‹ Essais de critique généraleChapitre 43 sur 139 · ORDRE REPRÉSENTÉ · texte numérisé non relu

ORDRE REPRÉSENTÉ

effets. Le phénomène appelé dès lors gravité se lie invariablement aux divers ensembles de phénomènes appelés corps : la loi se généralise.

Je construis le baromètre et j'apprends que les fluides aériformes sont, à l'égard de la gravité, des corps comme les autres : la loi se généralise encore, grâce à l'intervention du raisonnement qui la rapproche de certaines autres lois connues.

Je prends des corps qui tombent dans l'air avec des vitesses inégales et je les soumets à l'action de la gravité dans un tube, d'où j'ai retiré l'air; je les vois alors sensiblement précipités dans le même temps- Toutes les parties des corps quelconques reçoivent de la gravité la même impulsion , lorsque rien ne fait obstacle à leur chute : autre loi , développement de la précédente.

J'observe la direction de la gravité en divers lieux de la terre et je la trouve partout perpendiculaire à la surface des eaux tranquilles. Les mouvements dus à la pesanteur aboutissent tous au centre du globe que je sais d'ailleurs être à peu près sphérique : nouveau développement de la loi.

Je mesure la vitesse de la chute des graves et je reconnais que le corps qui tombe librement, parcourt un espace trois fois plus grand durant le second temps de sa chute que durant le premier qui lui est égal , et puis cinq fois, sept fois, neuf fois, etc., plus grand durant des temps égaux consécutifs. Les vitesses croissent donc proportionnellement aux temps écoulés, et les espaces parcourus, comptés de l'origine, crois-

sent proportionnellement aux carrés de ces mêmes temps.

Je connais d'ailleurs des lois de figure et de mouvement observées dans les révolutions de certains astres. Je rapproche ces lois de celle de la chute des graves qui modifiée selon les masses et les distances des corps en présence, et étendue au soleil , aux planètes, aux comètes, et par induction jusqu'aux étoiles fixes, devient enfin aussi vaste que la nature.

Ainsi se fait la science, sans quitter les phénomènes, autant du moins que le permet l'expérience et que l'induction peut s'éviter. Quant aux forces qu'on fait intervenir dans renoncé ordinaire des lois du système du monde , la considération n'en est point indispensable; on les remplace aisément par leurs effets qui seuls nous sont connus. Au plus haut degré de cette échelle de généralisation des phénomènes, la loi , c'est-à-dire, selon ma définition , le phénomène constant représenté comme l'ensemble des rapports des autres phénomènes y peut se formuler de la manière suivante.

Tous les éléments des corps placés à des distances sensibles ont , les uns par rapport aux autres , un mouvement dit de gravitation, qui considéré à part de tout autre mouvement , modifie leurs positions relatives de tells sorte que si deux quelconques d'entre eux existaient seuls, chacun s'avancerait vers l'autre avec une vitesse proportionnelle à la masse de celui* ci, et qui croîtrait continuellement en raison de la décroissance des carrés de leur distance mutuelle.

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