais ne séparons pas des phénomènes qui ne se comprennent point les uns sans les autres; alors nous constaterons seulement la distinction profonde de la représentation simple et de la représentation volontaire : cette distinction sera celle du penser et du vouloir, et la seule définition possible de l'effort en résultera, puisque le sentiment en lui-même est toujours
indéfinissable.
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Il est donc permis d'envisager dans la conscience une représentation toujours, à tout instant, possible, une représentation qui aurait ce caractère d'être sa propre cause , ou d'être la cause d'une autre qui, dèslors s'identifie avec elle. Cette représentation est un effort pour se maintenir, un effort pour s'éloigner, un effort pour appeler et se substituer telle représentation différente, avec laquelle elle forme par cela même une synthèse causale dont il est impossible de rien dire de plus. En acte, c'est la volition; en puissance, c'est la volonté. Puisque selon l'apparence, que je ne cesse de suivre, un antécédent a plusieurs conséquents possibles et qu'il n'y a point de série prédéterminée que la conscience connaisse, la volonté est un principe de selution de continuité des phénomènes : elle n'obéit point à une loi à priori; elle modifie des lois, et elle en fait, qui ne deviennent telles que pour l'observation qui les constate à pateriori.
En même temps que la volonté brise les séries naturelles, elle établit une loi d'un ordre nouveau et émînent, que les partisans des substances ont reconnue, qu'ils ont cru ne pouvoir sauver qu'en constituant des entités, et qu'ensuite ils ont perdue presque toujours en ouvrant ces entités à l'invasion des lois de la nature. Je veux parler de l'individualité du soi.
Une multiplicité de phénomènes de tout genre est la matière de la conscience : elle les prend comme de son expérience, et non comme d'elle-même. Les formes ou lois de l'entendement et de la raison lui semblent déjà
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mieux lui appartenir; ce sont pourtant des fonctions communes à beaucouiM'autres consciences, et souvent aussi des caractères généraux qu'elles s'accordent à rapporter à leurs représentés : ainsi la représentation, comme simplement telle, n'est qu'à peine un principe d'individuation ; la mémoire constitue , il est vrai , ce qu'on appelle la permanence du moi, mais sans obliger ce moi à voir dans le moi autre chose qu'un fragment d'un ordre total. Enfin les passions, malgré les variétés que produisent l'instinct, les circonstances, l'habitude, le caractère initial ou acquis, sont cependant autant de liens de la conscience , et qui l'enchaînent aux lois du monde. Ces choses marquent le genre et le degré de Imdividualité animale. Mais lorsque parait ce pouvoir, non point une entité, cette puissance, selon toute la valeur logique du mot, cette représentation toujours possible qui se pose avant toutes les représentations, pour elles, contre elles, pour elle-même et contre elle-même, on peut dire l'individualité humaine constituée. La synthèse de la mémoire avec ce pouvoir élève la conscience au point culminant, et constitue essentiellement ce que nos langues et nos lois nomment une personne.
En définissant la volonté, j'ai défini la liberté, puisque celle-ci est une puissance et que je n*ai pas considéré la première autrement, ni hors de la conscience et ailleurs que dans l'homme. Je n'ajouterai rien ici sur ce point; mais on voit qu'il ne s'agit pas d'un pouvoir substantialisé , encore moins de cette faculté de vouloir vouloir qu'on a pu reprocher aux partisans du libre arbitre. Il s'agit de la puissance des futurs, la-