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peut s'empêcher d'agir en donnant à son illusion la fileur d'une haute réalité morale.
Les défenseurs de la nécessité semblent répondre logiquement k cet arf^umenl. La nécessité mémo tel pour eux un dernier refuge où ils se croient inaccessibles, et c'est elle qu'ils chargent d'une anomalie donl ils devraient être responsables. Si, disenlils, nous nous comportons dans la pratique à la manière des autres hommes, en dirigeant notri ilonté, nos passions, dos actes, nos paroles, notre infl ïnce, pour délernainer des événements ordonnés nce, et comme s'ils pou-
vaient pourtant ne pas se produire, c'est qua notre tolonté, nos passions sont préordonnées aussi et nécessaires ; et dans le cas où elles n'existeraient pas, ces événements dont elles sont des conditions u*exi siéraient pas non plus:dts*lors le dogme delà nécessité ne conseille point l'inaction, ainsi que tant de moralistes Ten accusent. )Iais cette réponse ne va pas au cœur de îa question. Pénétrons plus avant et demandons-nous ec qu'il arriverait si l'homme pratique n'oubliait jamais que tout est nécessaire , et si sa conviction de théorie demeurait véritablement présente aux modifications, aux délerminations quelconques de sa vie* Jugeons du caractère moral de la thèse nécessilaire , non sur les acles, produits journaliers de la raison pratique, quelle qu'elle puisse être au fond, mais sur ceux qui conviendraient à rhypolhèseoù Vagent se déterminerait avec la conviction nette et continue de ne pouvoir faire i chaque instant que ce qu'il fait, vouloir que ce qu'il
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Teut, désirer que ce qu'il désire. Supposons cette conscience inébranlable, autant que toujours présente, et telle en un mot qu'un maniaque pourrait seul la posséder. N*arriTera-t-il pas de deux choses Tune, ou que le sujet mis en expérience, étant de nature molle, peu passionnée, se croira dispensé de tout ce que nous appelons effort, lutte avec soi-même, lutte avec le monde, courage, ardeur, peine volontaire, et que, abandonnant les choses à leur cours, il justifiera les effets de son humeur patiente ou de son cœur lâche par les arrêts du train nécessaire du monde? ou qu*animé de passions TÎolentes, au contraire, et se croyant assuré d'un avenir qui comble ses vœux ou qui les désespère, il s'emportera à tous les excès du fanatisme, se permettra tous les attentats qu'ordonne le ciel, ou se plongera vivant dans la damnation et dans la mort de l'âme. Je parle de manie pour accuser plus fortement la vérité ; mais n'avonsnous pas des exemples de ces caractères à tous les degrés, depuis le genre anodin jusqu'aux extrémités les plus sombres? Le dogme de la nécessité peut donc engendrer, chez l'homme qui le pratique sérieusement, rioaction ou la fureur, la résignation ou l'enthousiasme, Tiodifférence ou le fanatisme, mais, dans tous les cas, il le jette hors des voies de la morale naturelle et commune. L'existence de la raison pratique la plus vulgaire est une anomalie dans le système nécessitaire. Si la morale est vraie, cette nécessité qui la fait être se constitue en opposition avec elle-même. Si la morale est fausse, pareillement. Et, vraie ou fausse, la morale n'a guère moins d'universalité que la nature humaine.
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Mûinlenant, confirmerons-nous par noire croyance une hypothèse que les instincts moraux de la conscience démentent à chaque instant, el que combat dès* lors la loi morale elle-même, ce grand fait idéal de l'univers?
Si c'est la liberté qui est vraie, tout un ordre de faits échappe à la science et à la prévision de l'homme : en plutôt l'homme est créateur d'un ordre nouveau dans le monde , d'un ordre qui ne saurait jamais être donné tout entier, mais qui se fait perpétuellement et qui est par excellence le domaine humain, son domaine.
Alors l'inquiétude la mieux justifiée ne s'empareratelle point de cet être suspendu sur les abîmes du temps, et qui se fait sa loi, sa destinée? Le passé est plein de remords pour lui; le présent, de doutes et d'angoisses; l'avenir, de mystères insondables. Les jugements de l'homme sur l'homme ne sont plus des lois qui s'appliquent d'elles-mêmes ; ce sont des arrêts de souverain sur souverain. Absoudre ou condamner deviennent des réalités saisissantes, quelquefois terribles, que chacun doit attendre de tous et de sa propre conscience. C'est chose étrangement singulière, et faite pour effrayer un regard profond, que le pouvoir de produire un phénomène instantané, nouveau, de le produire, non pas il est vrai sans précédents, sans racines, sans raison , mais enfin sans liaison nécessaire totale avec un certain ordre éternel des choses !
Mais aussi la divergence des doctrines humaines s'explique, en même temps que le désordre des actes,