‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 6 sur 193 · FORMULAIRE DU PREMIER ESSAI. XIII · texte numérisé non relu

FORMULAIRE DU PREMIER ESSAI. XIII

fait être des choses et des consciences autres qu'elle-même. Dans ce cas, il faut concevoir cette conscience indépendamment de la création -, mais on n'y parvient que par des abstractions, telles que Tétre, la puissance, la pensée, etc., sans détermination aucune; ou par des contradictions, comme l'infinité actuelle , rimmutabililé dans le changement , etc. Il faut concevoir Tacte créateur; mais on n'arrive d'aucune manière à se représenter comment la représentation peut faire qu'une représentation autre soit^ ni comment la conscience première et unique peut tout à la fois continuer à être le tout, ayant toute puissance et toute science, et cesser de l'être en se trouvant en rapport avec d'autres choses et avec d'autres consciences. 11 faut concevoir la relation de la conscience créatrice avec le monde créé. Mais si l'on regarde le monde, les êtres, et en particulier les êtres libres, comme n'opposant point une vraie limite au créateur, on met à néant toutes ces choses, et entre autres la conscience humaine, la seule qui soit positivement connue. Si au contraire on reconnaît une vraie limite, on sort de l'hypothèse, et on n'obtient plus la synthèse totale dans une conscience unique. Enfin la considération des possibles de tout genre et des phénomènes à venir est un dernier et insurmontable obstacle à la constitution de la synthèse totale, parce que la connaissance actuelle de tous ces possibles doit être refusée à la conscience , et alors elle cesse d'envelopper le monde ; ou doit lui être accordée, et on tombe dans la contradiction de l'infini actuel.

L'hypothèse d'une pluralité primitive de consciences distinctes dans le monde est donc la seule rationnelle, et la donnée des consciences actuelles la vérifie. A cela , d'ailleurs , point d'explication possible. Nous avons donc ici^ sôus la catégorie de personnalité comme sous les autres, une synthèse de fait, qui résulte des rapports actuellement posés. Mais la science ne sau-

XIV foumula;re du premier essai.

rail faire le dénombrement ni composer la somme. La détermination de la synlhèse totale n'est pas possible non plus à priori sous ce point de vue. Soit que nous supposions les consciences premières dans une sorte d'égalité, soit que nous les subordonnions hiérarchiquement à Tune d'elles , nous ne pouvons déterminer la nature et les limites de leurs rapports, ni leurs actions, ni leurs fins, de manière à en former un système unique; ni décider si tous les phénomènes futurs sont dans la dépendance des premières données^ ou du moins des existences présentes, ou si Tavenir est ouvert à l'apparition de phénomènes encore indéterminés. Dans celte dernière hypothèse, non-seulement la construction synthétique est impossible, niais la synthèse même varierait, et le projet de la fixer serait absurde.

Les bornes de la connaissance ainsi reconnues, deux choses restent intactes : ce sont d'abord les croyances qui , sans prétendre les dépasser en s'obslinant dans Taffirmation d'objets que la raison a déclarés contradictoires, demeurent libres de s*étendre au-delà et bien loin de ce que l'analyse peut ou pourra jamais atteindre. Le champ est vaste des phénomènes et des êtres inconnus , ou latents ou futurs , et des lois soustraites i Texpérience présente, dont l'homme peut avoir la foi sans faire œuvre de science. C'est ensuite la science elle-même, ou plutôt la critique et ce qu'on nomme la philosophie^ si, renonçant aux problèmes insolubles, elle s'attache à des questions encore très générales, mais intelligibles, qui intéressent au plus haut degré l'humanité, et si elle peut découvrir une méthode propre à les traiter à la satisfaction de la conscience.

Ces questions portent principalement sur la perpétuité identique des personnes dans le monde, sur les destinées individuelles, sur la réalité du libre arbitre, sur les fondements de la

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