‹ Essais de critique généraleChapitre 132 sur 139 · IV. modalité* — « Intégralité absolue de la dé · texte numérisé non relu

IV. modalité* — « Intégralité absolue de la dé

pendance de l'existence du variable dans le phénomène* »

Thèse. — « Au monde sensible se rapporte quelque chose qui , comme certaine partie de ce monde, et comme certaine cause, est d'une nature absolument nécessaire. » Preuve tirée de la série du temps, qui implique pour nous la série des changements, lesquels ont tous successivement leurs conditions et réclament finalement l'existence d'un inconditionné absolu ou absolument nécessaire qui se rapporte au monde sensible; car s'il était situé hors du temps et des phénomènes, il ne saurait commencer la série des changements, ou s'il la commençait, en cela il appartiendrait au temps et aux phénomènes, attendu que tout commencement suppose un temps où ce qui commence n'était pas, mais où était la condition suprême de ce commencement. Maintenant cet inconditionné ou nécessaire est donc la série cosmique ou unç,de ses parties.

Antithèse. — « II n'existe nulle part dénature absolument nécessaire, ni dans le monde, m hors du monde, qui en soit la cause ; » 1° dans le monde: il faudrait que le commencement de la série des changements fût absolument nécessaire, c'est-à-dire sans cause, ce qui est contraire à la loi de causalité; ou que la série n'eût pas de commencement, et qu'alors elle fût nécessaire et inconditionnée dans le tout, tandis qu'elle serait contingente et conditionnée dans toutes ses parties, ce qui est contradictoire, 2° hors du monde: par son action première, la cause se place-

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rait dans le temps et paraîtrait comme premier terme de la série des causes et des phénomènes , et par conséquent dans le monde, ce qui contredit Hypothèse.

[Remarque : Celte antinomie est obscure et, autant qu'on la comprend, attaquable sur tous les points. Inconditionné et nécessaire ne sont point synonymes, car le conditionné peut bien être nécessaire; Y absolument nécessaire peut aussi être conditionné en soi et par rapport à ses développements ; V inconditionné absolu ne représente rien et n'a aucune espèce de sens. La thèse est vraie, mais seulement tout autant qu on en réduit la signification à celle de la troisième antinomie relative à un premier commencement. L'antithèse est fausse, au même point de vue, en ce qu'elle étend les lois données de l'expérience à cela qui, par hypothèse, commence l'expérience et rend ses lois possibles, Kant ne paraît pas avoir suffisamment distingué entre les diverses hypothèses qui prétendent à l'explication du monde (voy. p. 315).]

Toutes ces antinomies roulent sur l'opposition fondamentale de l'absolu et du relatif, de l'inconditionné et du conditionné. Il suffit donc pour les résoudre de constater que l'absolu n'appartient pas à la représentation, ou du moins ne s'y trouve que comme négation pure et qui n'établit rien. Avec l'absolu disparaissent l'infini et la substance, autres noms de la même chimère. On reconnaît alors que des deux propositions antinomiques convenablementénoncées.runc se prouve par le principe de contradiction et est vraie, l'autre prétend se prouver par les lois de l'expérience éten-

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dues au delà de l'expérience possible, et est fausse. L argumentation de Kant met en balance une proposition contradictoire avec une proposition simplement incompréhensible, et dont le contraire est contradictoire.

Ainsi la question des limites dé temps et d'espace du monde est résolue dès que Ton se refuse à appliquer la durée et l'étendue effectives autrement que comme rapports intérieurs des phénomènes donnés : il n'y a point alors absurdité, mais bien nécessité logique d'affirmer que la somme de ces rapports est donnée et déterminée avec eux.

La question de la composition est au fond la même que la précédente. Seulement on passe du sens progressifs sens régressif de la sommation. Or la division des phénomènes est indéfinie dans la représentation en puissance, limitée dans la représentation de fait. Que cette division porte sur autre chose que des rapports, s'applique à ce qui n'est point phénomène, c'est d'ailleurs ce qu'il est impossible de concevoir.

La question du premier commencement est résolue avec celle de la limite de temps, et par l'exclusion de l'infini. 11 faut la poser d'abord sur le devenir et non sur la causalité. On voit ensuite aisément que la cause étant un rapport de deux termes successifs, il y a contradiction à demander la cause du terme qui n'a point de précédents.

La question du terme nécessaire n'existe pas même, après ce qui précède : dire d'un premier terme qui est ou a été, qu'il est ou fut nécessaire, ce n est rien de

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plus que répéter en appuyant qu'il est ou a été; car on n'a ni une cause à invoquer ni une condition extérieure à fixer pour la détermination de son existence. Mais une fonction logique de la représentation le pose, quel qu'il soit ou qu'il ait été.

Nous devons nous rappeler maintenant que le système des antinomies de Kant, tout réglé qu'il est par sa méthode, n'a d'autre objet que de nous montrer le dogmatisme transcendant aux prises avec lui-même. Ce n'est pas Kant qui parle, c'est la raison pure de vingt-quatre siècles de philosophie. Que dit à son tour la raison critique sous forme d'idéalisme transcendantal ?

