DES ÊTRES QUANT AUX PHÉNOMÈNES REPRÉSENTATIFS
J'avoue, ou plutôt j'aime à constater que le peuple a toujours cru en quelque chose de plus que les simples phénomènes, car il a toujours posé la persistance et la permanence des êtres , tandis que les simples phénomènes sont variables et passagers. Mais je nie que le principe du persister soit, dans sa pensée, celui du subsister pur y de ce quelque chose sous les phénomènes, inapparent, immanifesté, en soi, que les philosophes entendent. Si vous en doutez , parlez-lui du substratum , des formes et des monades ; essayez de lui expliquer ce que vous ne comprenez pas vousmême, le grand sujet de deux mille ans d'élucubrations logomachiques !
Les phénomènes considérés avec leurs lois, dans leurs fonctions, présentent le double caractère de persistance et de changement , de permanence et de* développement ordonné que le sens commun reconnaît aux êtres. La fonction , on peut l'affirmer avec une entière bonne foi philosophique, n'est que le nom savant de l'être, au sens le plus vulgaire d'ailleurs, pourvu qu'en la posant on s'abstienne de borner systématiquement l'ordre du monde aux seuls fragments de lois que l'expérience actuelle nous apprend. Il y a pour cela deux conditions à remplir ; je me contente ici de les indiquer.
Gardons-nous de l'hypothèse d'une division absolue entre les grandes fonctions unies dans l'être. Distinguer n'est pas séparer. Notre méthode admet des lois distinctes, elle n'admet ni Y esprit pur, ni la pure matière et le peuple ne les a jamais compris. II est
vrai qu'il croit aux âmes y mais comment? Il les imagine) il leur donne un corps, léger, inaltérable si l'on veut , mais enfin un corps. En se représentant l'âme corporelle et le corps animé , il proteste contre les chimériques essences des métaphysiciens et ne suppose rien d'incompatible avec le système des phénomènes et des lois. Il n'y a point d'absurdité à accepter comme possibles d'autres êtres que ceux qui sont actuellement manifestés pour nos sens.
Ensuite, nous avons à repousser le dogmatisme négatif et toutes les tentatives d'un prétendu savoir pour limiter les fonctions individuelles à leurs évolutions présentes. La conclusion de la mort à l'anéantissement n'est pas légitime, et le peuple en donnant à la permanence des âmes une portée ultérieure, indéfinie, a bien pu outre-passer les données actuelles de la science, il ne les a pas contredites.