M0D£8 IRRÉDUCTIBLES DE LA SENSATION
certain nombre d'espèces de soi el de non soi des phénomènes. Ces espèces sont irréductibles, indéfinissables. Tout ce qu'elles ont de général, quant au soi, c'est la forme même de la conscience, avec des rapports de durée ; quant au non soi, l'extériorité, des rapports d'étendue : et le corps de l'animal est lui-m^.me localisé comme extérieur à sa conscience.
L'expérience parait en même temps que la sensation et comme le nom d'un seul et môme phénomène, mais sous sa forme la plus élémentaire, c'est-à-dire particulière et sans mélange de volonté.
Les espèces irréductibles de la sensation paraissent être les suivantes : 1" l'attouchement (choc, pression, froissement, selon le degré ou la succession des effets) ; â"" la phaleur (ouïe froid, ces modes étant relatifs); S"" le plaisir (ou la douleur) ; 4« la saveur; 5"* l'odeur; 6* la couleur ; T'ie son. Ils existent probablement tous, à quelque degré, chez tous les animaux, certainement pour les animaux supérieurs ; et, avec eux doit exister une opposition de soi à non soi, une conscience plus ou moins distincte.
Le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe correspondent à des organes particuliers du corps de l'animal ; le toucher et le sentiment de la chaleur^ semblent liés à un seul et même organe répandu, quoique inégalement, à la périphérie entière du corps (et toutefois il y a des chaleurs que la conscience ne rapporte à aucune partie de l'épiderme) ; le plaisir et la douleur sont très spécialement unis au toucher, se joignent aussi aux autres sensations
MODES ÎHRËDUCTIlïLBS OR LA SENSATION.
et enfin à des impressions physiques plus vagues i moins bien définies.
Par cela seul que tous ces modes de sentir impliquent une exfériorilé quelconque, on peut dire que lous
aussi sont fonr*'-^-tion y entrent* un peu moins dan exclusivement, i dans les a Itou i plus simultané la distance, la représentés ave<
A^ VAt^^A
ne. Les rapports de posi- \s l'odeur el dans le son, ils ne se témoignent pas •ent clairs el déterminés encore et sous un mode urs : c*est là surtout que ^uvementsont nettement nsible. A la notion d'é-
tendue se joint» pour le toucher, celle d'effort et de résistance [force mécanique) qui est incontestablement un élément du jugement de solidité. J'examinerai ailleurs si ces notions, relatives à ce qu'on appelle qualités premières des corps, peuvent se caractériser proprement comme sensations*
Quant au dur et au mou, au rude et au poli, qualités que Reid a prétendu se rapporter à des sensations distinctes, il est manifeste que nous en jugeons d'après une série de modifications de rallouchement, soit brusque, soit répété et prolongé en pression et en froissement; or une telle série n'est pas sentie en bloc et simplement; il y a expérience régulière à Taide du toucher; îe corps dur est celui qui résiste à leffort fait pour séparer ou comprimer ses parties, le poli permet à Tattouchement de glisser sans obstacle, etc. On voit que Tattouchement est ici Tunique élément, sensible original» mais il a ses degrés; le plaisir ou la douleur y
«àl^POETS PHTSIQDSS DE U SENSATION. 47
éDtrent souvent, et, d*autre p&rt, des jugements de figure et de résistance.
Telle est la sensation, vue en elle-même. L'imagination et la mémoire la reproduisent d'une certaine manière et y suppléent ; elle est en outre accompagnée ou suivie des phénomènes de la passion et de la volonté. Nous traiterons plus tard de ces choses.
L'étude des rapports des sensations avec les fonctions élémentaires, inorganiques, est du ressort de la physique. On ne sait rien sur le goût ni sur l'odorat, rien sur la chaleur ; les phénomènes lumineux sont rattachés savamment aux vibrations d'un milieu élastique dont l'existence n'est encore qu'une hypothèse; il n'y a d'exactement connues que les conditions extérieures de la production des sons. On peut regarder comme probable, cependant, que tous les phénomènes sensibles ont cela de commun de se rapporter à certains mouvements des corps externes, transmis par tel ou tel intermédiaire à l'organe ; des analogies le font croire ; mais surtout il est dans l'esprit de la science de supposer un ordre mécanique en rapport avec l'ordre sensible, et de travailler à en obtenir la vérification : les modes chimiques, qui jouent peut-être un rôle essentiel à l'égard des sensations du goût, doivent concorder euxmêmes avec certaines lois de figure et de mouvement des corps.
