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XXVII

Loi générale de RELATION.

DISTINCTION. IDENTIFICATION, DÉTERMINATION. Ile la proposition catégorique et de eee deux

Toute science, tout langage, ainsi que je lai dit à la première page de cet essai procèdent par composition et décomposition. Le phénomène est la matière que l'analyse et la synthèse distinguent, embrassent, mettent en œuvre. Le phénomène, pour la connaissance et pour la science, parait dans un rapport. Unir et séparer des rapports, telle est donc la fonction de la pensée, tant usuelle que scientifique, et tel est aussi le développement que reçoit la catégorie des catégories, la relation.

En d'autres termes, l'attribution ou acte de rappor-

ter en général a deux formes, l'une positive, l'autre négative ; les rapports s'établissent par agrégat suivant celle-là et par division suivant celle-ci. Au point de vue du jugement, considéré dans l'homme, ajouter ainsi, c'est affirmer; séparer, c'est nier. Mais pour traiter des catégories abstraites, il faut laisser de côté l'affirmation et la négation comme fonctions spécifiquement humaines, et n'envisager dans l'une que l'union, dans l'autre que la séparation des rapports à quelque titre que la proposition les présente.

Je nomme proposition catégorique l'énoncé d'un rapport de deux termes, simples ou complexes d'ailleurs, pourvu que ce rapport n'implique ni doute ni devenir; et les termes sont eux-mêmes donnés par d'autres rapports. La proposition détermine un groupe de phénomènes pour la connaissance; déterminer, c'est limiter. Vérifions d'abord ceci dans l'application.

Celui qui détermine un objet donné d'une manière quelconque unit certains phénomènes, et à la fois les discerne d'un ensemble plus vaste. Tout ce que nous connaissons en fait, nous le constituons négativement et par exclusion d'une part, positivement et 'par composition de l'autre : cet arbre que je vois est un groupe de rapports variés dont je distrais les rapports environnants, le ciel, les champs, etc.; ou il n'a rien de défini à mes yeux. Ainsi se déterminent les quantités, ainsi les qualités, et dans toutes les catégories possibles on réunit pour connaître , et en même temps on distingue; on limite, en un mot, et tout objet

a sa limite, toute limite suppose un ohjet posé au delà.

La catégorie de relation, en tant qu'appliquée, tire donc son effet de la détermination ou limitation, qui est une synthèse de la distinction et de Funiop, deux catégories subordonnées, inverses l'une de l'autre. Maintenant serrons la question de plus près et considérons la proposition catégorique simple et en ellemême.

La formule de la proposition , A est B, implique d'abord la distinction des deux termes : A d'un côté, B de l'autre, doivent être définis de quelque manière par des rapports qui leur sont propres ; en ipême temps la copule exprime qu'il existe entre À et B quelque chose de commun, et à ce point de vue, abstraction faite du premier, ces deux termes sont identifiés : un seul et même rapport les donne. Des exemples tirés de la quantité et de la qualité éclajrciront plus tard cette théorie ; qu'il me suffise de remarquer, sans développements, que le rapport de deux qualités s'obtient par la différence où elles se distinguent, et par le genre, où elles s'identifient; et le rapport de cheux quantités, dans le cas de l'équivalence, se tire d'une identité de mesure jointe à la diversité à d'autres égards.

Ainsi l'énoncé du rapport pris dans sa formule fondamentale, détermine en distinguant et en identifiant ; d'où il s'ensuit que la relation, en général, et quant à sa forme, est une synthèse de la distinction et de Y identification, qui lui sont pareillement inhérentes, pi an

défaut de Tune ou l'autre desquelles elle cesse d'exister. On peut dire encore que le rapport est une synthèse de Vautre et du même.

La proposition dite négative, dont la formule est A nest pas B, ne diffère pas à cet égard de la proposition affirmative. En effet, celte formule équivaut à celle-ci, A est non B. Mais qu'est-ce que non B si ce n'est Vautre que B? Ici Vautre n'exprime pas seulement la distinction entre A et B, que la proposition, même affirmative, exigerait, mais il caractérise un terme positif auquel se rapporte par identité le terme À. Par exemple, la proposition : le poisson nest pas mammifère, se comprend de telle sorte que le poisson distingué du mammifère, au lieu d'être en même temps, sous quelque rapport, identifié avec le mammifère, comme dans la proposition affirmative, est, au contraire, identifié avec le groupe formé généralement de tous les autres que le mammifère et en tant qu'autres que mammifères. La proposition négative par elle-même ne comporte pas une détermination plus grande ; mais il arrive ordinairement que la pensée la complèteenfixant parmi les autres une espèce attribuable au sujet ; et dans ce cas elle est affirmative au fond. Il n'est pas possible de nier un rapport sans en affirmer quelque autre, et cette affirmation plus ou moins exprimée ou sous-entendue limite plus ou moins le sujet. Mais selon la rigueur logique, la formule non A se traduit par tous les autres que A et n'a point d'autre sens. (Voyez ci-dessous le principe de contradiction et l'analyse de la loi de qualité.)

