QUANT AUX PHÉNOMÈNES REPRÉSENTATIFS
il n'y a sensation , pensée, affection, volonté que s'il y a corps, et particulièrement corps organisé, et les notions d'espace et de temps sont formellement essentielles à toutes les représentations possibles. De même que les fonctions organiques supposent les fonctions inorganiques, et sous un rapport les enveloppent tandis que sous un autre elles sont enveloppées par elles , ainsi les fonctions représentatives supposent les fonctions représentées de tout ordre, les embrassent et en sont embrassées. Lés faits sont tels.
Donc, et pour procéder comme j'ai fait jusqu'ici, je dois définir les fonctions représentatives dans leur intime union avec les fonctions représentées , et me trouver conduit à envisager Y être le plus accompli dans la plus complexe des fonctions, dans celle qui forme le groupe de toutes les fonctions générales connues « C'est le cas de l'homme.
La définition spéciale et le classement des fonctions représentatives sont moins avancés encore que ceux des fonctions représentées. A peine avons-nous de misérables fragments de l'histoire naturelle de...., le mot même nous manque; car, pourquoi dirais-je de l'entendement ou de la raison, plutôt que de Y instinct, plutôt que des affections , plutôt que de la volonté et delà force? C'est de la représentation que je dirai» mais en tant que représentative, si je m'en réfère aux termes que j'ai adoptés.
La raison de cet état si imparfait de la science de l'élément représentatif est profonde. Il s'agit de construire cela même qui sert à construire tout. Les uns
se sont aidés de l'arbitraire métaphysique et de son cortège d'hypothèses. Les autres ont essayé de l'observation et de l'expérience, sans songer que toutes les conditions de la méthode sont changées lorsque l'objet étudié est identique avec le sujet qui étudie.
Appuyons-nous provisoirement, comme ci-dessus, sur une synthèse grossière. Qui n'est accoutumé à la faire, cette synthèse, et à s'en contenter? Mettons en bloc la sensation, la mémoire, l'instinct, le jugement, le raisonnement, la volonté, le désir, etc. Joignons-y leurs rapports aux fonctions représentées ; joignons-y ces fonctions elles-mêmes déjà concrétées dans des corps organisés , et telles que chacun les sait , et nous obtiendrons ce que chacun aussi conçoit comme Y être en son plein accomplissement quant à l'expérience.
S'il s'agit des animaux, nous modifierons plus ou moins gravement les fonctions organiques, nous abaisserons les affections et les appétits, nous substituerons en grande partie et selon le degré de l'animalité où nous voudrons nous arrêter, l'instinct au jugement, là force aveugle à la volonté qui délibère : l'instinct, c'est-à-dire une certaine représentation uniforme et constante qui tient lieu de comparaison et de choix»
L'individualité, caractère déjà marqué des fonctions organiques , va s'étendant et s'élevant de plus en plus dans cette synthèse de l'être organisé, animé, pensant. Elle paraît à sa plus haute expression connue dans l'homme où , elle devient conscience et personnalité.
L'homme est donc au milieu de l'ordre total un ordre aussi distinct et complet que le permet l'exis-
flUANT AUX PHÉNOMÈNES REPHÉ8BHTATIF8. 83
tence de lois plus générales. D'où cette dénomination célèbre de microcosme qui est le véritable synonyme de Y être pour la connaissance.
Je définis donc Y être représentatif en lui-même une fonction spéciale de phénomènes spéciaux manifestés dans une sphère représentée distincte qui est l'individu organique. Cette fonction spéciale est essen* tiellement la conscience. Ces phénomènes spéciaux qui seuls rendent la représentation et la connaissance possibles sont des facultés, c'est-à-dire sonteux-mémes des fonctions. Enfin, les phénomènes composant celles-ci , phénomènes représentatifs, exigent en corrélation constante avec eux d'autres phénomènes, phénomènes représentés ; mais ils peuvent aussi par le redoublement propre à la conscience en usurper les rôles. C'est ainsi que la fonction représentative* dans l'homme, a pu sembler se suffire à elle-même ; et pourtant l'analyse la plus simple, sans hypothèse, constate les rapports essentiels de cette fonction avec toutes les autres qu'elle prend pour objets en les envi* sageant comme extérieures.
J'ai donc défini les êtres d'une manière générale, sans rien supposer d'autre que les phénomènes et leurs lois. Ma définition est conforme à l'esprit de la science, s'il est vrai que supposer des essences à part des phénomènes, aussi bien que des phénomènes sans rapport à la connaissance, soit un procédé peu scientifique. Elle n'est pas moins conforme au sentiment du peuple ; on le reconnaîtra si l'on veut bien aller au fond sans s'arrêter aux mots.