‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 73 sur 79 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

communications et pour la société possible de tous les habitants du monde ;

Les fins de la vie placées dans la vie même, indéfiniment prolongée, et dans les relations mutuelles des personnes, et dans leur perfectionnement propre, moral, rationnel, organique, en harmonie avec les évolutions physiques des milieux;

La fin dernière et absolue formellement repoussée, puisque sa possession, aussi bien que la dépendance à l'égard d'une cause absolue première, supposerait l'entière absorption des fonctions individuelles ;

Les destinées régies en partie par des lois inéluctables, en partie déterminées, sous ces lois, par les actes libres des agents moraux, qui deviennent ainsi et de plus en plus les auteurs, les créateurs de ce qu'ils sont:

La liberté de la foi, le respect mutuel des consciences dans la société humaine, à cause des rapports divers que l'esprit religieux peut se représenter entre la vie présente et la vie future, entre les êtres connus et ceux dont la croyance peuple les voies célestes du temps et de l'espace ;

Par le seul cITet d'une division naturelle des cultes spontanés, la raison commune de l'humanité, les sciences, les arts, laissés sans crainte ni scandale à l'élaboration de leurs méthodes et de leurs (ruvrcs ;

Enfin l'autorité sacerdotale réduite à ce qu'elle peut être lorsque des religions diverses étant en exercice, une seule est et doit être proscrite, celle qui vise à la théocratie, c'est-à-dire, à la destruction des autres et à l'anéantissement de la liberté sauvegarde universelle.

La conception politique de la monarchie, dont je citerai ici l'auteur du Léviatlian comme le coryphée le plus intelligent et le plus sincère, reconnaît pour mobile principal, et pour ainsi dire unique, le Repos; tandis que l'idéal démocratique est le juste objet de l'aspiration de tous les hommes qui placent avant leur tranquillité

propre, avant la paix publique, fût-elle véritable et assurée, une fin plus digne, le libre et plein développement des facultés humaines en société.

De même, le gouvernement du monde par l'unité divine est le choix des âmes portées à l'inaction, et désireuses de voir tout se faire sans elles, pendant qu'elles contemplent ou qu'elles adorent. Il faut y joindre le chœur nombreux des désabusés, des désenchantés, et de ceux qui, blessés par le monde, croient n'aimer plus rien du monde, ou se réfugient dans le rêve d'une souveraine perfection qui le régirait seule, en dépit des apparences contraires, n'exigeant d'eux que soumission à ses incompréhensibles décrets. Je ne parle pas de ces esprits d'une trempe bien différente, dont l'ambition et l'activité se donnent carrière en se chargeant de faire pour les autres ce que ceux-ci refusent de faire pour eux-mêmes : diriger leur conduite et décider de leurs croyances. Il est en effet très grand, surtout aux époques de confusion intellectuelle, le nombre des hommes qui cherchent à éluder la responsabilité morale de leurs sentiments et de leurs actes. Les sacerdoces ont coutume de s'offrir comme des institutions de secours pour la faiblesse humaine. Mais ils poussent la protection des faibles jusqu'à leur permettre et puis à leur conseiller l'abdication de la conscience. En la recommandant, comment ne l'exploiteraient-ils pas.^^

Si tels sont les sentiments qui produisent ou favorisent la doctrine de Y autocratie céleste, au contraire, le système moral et politique du monde qui tend à se définir comme un gouvernement des êtres par eux-mêmes, à des degrés divers, sous des lois générales tant de la conscience que de la nature, et acception faite de ce qu'on peut connaître ou supposer des influences mutuelles de ces êtres, ce système engendre nécessairement des religions de liberté, des doctrines d'action, de dignité morale et d'exaltation de la personnalité.

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