PRINCIPE DU RELATIF
sans supprimer leur sujet commun. Qu'est-ce que l'idée de grandeur et dans un autre genre, qu'est-ce que l'idée du bien indépendamment des phénomènes, déjà composés, au classement desquels ces idées président? Qu'est-ce que la cause à part des faits d'activité et 4e la conscience appliquée à ces faits? Qu'est-ce que Y être, cette idée générale entre toutes, sans les attributs et modes de l'être, en un mot, sans une série de phénomènes ?
En rejetant la chose en soi , la substance, nous avons aussi et par là môme rejeté Y un pur, Y absolu et le simple ; et toute notre démonstration pouvait se résumer en deux mots qui s'appliquent ici : Ce n'est jamais qu'en posant des relations qu'on arrive à défi* nir cette chose même qu'ensuite on affirme contradictoirement n'être point relative.
On vient de voir que la thèse du relatif est claire, appliquée aux phénomènes. Si nous envisageons ceux-ci dans l'espace et dans le temps, ils sont relatifs et composés ; si nous les prenons dans la pensée , ils peuvent encore se trouver définis par des rapports du même genre, et si enfin nous éloignons ces rapports, il nous reste des idées relatives à d'autres idées, des facultés relatives à d'autres facultés et à des objets divers. Qu'est-ce que penser, sinon, poser des relations; vouloir, désirer, sentir, si ce n'est en faire, en supposer et en être?
Mais tout rapport a ses termes. Si les termes sont composés, sont des rapports, devons-nous donc aller à l'infini de relation en relation? La composition est
circulaire, et, sans jamais nous conduire à l'absolu ment ]
simple, elle a ses bornes pourtant. L'analyse s'arrête ;
à certaines synthèses irréductibles et, par exemple, à ,
des termes corrélatifs , comme le multiple et Y un , la partie et le tout, le simple et le composé (puisque ces derniers termes eux-mêmes ont un sens clair et acceptable , quand on ne prétend pas les poser hors de la corrélation qui les détermine). Enfin les synthèses premières rayonnent en plusieurs directions, les unes sur les autres et vers les sujets particuliers qu'elles embrassent : le système général de leurs rapports est celui des éléments abstraits de la connaissance. Tout ceci sera développé plus tard.
Il ne faut pas objecter que tout rapport, impliquant des termes , implique par là quelque chose qui n'est point relatif; tout au contraire, les termes ne sont intelligibles que dans leurs rapports. Et il ne faut pas dire que le relatif suppose l'absolu et le démontre, car, l'absolu lui-même, n'est que le corrélatif dii relatif. Ces deux termes sont la négation l'un de l'autre et tous deux se conçoivent eu égard à des rapports qu'on peut affirmer ou nier. Abstraits et généraux, ils s'opposent comme l'affirmation et la négation en général, comme l'être et le néant des partisans de la substance. Ceux-ci pensent-ils que l'existence de l'être entraîne V existence du néant?
Je conclus i Les phénomènes sont simples et composés, mais seulement les uns par rapport aux autres ; enveloppants et enveloppés mutuellement, ils s'en chaînent et se déroulent, selon de certains ordres; rien
ne nous est donné que par synthèse et rien ne nous est éclairci que par analyse. Je conclus encore : Tout est relatif pour la connaissance. Tout est relatif, ce grand mot du scepticisme , ce dernier mot de la philosophie de l'antiquité, est le premier de la méthode, et par conséquent de la science dont il trace la voie hors du domaine des ombres.
C'est pour n'avoir pas connu ce principe ou en avoir manqué l'application que les plus fortes écoles de la Grèce , se sont vues arrêtées par des difficultés très simples. Le génie de l'analyse s'est tourné contre lui* même, et les mêmes hommes qui nous ont laissé des chefs-d'œuvre de dialectique (la philosophie depuis n'a que balbutié) ont épuisé tous leurs efforts contre de ridicules sophismes. Nous qui méprisons les argumentations captieuses au point de les tenir pour réfutées, sans prendre seulement la peine de les étudier, nous oublions trop souvent le principe qui en rend la solution aisée.