Puisque la proposition ne détermine un rapport qu'en identifiant deux termes distincts et distinguant deux termes identifiés, il est clair qu'elle se constitue par analyse, et par synthèse tout à la fois ; il n'existe donc pas de jugements proprement analytiques, et il n'existe pas de jugements proprement synthétiques, dans la rigueur des mots. Cependant ces deux dénominations ont été proposées et doivent être maintenues, parce que les rôles respectifs de l'analyse et de la synthèse dans le jugement ne sont pas toujours les mêmes. La donnée première de la connaissance peut être une synthèse dont le jugement présente dès lors l'analyse, ou propose l'explication, le développement ; et cette donnée peut se composer d'éléments d'origine diverse dont la fonction du jugement consiste à opérer la synthèse. Dans le premier cas, celui des jugements dits analytiques, les termes du rapport proposé dans le jugement, quoique distingués, ne sont pas de nature à venir à la représentation l'un sans l'autre ; dans le second cas, celui des jugements dits synthétiques, ces mêmes termes sont complets par eux-mêmes, et, quoique isolés l'un de l'autre, ne laissent pas de se représenter clairement.

Propositions analytiques.— Le type de ces propositions se rencontre dans les définitions purement nominales. Si je dis, par exemple ; le triangle scalène est formé de trois côtés inégaux,!^ rapport que j'établis entre le scalène et Yinégalité des côtés dans un triangle est une proposition analytique, parce que le sens du mot scalène est convenu pour qu'il en soit

ainsi, et, hors de là, est nul. Il en serait de même de ces définitions de la droite et du cercle : la droite est la ligne de plus courte distance entre deux quelconques de ses points; la circonférence est la ligne dont tous les points sont à égale distance d'un même autre point; il en serait ainsi, dis-je, si les termes droit* circulaire, n'exprimaient pas certains rapports de position parfaitement représentables à part des déterminations de distance ou quantité contenues dans les définitions, et qu'on ne peut se dispenser d'invoquer. ( Les géomètres introduisent ces rapports, tant bien que mal, dans la définition du cercle, en caractérisant la ligne comme courbe et le point comme intérieur.) (Voyez le § xxx et l'appendice m.)

Le caractère analytique n'appartient pas exclusivement aux définitions nominales. On ne saurait le contester à des propositions telles que celle-ci : toute quantité est divisible, tout corps est étendu, la partie est moindre que le tout, parce que la représentation de la quantité, celle du corps, celle de la partie, sont respectivement inséparables de la représentation d'une division possible, de celle d'un espace occupé, de celle d'une grandeur moindre. Il en est de môme de certaines propositions moins simples, par exemple, deuoô chosesidentiques avec une troisième sont identiques entre elles, car il n'est pas possible de se représenter simultanément la double identité énoncée dans le premier terme sans se représenter la conséquence exprimée par le second.

MO LOt GÉNÉRALE DE RELATION.

Proposition» «ynthétiqueft. — On pouvait se représenter la lumière réfléchie sous une certaine incidence avant de connaître l'angle de polarisation comme tel, et celui qui ignorerait les phénomènes de la pesanteur ne serait pas pour cela hors d'état de se représenter un corps. Les jugements qui énoncent des rapports fondés sur l'expérience seule des corps sont pesants, la lumière réfléchie sous un angle de 35 degrés se polarise, elc9 etc., sont donc synthétiques* Mais, en dehors de toute expérience, le même caractère convient aux jugements qui, d'une manière générale, en vertu des lois de la représentation, établissent un rapport entre deux catégories différentes, une quantité et une position, une qualité et une force, une force et une fin, etc., etc. Tel est le cas des jugements renfermés dans les définitions de la droite et du cercle. citées ci-dessus, et tel est le cas de ceux-ci : ce qui commence a une cause ; ce qui commence est en vue d'une fin, etc.

Il existe donc un lien très étroit entre la distinction des propositions et celle des catégories. On reconnaîtra que deux catégories sont irréductibles l'une à l'autre à ce signe, que tout sujet de Tune, pour être affirmé du sujet d'une autre, exige un jugement synthétique intermédiaire.

La distinction des jugements se présente ici éomme un phénomène logique, comme une loi dépendante de la catégorie universelle et qui sert à discerner les autres, quoique toutes fonctions de la première. Son importance à d'autres égards n'apparaît qu'au moment

PRINCIPE DE CONTRADICTION. lil

où se pose la question de la certitude ou de la légitimité du savoir.

§ xxvm.

Loi régulatrice des relations eonstantest— Principe d'Identité on de contradiction* — Principe de l'alternative*

Nous avons vu que le rapport, envisagé dans la proposition catégorique , est une synthèse du même et de Vautre: c'est-à-dire qu'il se compose de deux rapports élémentaires , ou , en d'autres termes, que la formule A est B pose l'identité de À et de B , sous un rapport et leur diversité sous un autre rapport. Si deux phénomènes que l'on compare étaient identifiés et distingués tout à la fois, sans succession et sous un seul rapport, le même et l'autre seraient confondus , et le rapport composé qui implique ces deux éléments disparaîtrait avec eux. Afin que la représentation soit d'accord avec elle-même , et plus encore , afin qu'elle subsiste, il faut que le même et l'autre soient euxmêmes distincts. Telle est la forme fondamentale du principe qu'on a nommé principe d'identité et qu'on nommerait tout aussi justement principe de distinction.

Il n'est applicable qu'aux relations supposées constantes, ou tant qu'elles demeurent telles ; et en effet, le devenir consiste précisément en ce qu'un phénomène peut être caractérisé comme autre et même, sous Un mêtae rapport, à divers instants.

On l'appelle encore principe de contradictwA parce que, se contredire , n'est proprement qu'appliquer le

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