‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 114 sur 193 · DE LA THÉORIE DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

DE LA THÉORIE DE LA LIBERTE

et de la manière la plus simple. La supposition dos faits

conlingenls, si faniiliùre el si InévilaLle, se justifie; la

responsabilité morale s'élablil au sens étroit, confor-

^Biémcnt à la raison du peuple, et Thomme revêt une

i^ëtonnante grandeur jusque dans les misères attachées

^ik sa condition d'être libre : il est Fauteur de lui-même;

fies réTolutions de l'histoire sont Tœuvre de Thumanité.

i^Cel absolu cherché de chimère en chimère, à travers les

[ élucubrations Ihéologiques, nous le trouvons au fond

fde noire nature, non qu'elle échappe h toute relation,

^mais parce qu'elle peut quelquefois les dominer toutes.

ËXa philosophie, enfin humanisée, trouve dans l'homme,

l^ui est à la fois son créateur et sa matière, le type, l'u-

'nique type connu de ce que l'être a d'inaccessible, de

Celte source de faits premiers qui partout ailleurs lui

échappe, et qu'elle ne peut que vainement s'efforcer de

léfioîr en dehors de tous rapports, par-delà les bornes

Q inonde intelligible.

Est-il donc vrai qu'il faille acheter la croyance à la Kberté au prix des terreurs et des scrupules excessifs, Continuels, el de tous les fantômes dont la conscience, Malagée du poids des chaînes de la nécessité , peuplerait le vide fait autour d'elle? La doctrine de la responsabilité morale aurait-elle pour effet de nous imprimer ^is4-vis de nous-mêmes une irrémédiable timidité, et comme une peur qui nous glacerait à la pensée de ce si que nous pouvons ou devons faire malgré l'ignorance l cùnous savons que nous sommes, el de bien des motifs 01 ^ de bien des conséquences de nos actions? Serions- ^\ Wms ainsi frappés d'irrésolution? Ou , au contraire,

458 IMPOSSIBILITS d'un iTSTtHl MOTU.

l'orgueil de la liberté, l'exaltation, la fermeté juste ot criminelle de la conscience nous porteraient-ils à Véno^ gie des actes extrêmes et attentatoires , comme nous avons vu en un autre sens que la nécessité le pouT«t faire, selon la nature des tempéraments et descano^ tëres individuels? En face de nos semblables, la conviction forte, inébranlable de la responsabilité persoBnelle nous rendrait-elle indulgents à l'excès dans noi jugements, parce que nous nous exagérerions notreignorance des vrais motifs et des conséquences des actioM humaines décrétées dans le for intérieur? Ou pluUH.et plus souvent, nous montrerions-nous durs, impitoyiblés, irréconciliables à jamais avec ceux que nous accuserions d'un manquement quelconque à la morale, autorisés que noius nous croirions à charger l'agent de la faute tout entière, sans en donner la moindre part aux conditions et circonstances externes qui n'ont pu rigoureusement la déterminer? En ce cas, la doctrine daranable de la damnation éternelle naîtrait de la croyance à la liberté, aussi bien qu'elle peut naître du dogme de la nécessité. Spinoza et saint Paul consentent que le méchant, nécessairement méchant, soit nécessairement élouflë ou damné ; à un autre point de vue, le délinquant, libre réceptacle du mal, sera-t-il librement et irrévocablement exclu par les bons du règne éternel du bien?

S'il en était ainsi, par la liberté comme par la nécessité, quoique sur des motifs tout contraires, la spéculation sortirait des voies de la raison pratique, du moins

impoisibiiitA d*on stst&ms moykm. 459

de cellBS qù'ayouent les honnêtes gens de nos jours, et pour arriver aux mêmes conséquences funestes. Il semblerait dès-lors qu'un parti moyen entre la liberté et la nécessité serait le plus utile, et le plus propre à dégager la morale. Mais un tel parti n'est tenable, s'il l'est, que pour le mystique, pour celui qui , sans s'arrêter à la contradiction, sape la science, ensuite n'établit rien de Mtet de compréhensible. La liberté et la nécessité ne E auraient être ni simultanément vraies, ni simultané- I jnent fausses, car, de deux choses l'une, ou les actes . • kmnains sont tous et totalement prédéterminés par leurs , eoDditions et antécédents, ou ils ne le sont pas tous et totalement. Le doute serait donc notre seule ressource: ' nais le doute ne nous tire point de peine quant à la morale : s'il est souvent légitime en face des théories, il est k mort de l'âme dans les choses pratiques et touchant toute croyance d'où dépend la conduite de la vie.

Analyser ces difficultés, les résoudre jusqu'aux der* Mrs détails, justifier la liberté par l'élude de la série des notions et des actes moraux , ne serait rien moins que composer incidemment un traité de morale. Mais nous pouvons en quelques mots aller au fond de la ques* tkm et en donner la solution générale.

Ce parti moyen entre la liberté et la nécessité, cette i^thèse qu'on regrette et qu'on s'efforce vainement de construire, la liberté bien définie et limitée, quoique maintenue en toute rigueur, la liberté qui la réfute la remplace. La liberté n'exige pas l'indétermination totale de certains futurs, même de ceux qui dépendent directoment d'elle; l'arbitraire des productions, l'absence

460 SENS ET LIMITES DE UL LIBBRTt.

d^origine motivée, la négation des relations antérieures, le yide de toutes lois diHerroinanles & Tenlour d'une classe de faits, tel n*est point le caractère des éïénements libres, (^uand de rares théologiens ou philosophes ont ainsi compris le type de la liberté, ils se perdaient dans la considi^ration du premier commencement et de l'absolu devenir, posés dans la volonté de je ne sais quel être, dont l'existence antérieure devait alors demeurer pouj eux sans fondement, quelques efforts quib pussent faire; mais la liberté humaine, si nette qu'ib l'aient conçue, ils en ont toujours subordonné ^exe^ cice h des conditions préexistantes et nécessaires. Toute autre conception eût été chimérique aux yeux mêmes de ces hommes qui ne craignaient pas la chimère, et qui l'ont bien prouvé.

Des exemples très simples nous feront comprendre comment des événements peuvent être frappés d'indétermination par le fait de la liberté, tandis que l'ordre et les lois du monde subsistent concurremment avec celle-ci, et l'enveloppent, l'enserrent de toutes parts sans l'affecter quant à son essence. Ainsi, un mouvement musculaire ccramence une série de mouvements locaui dans le monde extérieur : ces mouvements sont soumis aux lois générales de la mécanique, aux lois physiques telles que gravitation, frottement, etc., et se déterminent en mille manières selon des conditions et circonstances nécessairement données. Le mouvement musculaire lui- môme dépend nécessairement des lois de ^o^ ganisme, et pour sa forme, son intensité, etc., et tout

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