« Les deux partis se disputent pour rien; une certaine apparence transcendantale leur a figuré une réalité où il n'y en a aucune.... L'opposition est purement dialectique. Comme le monde n'existe point du tout en soi, alors il n'existe ni comme un tout infini en soi, ni comme un tout fini en soi... On a appliqué l'idée de la totalité absolue, qui ne vaut que comme une condition des choses en elles-mêmes, à des phénomènes qui n'existent absolument que dans la représentation.... Cette antinomie peut servir à démontrer l'idéalité transcendantale des phénomènes par le dilemme suivant : Si le monde est un tout existant en soi, il est ou fini ou infini ; or il n'est ai infini (thèse), ni fini (antithèse) ; donc le monde ou ensemble des phénomènes n'existe pas en soi. »

Telle est la conclusion de Kant. En quoi l'idéalisme tiansceadantal difÊère-t-il de l'autre idéalisme? U«e-

rait difficile de le dire, et des gens très clairvoyants ne l'ont pas vu. Examinons cependant cette étrange solution, étrange surtout dans la bouche de celui qui se dispose à restaurer tout à l'heure au nom de la raison pratique les mêmes entités transcendantes qu'il vient de pulvériser au nom de la raison théorétique, et qui ne sont pour lui que des apparences contradictoires.

Le monde n'existe point du tout en soi, dit-il. Il est vrai que nous ne connaissons rien en soi, que rien n'est en soidecequi est dans la représentation /maisalors c'est précisément sur la représentation que nous avons à prononcer ; c'est sur le monde tel qu'il est dans la représentation, et sur les questions qui s'y rattachent, et sont en elle aussi, que nous devons porter un jugement. Procéder autrement, c'est au contraire admettre la chimère d'une chose en soi, laquelle n'aurait nul rapport au monde qui nous est représenté, et ne voir en celui-ci que matière à illusions. Or tel est bien le caractère de l'idéalisme. Une chose en soif affirmée ou niée, et dont on ne peut rien dire quand on ne la nie pas, ne change rien à ce résultat : le réaliste, en parlant du monde représenté, parle du monde qu'il connaît et qui le louche; mais l'idéaliste distingue entre la réalité et 1 apparence de ce monde; il nie la première, ou la cherche ailleurs et ne la trouve pas.

« Le monde n'existe ni comme un tout infini en soi, ni comme un tout fini en soi. » La question est de savoir s'il existe comme un tout infini représenté ou comme un tout fini représenté. « On applique l'idée de la totalité

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absolue, qui ne vaut que comme une condition des choses en elles-mêmes, à des phénomènes qui n'existent absolument que dans la représentation. » Mais cette idée de totalité, si elle ne s'applique pas dans la représentation, qu'estrelleet d'où vient-elle? Et comment savons-nous qu elle vaut comme une condition de ces choses en elles-mêmes dont il est impossible de rien savoir? Celte idée est dans la représentation tout comme celle du monde auquel elle s'applique. El si une contradiction en résulte, serons-nous bien avancés parce que nous dirons que cette contradiction porte sur le monde représenté, à la vérité nécessaire et unique pour nous, non sur le monde en soi qui répugne à toute attribution et à la connaissance quelconque.

Je crois avoir démontré que l'intégralité du monde n'implique pas contradiction, et que toutes les fonctions logiques sont d'accord quand on les dirige avec exactitude et rigueur, sans s'arrêter aux idoles métaphysiques et aux divisions de l'ancienne psychologie. La conclusion de Kantdoit se corriger ainsi : Du monde en soi, qui ne serait point ou n'aurait pas été dans la représentation quelconque, il n'y a rien à dire; or le monde qui est ou fut donné par des rapports, dans la représentation quelconque, n'est pas un tout infini, parce qu'il y a contradiction à ce qu'un infini soit donné, et forme un tout ; ce monde est donc un tout fini; et, en soutenant le contraire, on applique aux phénomènes, comme donnés, l'idée d'une multiplication indéfinie, qui ne vaut que comme condition des phénomènes possibles, posés tels et en général dans la représentation actuelle.

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Deux philosophes se sont particulièrement attachés à réformer ou à compléter la série des antinomies kantiennes : Hegel et Herbart. Le premier les a fondues dans le vaste organisme de sa logique, où elles sont défigurées plutôt que résolues : car il ne faut pas confondre une synthèse de deux termes contraires avec le système de deux propositions contradictoires. La synthèse du fini et de l'infini d'Hegel, peu intelligible en elle-même, n'est nullement propre à faire disparaître ces sortes de propositions. Herbart, au contraire, a développé les antinomies dans le vrai sens et avec une grande lue; dite; peu s'en faut qu'il n'en aperçoive la solution générale, mais enfin la force de l'exemple et des traditions l'arrête court, et il rétablit péniblement la chimère des philosophes, le foyer de toutes les contradictions, la substance, une, simple et absolue.

Rant n'a point eu de successeurs. En accordant une attention toute spéciale à son système d'antinomies qui est le premier de tous et le plus connu, encore debout, j'ai payé ma dette à l'initiateur de la philosophie critique, et saisi l'occasion d'exposer une fois de plus, sur un grand exemple, la seule méthode exacte et la seule possible désormais.

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