Quoiqu'il en soit, la solution complète du problème physique ou mécanique n'aurait i pas pour résultat de réduire la sensation à n'être qu'une espèce de mouve-^
48 UiPPORTS ORGANIQUES DE LA SENSATION.
veinonl : la diversil(3 radicale des deux ordres subsisterail toujours. Une réduction par voie de causalité s'appuierait, qu'on le voulût ou non, sur la métaphysique des entités, ou n'expliquerait rien, n'établirait rien audelà d'une loi de succession constante des phénomènes de genre diflférent, à l'un desquels ne saurait se rapporter séparément la force spécifique qui les lie.
Passons aux rapports de la sensation avec le système nerveux. Voici quels sont les faits essentiels :
l'' Existence de nerfs spécifiques pour les fonctions locomotives, d'une part, et pour la sensation, de Tautre ; parmi ces derniers, systèmes divers pour les sensations diverses, notamment pour l'odorat, la vue et l'ouïe :
2^ Existence d'un organe central, le cerveau, dont la présence est uno condition constante de la productioa des faits de conscience, et, par conséquent, des sensations comme telles (il faut joindre au cerveau la mooUc alongée, spécialement pour les impressions tactiles ) ;
3" Apparition d'une sensation à la suite de Texcitation d'un nerf : les excitations les plus variées correspondent, pour un mémo nerf, à une môme sensation ; et des sensations différentes correspondent à une môme excitation de nerfs différents ;
4** Sensation toujours rapportée par la conscience au mémo lieu, en quelque partie de son cours quft le nerf soit excilé. F.e lion ost la périphérie iJ^ corps.
YANITË DES EXPLICATIONS. 49
Ces dernières lois permellent d'exclure tout d^abord les systèmes anciennement accrédités, d'après lesquels la sensation consisterait en une sorte de propagation de formes ou qualités^ extérieurement existantes, jusqu'à un tensorium où elles tomberaient pour s'y témoigner représenta tivement; soit que la conscience même se trouvât constituée par la série de ces formes, aux divers instants, ou qu'on l'assimilât puérilement à un miroir animé. Il n'existe pas une sensation dont les éléments ne puissent apparaître sans objet extérieur et sous la seule donnée d'une certaine perturbation des nerfs. Je parle de l'état normal et de l'état de veille, et non pas méoie des hallucinations et des rêves, non de ces autres phénomènes qu'on pourrait appeler de sensibilité inverse, où les modifications sensibles procèdent des variations spontanées de la conscience. En se bornant à considérer la sensation proprement dite, on doit reconnaître que ses conditions indispensables sont Torganisme et la conscience , et que les modifications des corps et des milieux n'y interviennent qu'en tant qu'elles affectent le système nerveux dans les fonctions qui leur sont communes. Telle est même la véritable définition de V excitation des physiologistes.
On cherche à se rendre compte des propriétés des nerfs. Souvent il arrive alors qu'on en cherche le principe dans une fonction physique ; et l'électricité obtient la préférence. Il est possible que la sensation implique
l'existence d'un courant électrique dans le nerf conduc-
')0 YANITÊ DES KXPLlGÂTfONS.
leur, il est possible aussi qu'il n'en soil rien (on ignon la fonclion du courant récemment découvert entre 1( filet nerveux et le tube enveloppant] ; mais queh que soient les progrès réservés à la science» dans cd ordre d'explorations, le grand problème qu'on persistf à se poser ne sera jamais que reculé : Vintervalle qui sépare la sensation comme telle d'avec les fonctioiu physiques d'un appareil nerveux ne se comblera point; il faudra continuer à distinguer, autant qu'à unir ^eloi les faits, des phénomènes que ni l'espèce ni la caïuftlité ne permettent de réduire analytiquement les uni aux autres. En ce sens, aucun fluide nerveux n'expliquera la sensibilité.
