‹ Essais de critique généraleChapitre 23 sur 139 · PREUVE QUART A LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

PREUVE QUART A LA MATIÈRE

l'espace et du temps. Les parties de la matière sont en nombre infini , nombre qui n'est pas nombre, ce qui est contradictoire.

( Comme l'absurdité est ici très sensible à cause de la facilité que nous avons à nous représenter des parties effectives de la matière, je confirmerai , en passant, ce que j'ai dit ci-dessus de l'espace par une simple remarque : c'est que la matière diffère principalement de l'espace par la résistance ou l'impénétrabilité ; or, cette propriété donne bien un corps aux parties de l'espace, mais elle ne les fait pas être en tant que parties ; donc l'argumentation qui portait sur le nombre des parties de l'espace est aussi probante que celle qui porte en ce moment sur le nombre des parties de la matière . )

Si , au contraire, on admet des atomes, il est certain qu'on échappe à la difficulté tirée de l'infini, si, d'ailleurs, le nombre des atomes est borné. Mais alors, il s'en présente un autre.

En effet, les parties effectives et dernières des corps ne peuvent se soustraire quant à la représentation, à ces mêmes conditions d'étendue, de figure et de divisibilité qui s'appliquent à leurs ensembles. Les atomes sont dans retendue et ils sont étendus, sans quoi on composerait, ce qui est absurde, une matière étendue avec des éléments qui ne le sont pas. Or, le propre du représenté dans l'espace est de diviser l'espace, et le propre de l'espace est de renfermer, de mesurer en quelque sorte la divisibilité de ce qui est représenté en lui. L'atome, tout insécable qu'on le

pose, est donc représenté divisible, de cela seul qu'il est représenté étendu. Dope enfin, si la chose en soi est ici conforme à la représentation, l'atome a des parties effectives, actuelles, quoique non divisées, et ces parties en contiennent d'autres, et nous arrivons à celte propriété impossible de la composition infinie qui nous a déjà fait rejeter l'espace «l le temps comme choses en soi.

La solidité attribuée à la matière ne modifie en rien ce résultat. Au contraire, elle le rend plus ma*nifeste, en ce que l'étendue solidifiée est une étendue dont la composition s'est déterminée d'une manière invariable.

§xi.

Suite. — Preuve quant au mouvement.

Le temps , l'espace et la matière , pris pour choses en soi , se composent d'un nombre sans nombre de parties ; tel serait le sens de la continuité de la quantité. Cette vérité ( vérité si l'existence de la chose en soi en est une), nous l'avons démontrée en nous fondant sur le principe de conformité du représenté avec la chose. On peut s'en assurer par une simple réduction à l'absurde : admettons , en effet , que le temps, l'espace et la matière se résolvent en premiers et derniers éléments dont la répétition en nombre déterminé les constitue ; ces éléments ne sont ni temps, ni espace, ni matière puisqu'ils ne sont pas divisibles; en d'autres termes , ils ont pour mesure à la rigueur

Page 1