XLIII
Question de la syathése totale en égard mi N0MMUB
des
La pluralité des phénomènes n'est pas seulement un fait d'expérience, car il n'est point de représentation qui n'implique quelque multiplicité et ne se soumette à la catégorie du nombre. Si nous suivions l'exemple de ces métaphysiciens mystiques pour lesquels le monde, ou l'être, comme ils le nommaient, était l'unité simple, absolue, nous devrions traiter de pure apparence cette multiplicité que toute représen-
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tation suppose, et chercher la réalité vraie hors de la représentation et de ses Iqîs, ce qui n'a pas de sens.
La pluralité infinie, sans unité et sans tout, préconisée Par d'autres philosophes, est une conception qui ne se çputient pas mieux devant la logique. L'iw et le plusieurs sont de* ternies corrélatifs qui ne se définissent 4ap6 la représentation que l'un par l'autre et n'ont de réalité que par la loi du tout qui les réunit. Le multiple, en effet? n'est rien sans Yun} son élément cpmposanf, et Yun ne s'entend que p^r rapport ^u multiple que sa répétition constitue, car autrement Yun ne pourrait intelligiblement s'appeler un, ni le multiple multiple ; or si tous deux sont donnés , le tout ejst donné en eux et par eux.
$i nous voulons parler du monde, il faut que nous en supposions possible une représentation quelconque, et par conséquent que nous le considérions comme une certaine unité-multiple, un tout, une fonction. Hors de là, c'est hors de la représentation que nous serions, dans le vide de la pensée, soutenus par des mots sans définition, aidés de signes sans signification.
Le monde est donc sujet de la catégorie du nombre.
La totalité du monde, c'est-à-dire le nombre et le tout des phénpipènes donnés, sont déterminés, car il n'est pas possible fie se représenter des phénomènes donnés dpnt l'ensemble ne soit pas donné. Tout ce qui est distinctement, actuellement, ou comme actuelleipent (passé, présent ou préexistant), est nombre. Tput nombre est tel et non autre. Un nombre plus grand que kHU nombre assignable n'est pas un ppmbie.
Un nombre qui n'est pas un nombre est une contradiction.
Tout nombre déterminé par l'expérience, dans les pfrénoqiànes, laisse d'autres phénomènes en dehors de son tout, de sorte que sa détermination est double : ijUeras par rapport aux unités quelconques dont il se compose, externe par rapport à celles qu'il n'embrasse pa$ et qui forment d'autres nombres. Ainsi, tout nombre est enveloppé par un plus grand. Mais la première détermination est seule nécessaire à l'applipation intrinsèque de la catégorie de nombre aux phénomènes; Vautre qui parait dans l'usage expérimental de cette catégorie peut manquer, quand il s'agit du monde, s$ns qu'aucune contradiction s'ensuive. Il est vrai que dune manière abstraite nous pouvons toujours nous représenter un nombre plus grand d'une unité que tel nombre assigné quel qu'il soit, mais cette ppssîbîlité ifldéfinje ne prouve point qu'il n'existe pas de limite à Tordre numérique (les phénomènes. La loi générale de ty représentation quant au nombre entraîne la série illimitée de la sommation, mais cette séjrie n'est pas pour cela donnée effectivement dans les pfrénpjpèpes, et, §\x contraire, elle ne saurait l'être sans contradiction. Enfin rien ne s'oppose à ce que le nf#nl)*e des phénomènes soit tel nombre, ni plus grand Sf^lus petit, et qu'en fait l'expérience possible soit bprpée ftlors que la loi qui lui sert de règle ne lui fixe pourtant pas 4e borne.
Rien ne s'oppose à ce que la limite soit; bien plus, le principe de contradiction l'exige. Mats cette limite
qui nous la donnera ? Nous venons de voir que la loi générale de la représentation quant au nombre ne la renferme point. Elle n'est donc pas assignable à priori: où la chercher, en effet, si ce n'est dans la considération abstraite du monde par rapport aux catégories? et nous verrons que l'étendue, la durée, le genre , le devenir, etc., ne nous la révèlent pas mieux que ne fait le nombre pris en lui-même. Ensuite, pour qu'elle fût assignable à posteriori, n'importe comment, il faudrait qu'elle dépendit de quelque loi supérieure dont l'analyse la détacherait, et une telle loi se trouve ici nécessairement exclue. Donc enfin la synthèse numérique des phénomènes est inaccessible autant que certaine; nous l'affirmons et nous l'ignorons; la science l'atteint et ne la saisit pas, et à peine a-t-elle fait cet effort quelle retombe dans le champ des catégories et de l'expérience.
En attribuant un nombre et un tout aux phénomènes, nombre et tout pour jamais soustraits à nos recherches, nous n'avons pas à répondre à la question suivante: Pourquoi , comment , le nombre des phénomènes est-il ce qu'il est? Pourquoi, comment n'est-il pas moindre d'une unité, ou plus grand? Qu'il réponde celui qui, divisant les phénomènes selon toutes les catégories et conformément à l'expérience en la dépassant, saura découvrir les unités véritables et déterminer leur place et. l'ordre de leur composition. Celui-là peut espérer de trouver la raison du nombre dans le nombre lui-même; j'entends la raison intrinsèque, la raison de fait, car toute raison extérieure en
exigerait une à son tour, et celle-ci une autre, et ainsi de suite sans fin, ce qui est contradictoire avec la définition du monde.
La question Pourquoi ce nombre ? est du même ordre que la question Pourquoi des phénomènes, pourquoi le monde ? Il y a contradiction à demander la raison de ce qui est premier, et contradiction à ne rien supposer de premier.