‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 164 sur 193 · DO BIEN, DD MAL ET DU PROCHES. G2I · texte numérisé non relu

DO BIEN, DD MAL ET DU PROCHES. G2I

tie, dès celte vie, Tnccord de la verlii et du bonheur, réclamé pnr la raison pratique, el qu'elle doit jeter les bases d'un double établissement moral de perfection idéale : dans rhumapité, son objet actuel, et dans la destinée cosmique indéfinie des personnes, son objet de tous les temps. Comment les déterminations de la liberté créent ou modifient Tes formes de Tévolulion de chacun de nous, c'est d'ailleurs ce qu'il n'est point nécessaire que nous sachions. Nous ne pouvons que saisir, dans les impressions que subissent nos organes actuels de la part de nos actes, de nos passions et de nos habitudes, quelques indices de la force plastique de la vie morale, et, par suite, des moyens qui rattachent i l'usage de la volonté les évolutions futures de l'organisme. Là commence l'ordre latent des phénomènes les plus intimes de l'existence. F^à s'ouvre pour la connaissance un abime, que les savants ont le tort de méconnaître souvent, et dans lequel l'instinct religieux a jeté pour le combler la grossière hypothèse des métempsycoses; la métaphysique raffinée, sa théorie anli-scien' tiDque de la spiritualité pure ; la théologie chrétienne, un miracle de la volonté de Dieu. Que la philosophie morale pose donc les principes et les fins nécessaires à l'harmonie des fonctions du monde et de la personnalité; Pour le surplus , qu'elle laisse faire aux sciences de l'organisation, qui donneront un jour leurs expériences ou leurs conjectures, et aux religions, qui, insatiables d'affirmation, poussent la croyance en tous sens, I Iftplus loin possible au-delà du savoir.

dîî DU MAL PHYSIQUE.

Je n*ai considéré que le bien moral et le mal moral, c'csUà-dire le bien et le mal que la liberté produit, ou qui en dérivent. Celle sorte de mal est en effet l'obstacle opposé essentiellement à Taccord du bonheur et de la vertu ; cette sorte de bien est le travail qui doit en procurer la réalisation future: et rimmortalité s'offre comme la condition et le postulat nécessaire de l'œuvre du progrès moral, la seule qui soit dans la dépendance entière des personnes.

Le mal appelé physique est autre chose, un obstadc au bonheur même, un empêchement au moins temporaire à la tendance commune des êtres sensibles. Il se manifeste par la douleur et les divers faits physiques de destruction ou de dépérissement des phénomènes vitaux, et se résume dans la mort. On n'a point & chercher pourquoi Tordre de la nature est assujéti à ces conditions de génération, d'assimilation, de renouvellement et de destruction qui ne sont après tout que les lois giV nérales sans lesquelles celle nature n'existerait pas : un tel problème impliquerait la détermination d'une cause absolument première, et par conséquent surpasse la connaissance. Mais on a à se demander comment Tordre de finalité qui régit souverainement les personnes, cl dont les personnes transportent au monde la notion universelle, comment cet ordre est compatible avec les dures lois de l'expérience, bornée au monde présent. On doute si la destruction est anéantisseitient, si tant de germes, d'organes, d'êtres accomplis disparaissent sans retour, accumulés dans le néant d'eux-mêmes et au profil de cet amoncellement sans nom et sans mémoire:

DU RfAL PHTSIQOK. G2;l

si la conscience, la science, les travaux, sans parler dos vertus et des sacrifices, loule cette vie humaine qui a coûté tant de peines et réalisé bien peu d'espérances est à jamais perdue chaque fois qu'un certain aggrogat se décompose; ou si d'autres lieux, d'autres temps, une autre expérience garantissent la continuation propre de chacune des œuvres ébauchées de la nature, afin que soient évités une inconcevable déperdition de moyens, de forces et d'existences, et l'anomalie non moins étrange d'une conscience qui vise à l'étemelle durée au sein de réternelle ruine. Alors l'hypothèse de l'immortalité se trouve encore une fois devant nous, non plus comme un postulat de la liberté, du devoir et du progrès moral, mais sous un point de vue moins particulier A f homme, celui-là même où nous nous étions placés tout d*abord en cherchant les conditions d'une loi générale de finalité supposée dans l'univers. L'existence d'une destinée des êtres, par delà les formes qui naissent et périssent présentement, est l'unique solution à notre portée du problème du mal physique. Il est vrai que celte solution est toute pratique et affecte un caractère de remède, pour ainsi dire, au lieu de prétendre à l'explication originaire ou à la justification apriorique de la nature. Mais nous partons de l'expérience , nous la supposons inévitablement, nous ne pouvons rendre compte de ce qui la précéderait.

En résumé, le bien et le mal moral, l'existence de la loi morale , étant posés en principe, d'une part, et, de Vautre, une loi générale de finalité étant admise comme partie essentielle de l'ordre du monde, on démontre la

Gli DE LA CROYANCE LA PLUS LARC.E EN LA DlYlNITfi.

iiéccssilé d'un progrès des personnes, duquel Timmurtcililé esl une condition.

f^ niai physique, réduit h ce qui serait sa forme absolue, la mort sans palingénésie, esl également nié en vertu de la considération générale des fins de la nature. F.e progrès véritable des êlres exige la perpétuité et le développement de leurs fonctions individuelles, et non pas seulement la production des uns par le sacrifice des autres.

El le mal physique, en cette essence relative où il parajt lui-même une loi du progrès : Timperfection et toutes ses formes, la douleur et les transformations douloureuses, la lutte et tous les phénomènes de la destruction actuelle, ce mal, qu'on pourrait appeler naturel, est inhérertt à la donnée même de la nalure. Sans pouvoir en scruter l'origine , nous sommes libres de croire qu'il forme un ensemble de moyens adaptés aux fins ultérieures des élres.

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