Le môme genre d'illusions est à noter dans le^ fo^ mules qui définissent la sensation par une qualité ov un état propre des nerfs, état, qualité causés par lei lois générales externes, et transmis à la conscience. Ni celte transmission, ni cette cause ne sont claires et positives. S'agit-il de fonctions physiques ou spécialement organiques, on peut, on doit se proposer de les déte^ miner, ce qu'un énoncé vague no fait point. Il en ait de même de la qualité ou de Vétat propre. Si done h formule signifie seulement que l'état quelconque à» nerfs, et les fonctions extérieures, et la conscience sont choses liées dans la sensation, elle est vaine autant que vraie; si, au contraire, on droit expliquer les phéno* mènes avec des termes généraux tels que qualité, pNl^ priété , cause , transmission , ces termes servissenirill mf^nio à lier des fonctions également connues [met-
TAfflTË DSS EXPLICATIONS. 51
qui seraient toujours essentiellement diverses), on se perd dans la métaphysique de la substance et des causes substantielles.
À côté des lois physiques ou chimiques, encore inconnues, dont les variations dans les appareils nerveux doivent correspondre aux espèces de la sensation, on suppose aussi quelquefois des force$ ou énergies $pé^ tialet des nerfs. S'il s'agissait ici d'une fonction organique à rechercher, intermédiaire de la conscience et des lois externes, la question serait légitime. Le système nerveux peut bien avoir des propriétés vitales, à la manière des autres organes, et d'une portée plus décisive pour les fins de l'organisme. Mais un physiologiste ne devrait pas apporter, pour l'explication d'un phénomène, un principe tout exprès et qui n'a qu'une valeur nominale : attribuer aux nerfs des énergies proprement sensorielles, des qualités dites vitales et cependant dé^ finies par de véritables sensations, couleurs, sons, etc., c'est confondre les fonctions, c'est envisager une chose dans une autre, la conscience dans le nerf, et encore une fois revenir à la fiction des substances. L'énergie ou fonction spéciale des nerfs, quelle qu'elle soit, et la conscience, sont choses qui s'ignorent mutuellement , et entre lesquelles une loi, une harmonie est donnée. De même que, sur un théâtre inférieur, les molécules organiques obéissent aux lois de leur vie propre, et ignorent les organes qui résultent de leurs communs eflforts, et que, à son tour, l'organisme tout entier fonctionne, et ne possède point la représentation des rapports dont son unité se compose ; ainsi l'organisme n'a
52 OUESTIOX DU SRNSUUIUM COMMUNE.
pas la coiiscionre des sensations, el cette conscience d sY'lend pas davantage aux lois correspondantes de Toi
Passons à la question du sensorium et deTorgaii central. Un iensorium peut s'entendre en deux sens ou ce mot désigne une partie de l'organisme, spéciale ment nécessaire pour que des phénomènes sensible se produisent ; ou il s applique au sens commun pri en lui-même, c'est-à-dire à une synthèse active des seu salions. Toute autre signification est imaginaire. Orl sens commun est la conscience même, avec la mémoire avec tous les phénomènes dont elle est le lien ; et il a'; a point là d'autre problème. Quant aux organes ou par lies d'organes indispensables pour la sensation, il ap parlient à la biologie de les déterminer : tout indiqu que la question est complexe et qu'on doit dislinguei sous ce rapport, entre les sensations de différente ai pècc. Dès-lors il n'existe pas de sensorium.
F.a conscience, comme conscience, n'a pas de lia quoique les rapports par lesquels elle se détermil soient liés directement ou indirectement à des lois d position. Si l'on persiste à lui assigner un siège, quei soit du moins dans l'acception positive et définie qi Texpérience autorise, et sans fixer de position prop à des phénomènes qui n'en ont aucune quand on II considère abstractivement et pour eux-mêmes. On pai (lire aussi :1e représentatif et le représenté sontini parables de la représentation où ils s'unissent, et, soi m point de vur», laissant de côté et les distinctions Iqf