LE FÉTICHISME EN PHILOSOPHIE
pour ce qu'elle est, on touche le bois qui est ver-* moulu, et lorsque enfin , elle tombe en poussière, il se trouve que rien n'est changé autour d'elle ; chaque chose a conservé sa place et son nom, il ne s'est point fait de vide dans la réalité.
L'esprit comme le cœur a ses idoles. L'idolâtrie dé la pensée, l'idolâtrie de la matière, l'idolâtrie du temps, l'idolâtrie de l'espace, l'idolâtrie de la substance qui a volonté les contient toutes, composent le fond légèrement varié d'une religion à l'usage des philosophes, religion primitive assez comparable au fétichisme des peuples en enfance; et presque toute la philosophie n'est que idolologie. Sans doute, on ne peut sans quelque trouble se sentir conduit par la logique à rejeter un espace en soi , une matière en soi ; car l'autorité de la coutume est grande. Mais on se rassure en songeant que les motifs d'affirmer ces sortes de substances sont les mêmes qui ont fait aux uns , poser des idées en soi, aux autres, des forces pures, à ceux-ci , des monades, à ceux-là , des atomes, et puis, des qualités réelles, des espèces intentionnelles, des formes substantielles , des formes plastiques, et des âmes au nombre de trois ou quatre espèces. On se rassure surtout lorsque après avoir banni la méthode idolologique, on voit les éléments naturels de la science, apparaître et se classer d'euxmêmes.