‹ Essais de critique généraleChapitre 24 sur 139 · PREUVE QUANT AU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREUVE QUANT AU MOUVEMENT

zéro temps, zéro espace, zéro matière; donc, dans notre hypothèse, une chose qui est quantité se composerait par la réunion de choses qui ne sont point quantité, et plusieurs néants formeraient un nombre concret, ce qui est inintelligible quelque grand que soit ce nombre de néants.

L'existence en soi du continu est absurde à son tour et par la même raison, car le continu nous est représenté comme composé et tout composé en soi exige corrélativement des éléments en soi. Or, que peuvent être ces éléments en soi , dans l'étendue par exemple? Des étendues? Ce ne sont pas là les éléments cherchés, et d'ailleurs, un nombre sans nombre d'étendues égales, si petites soient-elles, ne peut jamais produire une étendue déterminée. Des zéros d'étendue? Alors retendue se compose d'un nombre sans nombre de zéros d'étendue , ce qui est doublement inintelligible.

La considération du mouvement achèvera de mettre en évidence l'impossibilité du continu en soi. Le mouvement nous est représenté, en effet, comme une application successive de quelque portion de matière aux parties juxtaposées de l'espace. Nulle difficulté quant à la représentation, parce que les étendues parcourues et les durées écoulées , en tant que représentées, sont toujours mesurables, toujours déterminées par comparaison à d'autres durées, à d'autres étendues également représentées. Mais il en est tout autrement si l'on fait du temps un continu en soi, de l'espace un continu en soi. On se demandera comment

un nombre sans nombre de parties d'étendue peuvent être parcourues en fait et un nombre sans nombre de parties de durée s'écouler en Sait. A cette question indiscrète les partisans de la chose en soi n'ont jamais répondu. Il y a contradiction dans les termes.

On voit que je parle de l'espace et du temps relativement au nombre : de l'un , comme simplement parcou rable (sans parler d'aucun rapport au temps) et de l'autre, comme s'écoulant simplement (sans aucun rapport à l'espace). Ce n'est donc pas résoudre la difficulté, mais c'est ne la pas comprendre , que de faire aux prétendus sophismes de Zenon d'Êlée cette réponse banale : Le temps se divise indéfiniment dans le même rapport que l'espace, en sorte qu'une étendue finie, même avec ses parties considérées à l'infini, peut être effectivement parcourue dans une durée finie, dont les parties suivent la même loi. Encore une fois , la question porte séparément sur l'espace et le temps, ces choses en soi continues et composées, infinis actuels qui forment des tous finis, nombres sans nombre qui se comptent , qui sont comptés ; et l'inintelligibilité du temps en soi ne remédie pas à celle de l'espace en soi.

La contradiction que Zenon exposa dans ses mythes ingénieux peut donc se réduire à ces termes très simples : l'infini est fini , l'indéterminé est déterminé, ce qui n'est pas nombre se compte; plus vulgairement l'inépuisable s'épuise.

En résumé , si le mouvement pour être en soi exige le temps en soi et l'espace en soi tous deux

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